samedi, juin 27, 2009

61e réunion de la Commission baleinière international - rapport

La Commission baleinière internationale, l'organisation chargée de gérer la chasse à la baleine dans les océans du monde, s'est réunie du 22 au 25 juin 2009 sur l'île portugaise de Madeira. La réunion plénière devait originellement durer jusqu'au vendredi 26 juin, mais les pays membres n'ayant pu s'accorder sur le moindre sujet de discussion, il a été décidé de mettre un terme aux débats un jour à l'avance. Ayant, cette année encore, suivi les débats en direct sur internet, je vous propose de faire le point sur les événements de cette 61e réunion.

La première journée a vu le rapport du Comité scientifique de la CBI. Parmi les divers sujets qu'il aborde, il y en a un qui est particulièrement d'intérêt. Il s'agit des travaux sur l'évaluation des populations de rorqual de Minke antarctique (Balaenoptera bonaerensis). En effet, comme je l'avait expliqué lors d'un autre article, le comité scientifique cherche depuis plusieurs années à expliquer la différence entre les données de la troisième croisière circumpolaire (CPIII) et celles des deux croisières précédentes (CPI&II) du programme de recherche IDCR/SOWER.

Deux travaux ont été présentés au Comité scientifique, l'un par une équipe de chercheurs japonais (Okamura, Kitakado), l'autre par des scientifiques australiens (Bravington, Hedley), utilisant chacun une méthodologie différente. Ainsi, le rapport japonais donne respectivement pour CPII et CPIII des estimations de 1.287.000 et 688.000 animaux, contre 747.000 et 461.000 baleines dans le cas du document australien. Ces deux travaux apportant des résultats assez différents, le Comité scientifique a décidé de continuer d'analyser les facteurs pouvant expliquer l'écart des résultats des deux méthodes. Il faudra donc attendre au moins jusqu'à la 62e réunion de la CBI pour obtenir une nouvelle estimation du nombre de rorqual de Minke antarctique.

Comme je l'ai évoqué précédemment, la Commission baleinière internationale, qui compte désormais 85 pays membres, a engagé depuis 2 ans un processus de dialogue sous l'impulsion de son président, l'Américain William Hogarth, devant lui permettre de sortir de l'impasse dans laquelle elle se trouve de puis près de vingt ans. A cet égard, un petit groupe de travail (SWG) composé d'une trentaine de nations, avait été créé à l'occasion de la réunion plénière de l'an dernier (Santiago du Chili). Ce groupe de travail, dirigé par le diplomate Alvaro de Soto, devait proposer un package de mesures acceptables à l'ensemble des parties.

Malheureusement, dans un rapport rendu au mois de mai, le SWG expliquait qu'aucun consensus n'avait pu être trouvé sur les questions les plus controversées au sein de la CBI et conseillait de prolonger le processus d'un an. L'un des sujets abordés lors de la deuxième journée de la 61e réunion plénière a donc été un texte proposant de poursuivre le travail du petit groupe de travail jusqu'à la prochaine réunion de la CBI. Il suggère notamment de réduire la taille de ce groupe de travail pour favoriser la communication. Toutefois, il est à mon avis fort peu probable qu'une solution soit trouvée d'ici l'an prochain tant l'opposition entre les deux parties, pro et anti-chasse, est forte.

La question de la chasse aborigène de subsistance a également été discutée lors de la deuxième journée. Le point central des débats était notamment la demande du Danemark d'un quota de dix baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) pour les populations du Groenland occidental. C'est en fait la troisième année consécutive que cette demande est faite par le Danemark. L'année dernière, elle avait été rejeté après vote, malgré le fait que le Comité scientifique avait donné un avis favorable. L'opposition venait principalement des pays de l'UE qui sont la cible de pressions d'ONG anti-baleinières comme la WDCS (j'ai d'ailleurs été très étonné de voir un article très partial dans Les Echos, récemment).

Malgré une présentation détaillée faite pendant la réunion par une représentante du Groenland sur les besoins et la consommation de viande de baleine dans ce territoire autonome, les discussions sur ce quota ont d'abord été repoussées au quatrième jour puis à une future réunion intersessionnelle. Ce qui semble poser problème, c'est l'évaluation des besoins nutritionnels des Groenlandais et le calcul de la quantité de produits comestibles pouvant être tirés d'une baleine. Certaines ONG semble ne pas apprécier que de la viande de baleine soit vendue dans des supermarchés dans cette île. Il n'empêche que le Comité scientifique continue de donner un avis favorable sur ce quota. C'est tout ce qui devrait compter, à mon avis.

Lors de la troisième journée, ont été présentés le rapport d'une réunion d'experts chargé d'évaluer l'avancement du programme de recherche japonais sur les cétacés dans le Pacifique Nord-ouest (JARPN2) ainsi que les discussions dont il a fait l'objet lors de la réunion du Comité scientifique. Cette revue du programme JARPN2 a été conduite selon les nouvelles lignes adoptées par la CBI, mais il ne s'agit aucunement de déterminer si le programme est justifié ou non. Il s'agit surtout d'évaluer la méthodologie et de faire des recommandations. Le Japon s'est déclaré plutôt satisfait par ce rapport, même si les détracteurs de la chasse dite scientifique préféreront les aspects négatifs de la revue.

Divers sujet ont abordés lors du jour 4, notamment l'annonce des nouveaux président et vice-président de la CBI : le Chilien Cristian Maquieira et Anthony Liverpool de Antigua et Barbuda. De même, la prochaine et 62e réunion plénière de la Commission baleinière internationale se tiendra à Agadir (Maroc) dans un an. L'avenir de cette organisation reste cependant très incertain. William Hogarth avait demandé aux pays membres d'éviter de recourir au vote et d'essayer de faire adopter les propositions par consensus. Résultat, aucun vote n'a eu lieu lors de cette 61e réunion, mais à part la décision de prolonger le mandat du SWG, aucune proposition n'a été adoptée. Il y a certes un dialogue, mais on sent bien que les divisions demeurent sur les sujet les plus importants.

(Crédit photo : e-kujira portal site)
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jeudi, mai 28, 2009

Le point sur l'actualité baleinière avant la 61e réunion de la CBI

La 61e réunion plénière de la Commission baleinière internationale (CBI) se tiendra dans moins d'un mois, du 22 au 26 juin 2009 à Madeira (Portugal). Comme tous les ans, c'est durant cette période que l'actualité baleinière se fait plus riche. Je vous propose donc d'en faire le point, à commencer par le rapport du groupe de travail sur l'avenir de la CBI.

Comme évoqué précédemment, l'actuel président de la Commission baleinière internationale, l'Américain William Hogarth a lancé un processus de dialogue entre les pays membres de la CBI pour la sortir de la situation de blocage dans laquelle elle se trouve depuis plusieurs années. A cet effet, un groupe de travail avait été créé lors de la 60e réunion plénière pour discuter des diverses questions problématiques dans les débats de la Commission. De même, une réunion intersessionnelle a été organisée en mars dernier à Rome. Un document présentant les suggestions du président de la CBI et du groupe de travail y avait été discuté. A l'issue des discussions, William Hogarth avait demandé au groupe de travail de préparer un rapport pour le 18 mai 2009 afin de le présenter ensuite à la réunion plénière.

Comme on pouvait s'y attendre, obtenir un consensus entre les pays membres de la CBI était une mission quasiment impossible. Aussi le rapport du groupe de travail sur l'avenir de la CBI préconise de poursuivre les discussions pendant encore au moins un an. Ce qui a posé problème dans les discussions, ce sont les questions que le groupe de travail a déterminé comme étant "critiques et devant être traitées sur le court terme". Il s'agit de (1) la chasse côtière aux petits cétacés (rorqual de Minke commun) au Japon, de (2) la recherche scientifique sur les baleines dans le cadre de permis spéciaux, des (3) sanctuaires et du (4) tourisme baleinier / utilisation non létale des cétacés. Les opposants à la chasse ont été prompts à dénoncer le Japon comme responsable de l'échec des pourparlers, expliquant que Tokyo n'avait pas suffisament cédé sur ses quotas de chasse scientifique en Antarctique.

Cet article de Richard Black de La BBC explique que le Japon avait offert de réduire le nombre de rorqual de Minke antarctique capturés dans le cadre de son programme JARPA2 à 650 animaux par an. Cela représente 200 baleines de moins que le quota actuel (850), mais étrangement, le journaliste britannique compare ce nombre à celui des rorquals de Minke antarctiques (balaenoptera bonaerensis) que la flotte de recherche japonaise a réussit à capturer (679) malgré l'obstruction violente de l'ONG Sea Shepherd. En échange, le Japon demande un quota de 150 rorquals de Minke communs (balaenoptera acutorostrata) pour 4 de ses communautés baleinières. Si on fait le calcul (150 - 200 = -50), ça fait 50 baleines de moins chassées tous les ans, mais on peut facilement imaginer que cela reste inacceptable pour les pays farouchement anti-baleiniers comme l'Australie.

Un article du quotidien australien The Age rapporte que le porte-parole de l'Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR) a annoncé lors d'une interview radiophonique que le Japon avait proposé de réduire son quota de chasse en Antarctique de 200 baleines, de ne pas étendre son programme de recherche dans le Pacifique nord-ouest et de ne pas s'opposer à l'adoption d'un sanctuaire baleinier dans l'Atlantique sud. Dans le même temps, l'administration Obama aurait annoncé sa résolution à lutter contre la chasse à la baleine. Les États-Unis, qui étaient à l'origine de cette initiative pour sortir la CBI de l'impasse, semblent désormais vouloir faire marche arrière. Certains quotidiens japonais comme le Nishi-Nippon shinbun considère que le processus engagé a au moins le mérite de permettre un dialogue entre les deux camps en opposition à la CBI et que le Japon devrait en profiter pour poursuivre les négociations jusqu'à trouver une solution convenable à tous.

La composante côtière du programme de recherche japonais sur les cétacés dans le Pacifique nord-ouest (JARPN2) vient de se terminer le 26 mai dernier avec l'annonce par l'ICR des premiers résultats. La recherche a inclu la capture de 60 rorquals de minke communs dans la baie de Sendai (département de Miyagi). La majorité des animaux prélevés seraient des juvéniles (moins de 6 mètres) et compteraient 27 mâles et 33 femelles. Un grand nombre de lançons du Pacifique (Ammodytes personatus) immatures auraient été retrouvés dans les estomacs de 45 de ces baleinoptères, ce qui confirmerait une préférence pour ces proies chez les rorquals de Minke juvéniles. De même, 35 baleines à bosse auraient été observées dans la zones de recherche.

La saison de chasse à la baleine a commencé en Islande. Cette année les pêcheurs islandais ont un quota de 100 rorquals de Minke communs. Cela a naturellement provoqué des manifestations des ONG anti-chasse tels que l'IFAW à Londres, devant l'ambassade d'Islande et Greenpeace qui a appelé le gouvernement islandais à se réveiller. Cette dernière ONG a notamment souligné que sept (sic !) pays "avaient protesté en vain en février contre la décision islandaise d'accroître les quotas". Il est peut-être bon de rappelé qu'un sondage rendu public en février dernier donnait deux tiers des Islandais en faveur de la chasse à la baleine. Les rorquals de minke communs sont classés comme "préoccupation mineure" dans la Liste Rouge de l'UICN. La chasse islandaise ne pose donc pas de problèmes écologiques.

En Australie, le ministre de l'environnement Peter Garrett semble être la cible des critiques après l'annulation du budget de l'envoyé spécial qu'il avait nommé pour discuter des questions baleinières auprès des autorités nipponnes. Le gouverment Rudd semble ne pas pouvoir tenir les promesses électorales qu'il avait faites en automne 2007. La pression subie par les pays anti-chasse de la part d'ONG devrait aller croissante à l'approche de la réunion plénière de la CBI. On verra si l'atmosphère y sera toujours au dialogue.
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mardi, mai 12, 2009

Des baleines, des hommes et la mer - 3 (fin)

Je vous propose enfin les dernières trois parties du documentaire télévisé sur la dernière expédition japonaise de chasse commerciale à la baleine en Antarctique (1986/87), avant l'entrée en vigueur du moratoire adopté en 1982 par la Commission baleinière internationale. Vous pouvez regarder les 4 premières parties ici et . Les trois dernières parties mettent l'accent sur les réflexions des baleiniers sur l'opposition à la chasse à la baleine et présentent la fin des opérations avant le retour au Japon.

Les vidéos sont sous-titrés en anglais.

Des baleines, des hommes et la mer (5/7)


Des baleines, des hommes et la mer (6/7)


Des baleines, des hommes et la mer (7/7)


Notez qu'en 1986/87, on parlait d'environ 258.000 rorquals de Minke antarctiques (balaenoptera bonaerensis) dans l'hémisphère sud. C'est trois fois moins que l'estimation de 761.000 animaux faite par le comité scientifique de la CBI en 1990. En outre, seuls le Japon et l'URSS chassaient encore cette espèce au large de l'Antarctique avec des quotas respectifs de 1941 et 3028 cette année-là. Le navire-usine japonais d'alors, le Nisshin-maru No.3 faisait 23.406 tonnes, soit trois fois la taille du Nisshin-maru (8,044 tonnes) qui sert pour les programmes de recherche japonais sur les cétacés.
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jeudi, mai 07, 2009

Culture baleinière à Osaka

Hier, mercredi 6 mai 2009, je me suis rendu à Osaka pour visiter deux endroits relatifs à la chasse à la baleine. Le premier est un pont dont les parapets sont constitués d'os de baleine situé dans l'enceinte d'un temple bouddhique. Le second est un restaurant de spécialités baleinières dont la patronne est un fervent défenseur de la tradition culinaire baleinière japonaise.

Le pont dit setsugeikyô 雪鯨橋 se situe dans l'enceinte du temple Tennenzan Zuikôji 天然山瑞光寺, dans l'arrondissement Higashi-Yodogawa à Osaka. Il a la particularité d'avoir des parapets faits d'os de baleines. Son origine remonterait à l'an 1756 durant lequel le maître zen Danjû Chinin du temple Zuikôji serait passé par le village de Taiji où la pêche était alors mauvaise. Les pêcheurs lui aurait donc demandé de faire des prières pour que la pêche soit bonne. Malgré son refus initial du fait de l'interdit bouddhique sur la mise à mort d'animaux, Chinin aurait finalement accepté de répondre au souhait des pêcheur de Taiji. Les prières du maître zen aurait porté leurs fruits et en remerciement, les pêcheurs du petit village décidèrent d'offrir au temple Zuikôji des os de baleines qui servirent pour la construction du pont setsugeikyô.

Le pont symboliserait les prières pour le repos des âmes des baleines et serait l'expression du vœu de Danjû Chinin de prendre soin de toutes les formes de vie. Notons qu'une tablette funéraire est également conservée au temple Zuikôji. On retrouve en fait ici la même philosophie bouddhique qu'à Kayoi où est érigée une tombe pour les baleines, démontrant un lien spirituel fort entre les chasseurs et leurs proies qui va au-delà du simple aspect économique. Le seitsugeikyô, appelé populairement "kujira-bashi" (le pont baleine), aurait été reconstruit pour la sixième fois en 2006 à l'aide d'os (omoplates et mâchoires inférieures) de rorquals de Minke antarctiques et de rorquals boréaux offerts par l'Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR). Les os avaient été préalablement enterrés en 2004 pour les dégraisser. A cette occasion, une cérémonie funéraire avait été tenue par le prêtre du temple.

Situé dans un quartier commerçant de l'arrondissement central d'Osaka, le restaurant Tokuya,
ouvert en 1967 par Ohnishi Mutsuko, propose un large éventail de plat à base de baleine. Parmi eux se trouve le hari hari nabe ハリハリ鍋, une sorte de potée où l'on fait cuire de la viande de baleine (akami), des mizuna (Brassica rapa nipposinica) et du tofu dans un bouillon. Il s'agit d'un plat populaire d'Osaka. De même, les gens d'Osaka mangent le lard de cachalot légèrement bouilli dans un bouillon. Ils appellent ce plat koro-oden コロおでん. Mme Ohnishi m'a expliqué que seul le lard de cachalot est généralement pas consommée par les gens. La viande de cachalot étant considérée de mauvais goût, elle aurait surtout servi à l'alimentation animale.

Mme Ohnishi est par ailleurs très active pour promouvoir la cuisine baleinière japonaise dans le monde. Elle a à cet effet publié en 1995 un livre recensant de nombreuses recettes illustrées de photos, qu'elle m'a fait l'honneur de m'offrir et de me dédicacer. Elle a également assisté à de nombreuses réunions plénières de la Commission baleinière internationale en tant qu'observateur (NGO). Bien que la chasse à la baleine n'y ait jamais été pratiquée, Osaka est en quelque sorte la capitale gastronomique du Japon de la cuisine baleinière.
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lundi, avril 27, 2009

La viande de baleine plus écologique que celle de bœuf

L'année dernière, l'association pro-baleinière norvégienne High North Alliance (HNA) avait présenté une étude démontrant que la viande de baleine était plus écologique que d'autres viandes sur la base des quantités de gaz à effet de serre émis lors de leur production. Cette fois-ci c'est au tour de l'Agence japonaise de recherche pour la pêche (FRA) de présenter des résultats similaires. Voici la traduction d'un article à ce sujet publié récemment par le quotidien Sankei shinbun.

La viande de baleine plus écologique que celle de bœuf ? Moins de 1/10 de CO2 émis
Sankei shinbun, le 24 avril 2009

Une étude conduite par l'Agence japonaise de recherche pour la pêche a révélé que la quantité de gaz à effet de serre tels que le dioxyde de carbone (CO2) émis lors de la production de viande de baleine était inférieure à un dizième de celle libérée pour produire de la viande de bœuf. Cela permettrait d'affirmer que la viande de baleine est comparativement plus respectueuse de l'environnement que la viande de bœuf. L'Agence japonaise pour la pêche (FAJ) porte beaucoup d'intérêt à ce genre données, considérant qu'elles "offrent un nouvel argument pour convaincre les pays anti-baleiniers lors des négociations internationales sur la reprise de la chasse commerciale à la baleine."

La viande de baleine est un sous-produit des programmes de recherche conduits entre autres en Antarctique, obtenu après que divers prélèvements ont été faits sur les cétacés capturés par la flotte baleinière, et est vendue sur le marché japonais. La FRA a basé son estimation des émissions de CO2 sur la quantité de carburant utilisé par la flotte de recherche lors d'expéditions d'il y a quelques années. Elle a ensuite calculé la quantité de CO2 émis pour 1 kilogramme de viande de baleine produit/vendu.

Les résultats donnent 2,5 kg de CO2 pour 1 kg de viande de baleine dans le cas du programme de recherche conduit à environ 1000 kilomètres des côtes du Japon, dans le Pacifique nord. Dans le cas de programme conduit dans l'Océan austral, soit à 10.000 kilomètres de Japon, la quantité de CO2 est certes plus importante, mais reste à environ 3 kg pour 1 kg de viande de baleine.

En comparaison, la quantité de gaz à effet de serre (dont CO2) libérés pour produire 1 kg de viande de bœuf est estimé à 36,4 kg, soient plus de 10 fois plus que pour la viande de baleine.

La production de viande de bœuf nécessite beaucoup d'énergie pour l'élevage du bétail et la production et le transport du fourrage, alors que dans le cas de la viande de baleine, il n'y a que le carburant des navires baleiniers qui entre en jeu, rendant ainsi l'émission de gaz à effet de serre comparativement peu importante.

Outre le fait que de nombreux pays membres de la CBI opposés à la chasse à la baleine tels que l'Australie portent une attention particulière à la protection de l'environnement, l'ONG américaine Sea Shepherd qui s'oppose de façon violente à la chasse à la baleine se présente également comme écologiste.

L'Agence japonaise pour la pêche considère que présenter les avantage de la chasse à la baleine dans le contexte "écoligique" de la réduction des émissions de gaz à effet de serre devrait permettre de mieux faire comprendre la position du camp pro-chasse. Les données de cette nouvelle étude devrait donc servir lors des négociations internationales à venir.

(Crédit photo : ICR)
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dimanche, avril 26, 2009

Retour de la flotte de recherche d'Antarctique - premiers résultats

Le vaisseau mère de la flotte japonaise de recherche sur les cétacés, le Nisshinmaru est arrivé au port de Shimonoseki le 14 avril dernier, après environ 5 mois passés en mer. Il avait été précédé la veille par un autre navire, le Yûshin-maru No.3 qui a subit des dégâts suite aux actions dangereuse de l'ONG anti-baleinière Sea Shepherd. A cette occasion, l'Institut japonais de recherche sur les cétacés a rendu publics les premiers résultats de l'expédition de cette année. Tout comme l'année dernière, je vous propose d'en faire le tour rapidement.

Tout d'abord, la flotte a pu capturer 679 rorquals de Minke antarctique (balaenoptera bonaerensis) et 1 rorqual commun (balaenoptera physalus). Le quota initialement prévu était de 850 rorquals de Minke (+/-10%) et 50 rorquals communs. La différence est principalement due aux exactions de Sea Shepherd dont les activistes ont réussi à gêner les opérations de recherche pendant 16 jours. Le président de l'ONG, Paul Watson s'est dit satisfait de cette réduction du nombre de baleines capturées, mais il faut néanmoins souligner que 680 baleines, c'est plus que l'année dernière (551 rorquals de Minke). Soulignons que le programme JARPA2 comprend à la fois une approche létale et une approche non-létale de l'étude des cétacés.
La zone de recherche de cette année n'est pas la même que l'année dernière.

Fig.1 Zone de recherche JARPA2 2008/2009

- Cette année, 1974 groupes, soient 4884 individus de l'espèce rorqual de Minke antarctique ont été observés dans l'ensemble zone de recherche. Les trois vaisseaux d'observation et d'échantillonage ont capturé 679 rorquals de Minke antarctique, dont 375 mâles et 304 femelles. 96% des femelles matures étaient enceintes, représentant un taux similaires à ceux des autres années. L'expédition de cette année a permis d'élucider un peu plus la répartition des deux populations de rorquals de Minke antarctiques présentes dans cette zone.

Fig.2 Répartition des observations de rorquals de Minke antarctiques ()

- Les observations de rorquals de Minke antarctiques dans la mer de Ross semblent démontrer une répartition des animaux de cette espèce en fonction du sexe et de la maturité. En outre, aucune trace de lait maternel n'a été découvert dans les estomacs des 186 rorquals de Minke immatures capturés (mesurant de 5,0 à 8,6 mètres), et aucune femelle alaitante accompagnée d'un petit n'a été observée dans la zone de recherche. Cela semble indiquer que les femelles alaitantes ne migreraient pas jusque dans cette zone.

Fig.3 Répartition des observations de rorquals de Minke antarctiques par sexe et maturité Femelles matures (o), immatures (x) ; Mâles matures (o), immatures (x)

- Les rorquals communs (122 groupes, soient 491 individus) et les baleines à bosse (418 groupes, soient 735 individus) étaient particulièrement nombreux dans le nord de la zone de recherche, avec des densités quasiment similaires à celle des rorquals de Minke antarctique. Un rorqual commun immature de 14,8 mètres pour 22,3 tonnes a été capturé. Ses estomacs contenaient quelques 300 kilos de krill. L'un des objectifs de JARPA2 est d'élucider les interactions entre les rorquals communs et de Minke ainsi que les baleines à bosse au niveau de leur alimentation.

- 15 groupes, soient 30 individus de baleine bleue ont été observés, principalement dans la mer de Ross.

Fig.4 Répartition des observations de baleines bleues (), rorquals communs (), baleines franches australes () et des baleines à bosse ()

- Des observations d'odontocètes (cétacés à dents) et d'autres animaux tels que des léopards de mer ou des manchots d'Adélie ont également été faites.

Tout comme l'année dernière, l'ICR a également fait un rapport sur les attaques dont les navires de la flotte de recherche ont fait l'objet. Je ne vais pas le traduire, mais il reprend en détail ce dont j'ai déjà fait part au mois de février, notamment la collision provoquée par le Steve Irwin contre le Yûshin-maru No.3.

(Source figures : ICR)..lire la suite>>

dimanche, mars 08, 2009

L'avenir de la CBI - réunion intermédiaire - 2

Tout comme en mars 2008 à Heathrow, une réunion intermédiaire de la Commission baleinière internationale (CBI) va s'ouvrir à Rome pour trois jours à partir de demain (lundi 9 mars 2009). L'objet des discussions est le futur de la CBI. Cette organisation internationale se trouve en effet dans l'impasse, c'est à dire incapable de remplir son mandat qu'est "la conservation judicieuse des populations de baleines et de rendre possible le développement ordonné de l'industrie baleinière", depuis plus de 20 ans du fait de l'opposition entre pays pro-baleiniers et anti-chasse.

Les discussions de la réunion intermédiaire vont très probablement porter sur les suggestions des présidents de la Commission (William Hogarth) et du groupe de travail sur l'avenir de la CBI (Alvaro de Soto) créé lors de la 60 réunion plénière qui s'est tenue à Santiago du Chili en juin 2008. Voyons donc en quoi consiste ces suggestions.

Le groupe de travail sur l'avenir de la CBI s'est réuni à deux reprises : en septembre 2008 à St Petersburg en Floride, et en décembre de la même année à Cambridge. Les membres du groupe de travail ont identifié 33 questions nécessitant d'être prises en considération lors des discussions sur l'avenir de la CBI. Ces questions ont ensuite été divisées en deux catégories en fonction de leur importance : (a) les questions critiques devant être traitées dans le court terme ; (b) les questions pas ou moins urgentes dans la recherche d'un consensus. Les suggestions faites par les deux présidents abordent uniquement les questions de la catégories (a). Il s'agit de (1) la chasse côtière aux petits cétacés au Japon, de (2) la recherche sur les cétacés dans le cadre de permis spéciaux (article 8 de la Convention), des (3) sanctuaires et du (4) whale-watching / utilisation non létale des baleines.

Concernant (1) la chasse côtière aux petits cétacés (rorquals de Minke), les présidents de la CBI et du groupe de travail proposent d'allouer un quota de chasse pour 5 ans selon les recommandations du comité scientifique de la Commission. Le document prévoit deux scénarios : (a) le même niveau de prises pendant 5 ans, puis un quota zéro ensuite ; ou (b) des prises constantes lors des 5 premières années et les années suivantes. Ces scénarios dépendent du monitoring de l'une des deux populations de rorqual de Minke présentes au large du Japon, le stock J (mer du Japon) et des prises involontaires (baleines prises dans des filets de pêche) d'animaux de ce même stock. Or l'étude des populations du stock J nécessite l'accès à des zones territoriales russes et n'est pas encore complète. Autrement dit, des prises involontaires d'animaux de ce stock pourrait conduire à une réduction du quota recommandé par le comité scientifique.

Cette chasse côtière serait limitée à 5 navires baleiniers originaires de Taiji (département de Wakayama), Wada (département de Chiba), Ayukawa (département de Miyagi) et Abashiri (département de Hokkaido). De même, la consommation des produits baleiniers serait locale, bien que le document ne précise pas ce qui est entendu par ce terme. Des mesures d'inspection et de contrôle seraient également mises en place.

La question des (2) programmes de recherche sur les cétacés sera probablement celle où les débats vont être les plus ardus. Les propositions du groupe de travail incluent là aussi deux options : (a) un arrêt progressif de ces programmes sur 5 ans ave aucune capture de rorquals communs ou de baleines à bosse, les niveaux de capture étant l'objet de recommendations du comité scientifique ; (b) une poursuite des deux programmes, incluant des quotas de 5 ans pour les rorquals de Minke antarctiques et les rorquals communs dans l'océan Austral (JARPA2) et les rorquals de Minke, de Rudolphi, de Bryde et les cachalots dans le Pacifique nord-ouest (JARPN2) établis là aussi selon les recommandations du comité scientifique

Le gouvernement japonais a déjà fait savoir qu'il s'opposerait à l'arrêt de ses programmes scientfiques, l'émission de permis spéciaux étant un droit de tout pays signataire de la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine. Les opposants à la chasse à la baleine rejettent les suggestions, considérant qu'elles sont trop en faveur du Japon. L'Australie qui participe au groupe de travail a d'ailleurs été critiquée pour avoir pris part à la création de ce document. Des ONG comme Greenpeace ont demandé au nouveau gouvernement américain de Barack Obama de nommer un nouveau commissaire à la CBI et d'empêcher tout deal sur la chasse à la baleine.

Les discussions s'avèrent donc difficiles, même si le Japon semble prêt à négocier le nombre de baleines qu'il capture dans le cadre de ses programmes de recherche en échange d'un quota de 150 rorquals de Minke pour ses communautés baleinières. Il faut cependant souligner que dans le cadre de discussions appelées "filet de sécurité" (Safety Net), les pays pro-baleiniers préparent un substitut à la CBI au cas où l'actuelle tentative de consensus devrait échouer, comme le prouve ce document préparé par Dan Goodman, conseiller à l'Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR).

Si le sujet vous intéresse, je vous invite à lire l'analyse de David-in-Tokyo (en anglais), ainsi que cet article du Suikei Shinbun (en japonais). La CBI est sans doute à un tournant de son histoire. Un échec dans les discussions pour son avenir aurait non seulement un effet désastreux pour cette organisation, mais serait aussi un terrible précédent pour la gestion internationale des ressources marines.
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mercredi, février 11, 2009

Journalisme et chasse à la baleine - 3

En avril et mai 2007, j'écrivais respectivement au sujet d'un reportage de Reuters signé Olivier Fabre et de deux articles de Libération signés de Michel Temman. Je soulignais à quel point certains journalistes pouvaient faire preuve de manque de professionnalisme lorsqu'il s'agit de la chasse à la baleine. Hé bien, jamais deux sans trois, comme on dit ! Cette fois-ci, c'est au tour de leur confrère Olivier Michel du Figaro magazine.

Le titre de l'article de M. Michel donne tout de suite la couleur : "Baleines : pendant le massacre, la dégustation continue". Le mot massacre laisse déjà comprendre que le journaliste a plutôt un à priori négatif sur la chasse à la baleine. D'ailleurs, il n'y a aucun doute sur la qualité des programmes de recherche nippons, puisque "c'est en réalité la gastronomie et le commerce qui motivent la poursuite de campagnes massives et sanglantes." Donc l'auteur de l'article ne semble pas s'être donné la peine de se renseigner sur les résultats des recherches sur les cétacés que le Japon conduit depuis plus de 20 ans maintenant, mais il s'en donne à cœur-joie avec des mots comme "sanglant".

Pour illustrer ses dires, M. Michel a probablement dû se rendre au restaurant-magasin Yûshin dans le quartier d'Asakusa où, nous explique-t'il, on "propose de façon parfaitement explicite des centaines de conserves ou emballages sous vide contenant les meilleurs morceaux de baleine, crus ou séchés." Un peu plus loin, on apprends que "les acheteurs se pressent devant les réfrigérateurs, les vendeuses proposent aux plus fortunés le bacon, meilleure partie du mammifère, au prix de 2 500 euros le kilo." Étant un habitué du Yûshin, je dois vous avouer que le chiffre de 2500 euros m'a d'autant plus laissé perplexe que j'ai déjà acheté du bacon de baleine là-bas. Si vous jetez un coup d'œil à la photo ci-dessus, vous constaterez que les 200 grammes de bacon sont vendus 5.500 yen. Un rapide calcul (5.500 x 5 / 117) me donne le kilo à environ 235 euros, soit environ dix fois moins que ce que Olivier Michel nous annonce. Sagit-il là une simple erreur de sa part, ou y a-t'il une volonté de donner une fausse image de la valeur de la viande baleine au Japon ?

Le journaliste nous raconte ensuite que "dans les restaurants chics de l'archipel, les morceaux de choix multiplient souvent les additions par dix et sont à l'origine d'un trafic dénoncé par deux membres japonais de Greenpeace qui font la une des quotidiens." Bon, on sait déjà qui multiplie les prix par dix... c'est lui ! Quant au trafic dénoncé par Greenpeace, il reste à prouver puisque l'enquête conduite par le procureur de Tokyo n'a rien trouvé pour confirmer les accusations de l'ONG à l'encontre de 12 membres d'équipage du Nisshinmaru.

Le paragraphe suivant est toutefois celui que je préfère dans son article :

"Les autorités japonaises font, aux dires des spécialistes, un très mauvais calcul. Tout d'abord, parce que la chasse à la baleine n'est plus ce qu'elle était. En pleine crise économique, les longues campagnes coûtent beaucoup d'argent et n'en rapportent pas assez (les consommateurs ont d'autres priorités)."

Ça démontre à quel point le journaliste n'a aucune connaissance du sujet qu'il traite. Tout d'abord, les programmes de recherche japonais sur les cétacés ne sont pas des campagnes commerciales et les fonds issus de la vente de la viande de baleine ne servent qu'à couvrir les frais occasionnés par la recherche, pas à faire des profits. Quant à la question de savoir quelle est la priorité des consommateurs nippons, je me demande ce qu'il en sait.

Olivier Michel revient rapidement sur le bien fondé de la recherche japonaise en citant une source inconnue : "Tous les scientifiques du monde publient une abondante littérature sur l'objet de leurs travaux, expliquent les opposants. Or les Japonais ne publient rien." Tiens, c'est bizarre. L'année dernière, il y a eu tout un tintamarre en septembre 2008 au sujet d'un article publié dans le numéro de juillet de la revue Polar Biology. Les Japonais ne publieraient donc pas rien !? Il n'était pas difficile de se renseigner pourtant.

L'auteur de l'article conclut sur une note positive. On nous apprends que le fabricant d'appareils photo japonais Canon se serait "positionnée clairement contre la chasse avec le slogan « On ne doit shooter les baleines qu'avec un appareil photographique »." Ben oui, mais non... Ça, c'est la campagne de Greenpeace qui cherche à forcer Canon à prendre position contre la chasse baleinière, mais jusqu'à preuve du contraire, elle n'a toujours pas réussi.

Donc, M. Michel est lui aussi recalé pour ce qui est des compétences nécessaires au journalisme : impartialité, travail de recherche, etc.

PS :
Il y a également eu un article de Michel Temman sur les deux activistes de Greenpeace accusés de vol, mais ça ressemble tellement à une vulgaire repompe de la propagande de l'ONG que je ne me donnerai même pas la peine de le commenter.
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vendredi, février 06, 2009

[MàJ-11 février 09] Sea Shepherd multiplie les attaques dangereuses contre les navires de recherche japonais

Depuis le début de cette semaine, les actions de l'ONG anti-baleinière Sea Shepherd contre les navires de la flotte japonaise de recherche sur les cétacés ont redoublé de violence.

Après un retour dans le port australien de Hobart (Tasmanie) pour ravitailler, le bateau de l'ONG avait réussit à relocaliser les navires japonais dans la mer de Ross, au large du continent antarctique, le 1er février dernier. Les activistes de Sea Shepherd ont alors recommencé à harceler les bateaux nippons en lançant des bouteilles de verre contenant de l'acide butyrique depuis des zodiacs. Ces attaques sont systématiquement filmées par une équipe de télévision en prévision de la seconde série de "Whale Wars" sur la chaîne de câble américaine Animal Planet (groupe Discovery Channel).

Malgré les interférences causées par ces actes de vandalisme, les équipages de la flotte japonaise a repris ses activités aujourd'hui (vendredi 6 février) en capturant des rorquals de Minke antarctiques (balaenoptera acutorostrata). Cette décision vient contredire les déclarations du président de Sea Shepherd Paul Watson qui avait clamé haut et fort que les baleiniers nippons serait incapables de chasser des cétacés tant que son navire serait dans leur sillage.

Face à la volonté des marins japonais de ne pas flêchir face aux actes terroristes de Sea Shepherd, Paul Watson semble avoir perdu toute raison et a commencé à employer des tactiques extrêmement dangereuses qui ont occasionné deux collisions entre son navire, le Steve Irwin et deux navires nippons, le Yûshinmaru No.2 et le Yûshinmaru No.3. Les vidéos rendues publiques par l'Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR) montrent que ces collisions ont été délibérément provoquées par le navire de Sea Shepherd (voir ci-dessous) et en complète violation des règles de navigations internationales.

Vidéo 1 : Le Steve Irwin percute dangereusement le navire de recherche Yûshinmaru No.3 (vu depuis le Nisshinmaru)


Eu égard au risque croissant que les actions terroristes de Sea Shepherd puissent entraîner un accident mortel dans cette zone reculée du monde, le directeur de l'ICR Minoru Morimoto a appelé les gouvernements des Pays-Bas (sous le pavillon duquel le Steve Irwin navigue), de l'Australie (où se trouve le port d'attache du navire de Sea Shepherd) et de la Nouvelle Zélande (qui est responsable de la sécurité maritimes dans les eaux où se déroulent les incidents) à prendre leurs responsabilités pour que les actions terroristes et illégales de l'ONG cessent.

Rappelons que Sea Shepherd s'est vue retirer son statut d'observateur auprès de le Commission baleinière internationale (CBI) en 1986 du fait de ses méthodes violentes. De même, les pays membres de la CBI (dont font partie les trois pays cités ci-dessus) ont appelé l'ONG de Paul Watson à stopper ses actions dangereuses à l'encontre des navires japonais dans l'Océan austral lors d'une réunion intermédiaire en mars 2008.

Mise à jour (11 février 2008) :
L'Institut japonais de recherche sur les cétacés a rendu publique une nouvelle vidéo de l'une des collisions provoquées par le Steve Irwin tournée depuis la vigie en haut du mat du Yûshinmaru No.3. La voici :

Vidéo : Le Steve Irwin percute dangereusement le navire de recherche Yûshinmaru No.3 (vu depuis le mat du Yûshinmaru No.3)


Sea Shepherd a annoncé le 10 février que le Steve Irwin abandonnait sa poursuite de la flotte de recherche japonaise et rentrait vers le port de Hobart (Australie). Paul Watson invoque la crainte de voir son navire abordé par un bateau japonais qui aurait quitté Fiji au début du mois, mais il plus probable que la décision soit liée à la demande officielle faite par le Japon aux Pays-Bas de prendre des mesures pour prévenir davantage d'actions dangereuses à l'égard des navires japonais de la part des activistes de l'ONG anti-baleinière. Il est également probable que Sea Shepherd et Animal Planet aient considéré avoir suffisamment d'images pour la 2ème saison de "Whale Wars".

Crédits vidéo et photos : ICR.
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jeudi, janvier 22, 2009

Conférence de Morishita Jôji (Agence japonaise pour la pêche) - 20 janvier 2009

Tout comme il l'a fait le 2 juillet dernier, Morishita Jôji, négociateur de l'Agence japonaise pour la pêche et commissaire délégué du Japon à la CBI, a donné le 20 janvier 2009 une conférence de presse au Club des correspondants étrangers du Japon. Il y aborde principalement l'évolution des discussions internes à la Commission baleinière internationale pour résoudre l'opposition qui paralyse cet organisme depuis plusieurs années. Il explique notamment que dans le cas où les efforts conduits par l'actuel président de la Commission, l'Américain William Hogarth devaient échouer, une période de détente durant laquelle les réunions de la CBI seraient suspendues serait nécessaire. En voici l'enregistrement sonore (durée env. 68 minutes) :



(Source vidéo : JAN-JAN)

M. Morishita donne également quelques explications sur les discussions internationales sur la gestion des autres pêches avant de répondre aux questions de journalistes étrangers quant à divers sujets relatifs à la chasse à la baleine.
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mercredi, décembre 31, 2008

Sea Shepherd attaque le Kaikô-maru

Le 26 décembre dernier, le bateau de Sea Shepherd, le Steve Irwin a découvert l'un des navires de la flotte japonaise de recherche sur les cétacés, le Kaikô-maru. Il s'en est suivi un harcèlement d'environ 3 heures lors duquel les activistes de l'ONG anti-baleinière ont lancé plus d'une vingtaine de flacons en verre contenant de l'acide butyrique et une substance bleue indélébile sur le Kaikô-maru. Le Steve Irwin a ensuite percuté le navire japonais comme le montre une vidéo rendue publique par l'Institut japonais de recherche sur les cétacés.

La vidéo :


Paul Watson, le président de Sea Shepherd a déclaré que le Kaikô-maru aurait embouti le Steve Irwin, endommageant une partie de l'héliport situé à l'arrière de ce dernier, alors que de toute évidence, c'est la proue du Steve Irwin qui est entré en collision avec le flanc du bateau nippon. Une collision avait déjà eu lieu entre ces deux navires (le Steve Irwin s'appelait alors le Robert Hunter), le 12 février 2007. Sea Shepherd avait alors annoncé qu'elle avait agi pour protéger un groupe de baleine qui se situait près du Kaikô-maru. Rappelons que ce dernier est un navire d'observation qui n'est pas équipé de canon lance-harpon et ne constitue donc aucun danger pour les baleines.

La vidéo de Sea Shepherd montrant l'attaque du 26 décembre 2008 :


Les exactions de Sea Shepherd à l'encontre des navires japonais sont des actes de violence dont le but est d'intimider. Cela correspond tout à fait à la définition de terrorisme (Larousse).

terrorisme (nom masculin) :
Ensemble d'actes de violence (attentats, prises d'otages, etc.) commis par une organisation ou un groupe d'individus, agissant pour son propre compte ou pour celui d'un État, en vue de créer un climat d'insécurité, d'exercer un chantage sur un gouvernement ou une organisation internationale, afin de satisfaire une haine à l'égard d'une communauté, d'un pays, d'un système.

L'ONG anti-baleinière n'a certes pas encore commis d'attentat ou de prise d'otage, ni même causé de blessures graves aux baleiniers, mais leurs actions ont le potentiel de provoquer de graves accidents face auxquels les équipages japonais sont forcés de prendre des mesures de précautions.

Pour avoir regardé les épisodes de la série "Whale Wars" de la chaîne Animal Planet, je pense même pouvoir affirmer que Paul Watson met sérieusement en danger la vie de son propre équipage qui manque d'expérience. Il ne reste plus qu'à espérer que rien de grave ne se passe dans la mer de Ross où se dirige la flotte japonaise et que les Pays-Bas, l'Australie et la Nouvelle Zélande prennent leur responsabilités et arrêtent les activistes de Sea Shepherd avant qu'ils ne commettent l'irréparable...lire la suite>>

samedi, décembre 13, 2008

Des baleines, des hommes et la mer - 2

Il y a 6 mois, je vous avais proposé les deux premières partie d'un reportage réalisé par la télévision japonaise sur la dernière croisière commerciale de chasse à la baleine conduite par le Japon en Antarctique en 1986/87, avant l'entrée en vigueur du moratoire adopté par la CBI en 1982. Voici les parties 3 et 4 qui se concentrent plus sur l'organisation à bord du navire-usine et sur la vie des marins durant les 6 mois que durent les opérations en mer. La 1ère vidéo montre également des images du patrimoine baleinier du port d'Arikawa.

Les vidéos sont sous-titrées en anglais.

Des baleines, des hommes et la mer (3/7)


Des baleines, des hommes et la mer (4/7)


A suivre...
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dimanche, novembre 16, 2008

Pourquoi Greenpeace ne va pas en Antarctique cette année ?

Après avoir évoqué Sea Shepherd et leur nouvelle campagne de pub sur la chaîne câble/satellite Animal Planet, passons à l'autre ONG qui envoie régulièrement un ou des navires dans l'Océan austral pour "sauver" les baleines : Greenpeace. La célèbre organisation écologique a récemment déclaré qu'elle n'enverrai pas de bateau pour s'opposer à la flotte de recherche japonaise. À vrai dire, cela ne m'étonne pas que Greenpeace se désiste. Je vais vous expliquer pourquoi.

Cette ONG est sans doute celle qui est la plus engagée contre la chasse à la baleine. Elle interpose ses zodiacs entre les baleines et les navires baleiniers depuis les années 1970. Elle a envoyé un ou deux de ses bateaux en Antarctique à 9 reprises depuis le début de la chasse scientifique conduite par le Japon dans cette partie du monde. Libre à chacun de croire qu'ils ont réussi à sauver la moindre baleine en prenant des photos d'eux devant les baleiniers nippons, mais force est de reconnaître que c'était la seule ONG pseudo-écologique à faire ça jusqu'en 2005, l'année où Sea Shepherd a envoyé l'un de ses navires dans l'Océan austral pour la première fois.

Paul Watson, le fondateur de cette dernière, est d'ailleurs un ancien membre de Greenpeace. Il en a été chassé à cause d'une divergence d'opinion quant aux méthodes à utiliser. Il trouvait Greenpeace trop "peace" à son goût. Sea Shepherd qu'il a fondé en 1977 est plus agressi... euh, violente. Greenpeace ne voulant pas entacher son image de pacifisme - ce qui n'est pas forcément la réalité -, ils ont refusé de coopérer avec Sea Shepherd dans leur traque des navires de recherche japonais en Antarctique. (Disons que c'est la position officielle.)

Comme il m'arrive de poster des commentaires sur les blogs de Greenpeace, j'ai eu l'occasion de remarquer que beaucoup de leurs sympathisants ne sont pas vraiment satisfaits que les "petits pois" refusent ne serait-ce que de donner à Sea Shepherd les coordonnées des navires japonais quand ils les ont. Certains ont même annoncé qu'ils arrêteraient de faire des dons à Greenpeace. Bien sûr, il est impossible de vérifier dans quelle mesure cela a affecté les finances de Greenpeace. On toutefois dire que l'entrée en scène de ce concurrent, déloyal puisqu'il n'hésite pas à utiliser des tactiques plus dangereuses et donc plus sensationnelles, gêne assurément Greenpeace.

En janvier dernier, lorsque deux activistes de Sea Shepherd ont abordé illégalement l'un des baleiniers japonais, le Yûshin-maru No.2, les médias occidentaux relataient ce fait quasiment tous les jours sans évoquer Greenpeace qui poursuivait le navire-usine Nisshin-maru. La présence empêchant les baleiniers de continuer leurs opérations, les activistes de Greenpeace n'ont pas pu prendre de photos d'eux-mêmes en train de "sauver" des baleines. Sea Shepherd a donc bouté Greenpeace hors de l'Antarctique.

Pour justifier leur future absence dans l'Océan austral, les porte-parole de Greenpeace expliquent qu'ils vont désormais concentrer leurs efforts sur leur campagne de sensibilisation de l'opinion publique japonaise. Je leur souhaite bien du courage. Ils partent avec un gros handicap : ils sont réussi à faire arrêter deux de leurs activistes nippons pour vol en essayant d'exposer un soi-disant trafic de viande de baleine. Je ne reviens pas sur les détails de cette affaire, vous pouvez lire mon opinion ici, ici et .

Malgré l'évidence des délits commis (effraction et vol), Greenpeace continue de se présenter en victime d'un complot de "l'etablishment baleinier japonais" visé à les faire taire... Mais bien sûr ! Au Japon, on n'arrête pas les voleurs, sauf s'ils sont contre la chasse à la baleine ! Greenpeace va même jusqu'à citer un rapport du Comité des Nations Unies pour les Droits de l'homme. Le droit de voler des colis contenant de la viande de baleine est un droit inaliénable, qu'on se le dise ! Enfin, bref...

Greenpeace se vante donc de pouvoir influencer l'opinion publique japonaise pour lui faire comprendre le bien fondé de leur lutte contre la chasse à la baleine. Malheureusement, ici au Japon, la plupart des journaux ne se soucie pas d'eux. La seule exception est peut être le quotidien Asahi qui semble entretenir des relations étroites avec l'ONG, mais on est en droit de se demander de quelle source l'un de ses journalistes, Oyamada Kenji a tiré l'information selon laquelle le Japon réduirait son quota de chasse scientifique à 700 rorquals de Minke et 50 rorquals communs. Des porte-parole de l'Agence japonaise pour la pêche a d'ailleurs démenti cette info. Le quota sera comme prévu de 850 (+/-10%) rorquals de Minke antarctiques et 50 rorquals communs, comme prévu.

En fait, et pour résumer tout ce qui touche à cette ONG, Greenpeace n'a pas le moindre argument écologique valable contre les programmes de recherche japonais et la chasse à la baleine. Au lieu de ça ils déforment les traités et conventions internationaux en sachant éperdument que leurs sympathisants n'iront pas les lire, fabriquent des histoires et sont prêts à commettre des délits.
Le secrétaire général de Greenpeace Japan a publié un livre sur la chasse à la baleine l'année dernière. Il y écrit qu'il est grand temps pour l'ONG d'en finir avec ce sujet et de passer à autre chose. Je suis on ne peut plus d'accord avec lui et j'espère que la décision de ne pas envoyer l'Esperanza en Antarctique cette hiver en est un signe précurseur.
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dimanche, novembre 09, 2008

Les méthodes de recherche létales et non-létales des programmes scientifiques japonais sur les cétacés

Suite à celui qu'il avait publié en avril dans la rubrique "geiron-tôron" du site kujira portal site, le Professeur Ohsumi Seiji a écrit un nouvel article, cette fois-ci sur les méthodes de recherche dites létales et non-létales. Comme vous le savez, les opposants à la chasse à la baleine déclarent haut et fort que toute recherche sur les cétacés peut être conduite sans tuer d'animaux... mais ça ne les empêche pas de ne pas mettre en pratique leurs propres conseils, puisque ni l'Australie, ni les ONG comme Greenpeace ne conduisent de tels programmes (c'est-à-dire "non-létaux") en Antarctique. Pour mieux comprendre pourquoi, je vous propose une traduction de l'article du Professeur Ohsumi.

Les méthodes de recherche létales et non-létales des programmes scientifiques japonais sur les cétacés
Ohsumi Seiji (conseiller, Institut japonais de recherche sur les cétacés), 3 septembre 2008

Que ce soit au sein de la Commission baleinière internationale ou directement par le biais d’actions illégales tels que des actes de piraterie en mer ou le vol, les opposants à la chasse à la baleine utilisent ces derniers temps toute sorte de subterfuges pour mettre fin au programme de recherche scientifique sur les cétacés que le Japon conduit en Antarctique selon les termes de l’article 8 de la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine. Parmi ceux-ci figure celui qui consiste à faire appel à un scientifique anti-chasse et à déclarer tapageusement que l’on “peut conduire la recherche sur les baleine sans les tuer.”
La recherche sur les baleines – qui ont pour particularités d’être parfaitement aquatiques, de vivre dans un environnement marin en trois dimensions, d’être colossales et de nager à grande vitesse – se compose de diverses méthodes mettant à profit ces spécificités. Il y a certes des informations qui peuvent être obtenues sans tuer de baleines (méthodes non-létales), mais ce que les opposants à la chasse à la baleine refusent de reconnaître, ou bien cachent intentionnellement, c’est que selon les données recherchées, il est parfois nécessaire de capturer des baleines (méthodes létales).
Parmi les méthodes de recherche qu’ils recommandent, on peut citer “l’observation”, “le marquage naturel (natural marking survey)”, “le traçage par satellite”, “l’utilisation d’enregistreurs (data logger)”, “l’échantillonnage acoustique”, “les prélèvements par biopsie” ou “l’analyse des matières fécales”. Toutefois, bien que ces méthodes soient applicables aux baleines d’un point de vue théorique, il faut bien comprendre que nombre d’entre elles sont en fait impossibles à mettre en œuvre pour diverses raisons telles que les spécificités des espèces ciblées, les objectifs de recherche, les conditions géographiques et climatiques des zones de recherche, la disponibilité de navires, de personnel navigant et de chercheurs adéquats, ou encore celle des frais de recherche nécessaires.

Ce n’est pas pour autant que le Japon écarte toute méthode de recherche non-létale dans les deux programmes scientifiques qu’il conduit actuellement sur les cétacés en Antarctique et dans le Pacifique nord-ouest. Il emploie en fait des méthodes létales et non-létales, associant les points forts de celles les plus adéquates pour atteindre efficacement les objectifs de recherche.
La recherche japonaise sur les baleines consistant à repérer et à capturer de manière aléatoire des individus des espèces ciblées, le long d’une trajectoire déterminée dans la zone de recherche, la méthode non-létale qu’est “l’observation” en est la base. Les données précises obtenues sur le long terme grâce à “l’observation” aident grandement à suivre les changements au sein des populations des différentes espèces de cétacés et à mieux comprendre les relations entre ces dernières.
Cependant, “l’observation” a ses points faibles, ne permettant que de connaître la répartition et l’environnement de chaque espèce, mais pas la constitution biologique interne de ces animaux. Par ailleurs, la détermination de l’espèce et du nombre d’individus composant les groupes de cétacés découverts en mer nécessite de s’en approcher. Pour cela, il est nécessaire d’avoir des navires de recherche adaptés à “l’observation” et de faire suivre un long entraînement aux chercheurs. Il se trouve que les baleiniers sont le type de navire le plus adéquat et que seule la chasse scientifique permet de préserver ces bateaux et leur équipage. Il faut également savoir que le programme de recherche non-létal IDCR/SOWER, conduit dans l’Océan austral sous l’égide du comité scientifique de la CBI, est rendu possible parce que le Japon met à disposition à chaque fois un excellent navire baleinier et un personnel compétent, formé grâce à la chasse scientifique.

“le marquage naturel (natural marking survey)” est une méthode utilisant des procédés comme la photographie et consistant à suivre de manière temporelle des individus identifiés grâce à des caractéristiques tels que des formes ou des couleurs spécifiques à une espèce.
Cette méthode n’est toutefois efficace que dans le cas d’espèces de cétacés dont les particularités individuelles de forme et de couleurs sont notable, les mouvements lents et migrant tous les ans vers des zones réduites près des côtes comme les baleines à bosse, ou celles, comme la baleine grise, dont le nombre est bas. Elle est par contre difficile à appliquer et peu efficiente dans le cas de baleines qui ne présentent pas de distinctions nettes entre individus au niveau de la morphologie, qui se déplacent prestement, qui vivent dans de vastes aires et dont les populations sont importantes telles que les rorquals de Minke ou les rorquals communs. Pour ces raisons, “le marquage naturel” n’apporte que peu de résultats vis-à-vis de ces espèces rapides dans les pays qui ne disposent pas de navires baleiniers capables de s’en approcher.
Les programmes de recherche japonais incluent également “le marquage naturel”, lorsque des individus de certaines espèces sont découverts au cours de “l’observation”, et les informations ainsi obtenues sont exploitées en coopération avec des scientifiques d’autres pays qui étudient les mêmes animaux dans des zones différentes, et contribuent au développement des connaissances sur les routes migratoires et les stocks.

“Le traçage par satellite”, qui consiste à suivre les mouvements d’animaux depuis l’espace, est d’un point de vue théorique un moyen efficace pour connaître sur le long terme les routes migratoires des cétacés et étudier les zones de reproduction où la recherche ne peut être conduite.
Des essais pour développer une technologie fiable de traçage par satellite ont été conduits pendant de nombres années au cours des programmes de recherche japonais, et ils ont récemment permis d’obtenir des résultats intéressants. Le fait qu’aucun pays appelant à l’utilisation exclusive de moyens de recherche non-léthaux n’emploie cette méthodes pour étudier les mêmes espèces baleinières que le Japon dans des zones aussi vastes que l’Océan austral est dû à des problèmes technologiques et pratiques dans leur maîtrise du traçage par satellite.

“L’utilisation d’enregistreurs (data logger)” est très utile pour étudier le comportement quotidien dans l’eau des baleines tels que leur alimentation, et c’est à mon avis une méthode de recherche non-létale qui mérite d’être développée davantage. Malheureusement, elle n’a pas pu être mise en œuvre jusqu’à présent dans les programmes scientifiques japonais.
“L’utilisation d’enregistreurs (data logger)” est actuellement utilisée dans l’étude des odontocètes, au Japon et dans d’autres pays, mais cette technologie n’est pas encore au point pour ce qui est des baleinoptères. En outre, la mise en place de ces appareils nécessite des navires de recherche rapides et maniables permettant de s’approcher des baleines tels que les baleiniers.

“L’échantillonage accoustique” offre l’avantage d’être possible de nuit et par mauvais temps, contrairement à “l’observation”. Il permet d’évaluer le nombre d’animaux et de suivre des individus grâce au son. C’est une méthode qui a de l’avenir au niveau des applications et qui est testée dans le cadre du programme SOWER auquel le Japon participe, mais elle n’est pas encore utilisable.

“La biopsie”, qui consiste à récupérer des morceaux de peau détachés naturellement ou à en prélever à l’aide de fusils ou d’arbalètes pour analyser l’ADN et les hormones des baleines, est une méthode de recherche non-létale vivement recommandée par les opposants à la chasse à la baleine.
Elle est utilisée dans le cadre des programmes de recherche japonais pour des espèces de cétacés comme la baleine franche ou la baleine à bosse, mais son application à d’autres telles que le rorqual de Minke ou le rorqual boréal est difficile. Cela est dû au fait que ces baleines se déplacent vite et que, même avec un navire baleinier, il est peu aisé de s’en approcher suffisamment pour les atteindre avec un fusil hypodermique en haute-mer.



“L’analyse des matières fécales” est une autre méthode non-létale qui revient souvent dans les discours anti-baleiniers ces derniers temps.
Le point faible de cette méthode est que même en temps normal, les matières fécales des baleines sont dans un état diarrhéique et qu’elles se désagrègent aussitôt dans l’eau. Par ailleurs, les cétacés ne déféquant pas tout le temps et pas toujours lorsqu’ils font surface, il faudrait suivre la même baleine pendant longtemps sans savoir quand elle évacuerait des matières fécales. En plus, cette méthode ne permet pas de savoir la composition, la quantité et les périodes d’alimentation des cétacés, contrairement à la capture d’animaux.

Un autre défaut des méthodes non-létales est qu’elles nécessiteraient d’importants fonds pour la recherché et le maintien des navires ainsi que pour rassembler un personnel expérimenté afin de pouvoir fournir des informations du même niveau que celles des programmes scientifiques que le Japon conduit actuellement.
À cela s’ajoute le fait que les méthodes non-létales ont un coût non compensable et ne peuvent pas produire des biens profitant au bien-être des gens comme le fait la chasse scientifique. Nombreuses d’entre elles comme la biopsie peuvent également se révéler traumatisantes mentalement et physiquement pour les baleines du fait qu’il faille les suivre durant de longues périodes de temps.
Pour ces raisons, aucun des pays s’opposant au programmes scientifiques japonais n’ont obtenus de résultats de la même qualité en conduisant uniquement une recherche non-létale. Cela montre clairement à quel point ce qu’ils recomandent n’est pas réalisable.
Plutôt que d’envoyer des bateaux jusqu’en Antarctique et d’agir de façon inutile et lâche, n’apportant rien à la science en commettant des actes terroristes pour entraver la recherche, les organisations anti-baleinières gagneraient l’estime de tout le monde, dont la nôtre, si elles apportaient quelques résultats en mettant en œuvre les méthodes non-létales qu’elles professent.
Le commissaire de l’Australie aurait proposé lors de la 60e réunion plénière de la Commission baleinière internationale qui s’est tenue cette année, de conduire un programme de recherche non-létal indépendant du SOWER en Antarctique, mais aucun plan de recherche précis n’a été proposé au comité scientifique et discuté. Bien que je n’en connaisse pas le détail, j’aimerais en savoir plus sur ce programme s’il ne devait pas être qu’une proposition et être mis en œuvre.

Il va s’en dire que nous reconnaissons l’importance de la recherche non-létale dans l’étude des cétacés, et que nos programmes contribuent également à développer ces technologies. Et il est certain que cela n’est en fait possible qu’en conduisant parallèlement la chasse scientifique et que les méthodes non-létales seules ne permettraient pas d’obtenir le genre de données et d’échantillons que nous désirons pour notre recherche.
À partir du corps de baleines capturées dans le cadre de la chasse scientifique, il nous est possible de faire facilement des mesures et des prélèvements de plus de 100 sortes comme le sexe, la taille et le poids, ceux des différents organes, les organes sexuels et des fœtus ou le contenu des estomacs. La plupart de ces derniers ne seraient pas possibles avec des méthodes non-létales. Par ailleurs, comme le précisent les termes du paragraphe 2 de l’article 8 de la convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine, les produits obtenus à partir des carcasses des baleines après leur étude sont revendus selon les directives du gouvernement japonais, servant pour l’alimentation humaine et permettant de couvrir une partie des 7 milliards de Yen (environ 600 millions d’Euros) que coûtent ces programmes de recherche.

Les objectifs des programmes de recherché japonais sur les cétacés sont avant tout de (1) contribuer au développement de la science en obtenant les données nécessaires à la mise en place d’une chasse baleinière durable, de (2) faire progresser les méthodes de recherche sur les populations de baleines dans le cadre du moratoire sur la chasse commerciale, de (3) non seulement préserver, mais aussi améliorer les techniques de chasse à la baleine en vue de sa reprise, d’ (4) assurer les navires, installations et personnels nécessaires aux opérations baleinières et (5) de préserver, promouvoir et répandre la consommation de viande de baleine en préparation d’une probable future crise alimentaire. Ils jouent donc un important rôle scientifique et social.
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vendredi, novembre 07, 2008

Quand la chasse à la baleine devient TV réalité

Après plusieurs mois assez calmes en actualités autour de la chasse à la baleine, le prochain départ de la flotte japonaise de recherche sur les cétacés pour l'Océan austral est l'occasion pour les opposants à la chasse à la baleine de préparer leurs campagnes médiatiques. L'ONG qui a fait le plus fait parler d'elle l'hiver dernier à ce sujet et qui va probablement encore faire du bruit cette année par ses actions dangereuses est la Sea Shepherd Conservation Society (SSCS).

Vous vous souvenez sans doute de l'abordage illégal par deux activistes de SSCS d'un baleinier nippon, le Yûshin-maru N°2 ou de la soi-disante tentitative d'assassinat du président de cette ONG, Paul Watson. Et bien sachez qu'une équipe de télévision était à bord du navire de Sea Shepherd, le Steve Irwin, pour le compte de la chaîne par satellite/cable Animal Planet, lors de cet hiver 2007-2008. Les images que cette équipe à prises vont servir pour une série de TV réalité intitulée "Whale Wars" et dont la diffusion doit commencer à 9 heures du soir (heure américaine). Cette série est prévue pour 7 semaines.

Cette initiative d'Animal Planet, chaîne appartenant au groupe Discovery, n'est pas sans controverses. Tout comme le souligne Mary McNamara dans cet article du Los Angeles Times, les activités de chasse scientifique que l'Institut japonais de recherches sur les cétacés sous mandat du gouvernement nippon sont parfaitement légales selon les termes de la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine, texte fondateur de la CBI. En outre, les actions de Sea Shepherd sont dangereuses et mettent en péril la vie de leurs propres membres d'équipage et de ceux de la flotte japonaise. L'Océan austral est un endroit isolé et extrêmement hostile. En cas d'accident en mer, il faudrait facilement une semaine à des secours pour atteindre cette zone.

La mode de la TV réalité dure depuis quelques années dans les pays occidentaux, mais je pense que nombre de personnes savent que le comportement des protagonistes de ce type de programme n'a rien de réel ou de naturel. En effet, l'attitude des gens est indubitablement influencée par la présence de caméras de télévision. Et l'objectif de ce genre d'émission étant de fournir du sensationnel pour scotcher le téléspectateur devant son téléviseur, il ne fait aucun doute que les réalisateurs de TV réalité ont plutôt tendance à provoquer, si ce n'est pas carrément à mettre en scène certaines situations dans ce but.

Eu égard aux actions dangereuses des membres de Sea Shepherd lors de leur dernière opération contre les navires de recherche japonais en Antarctique et la production de cette série-reportage, on est d'ailleurs en droit de se demander dans quel limite Animal Planet n'est pas aussi responsable que l'ONG. De même, est-ce que la série aurait été programmée si un accident grave avait eu lieu lors du tournage ?
La chaîne de TV et l'ONG y trouvent d'ailleurs chacune leur compte puisque la diffusion de cette série inédite permettra également à Sea Shepherd de se faire de la publicité et ainsi d'obtenir des dons auprès de téléspectateurs crédules.

L'Institut japonais de recherche sur les cétacés a récemment publié deux communiqués de presse critiquant Animal Planet. Vous les trouverez ici et . Pour ceux que ça intéresse, le site de la chaîne câblée offre une petite présentation de "Whale Wars". Il y a aussi quelques vidéos sur le compte youtube de la chaîne.
Précisons enfin que la série ne semble pas être prévue au Japon où Animal Planet est également diffusée.
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mardi, septembre 02, 2008

Tour d'horizon de l'actualité baleinière de l'été 2008

Après un break d'un mois, je vous propose de reprendre ce blog en faisant un petit point sur ce qui s'est passé dernièrement autour de la question de la chasse à la baleine. Il y a notamment eu deux informations qui ont attiré mon attention : la reclassification de certaines espèces de baleines dans la Liste Rouge de l'IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature) et la publication dans la revue scientifique Polar Biology d'une étude japonaise issue du programme de recherche sur les cétacés en Antarctique (JARPA).

Comme l'indique cet article de la BBC, l'IUCN, une organisation internationale regroupant de nombreux experts a annoncé au mois d'août qu'elle reclassait plusieurs espèces de cétacés dans sa Red List des espèces en dangers de disparition. L'attention s'est particulièrement portée sur les baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) et les baleines franches australes (Eubalaena australis) qui sont passées de "Vulnérable" à "Moindre risque". Il ne fait aucun doute qu'il s'agit du résultat de longues années de protection de ces deux espèces qui ont été intensivement chassée dans le passé. Notons que les baleines franches sont protégées depuis 1937 et les baleines à bosse depuis 1965, soit bien avant le moratoire adopté en 1982 par la Commission baleinière internationale.
Toutefois, il faut déplorer que d'autres espèces de cétacés telles que la baleine franche de l'Atlantique nord (Eubalaena glacialis) ou diverses sortes d'odontocètes comme le vaquita (Phocoena sinus) continuent d'être en danger critique, notamment à cause de la destruction de leur habitat naturel par les activités humaines.

En juillet dernier, la revue scientifique Polar Biology a publié une étude japonaise expliquant que la couche de graisse des rorquals de Minke (balaenoptera bonaerensis) avait diminué en moyenne de 9%, soit 18 kilos, en près de vingt ans. Intitulé "Decline in energy storage in the Antarctic minke whale (Balaenoptera bonaerensis) in the Southern Ocean" vient des résultats du programme de recherche (JARPA) conduit par l'Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR) entre 1987 et 2005. Selon les auteurs, il est possible que l'augmentation du nombre de baleines à bosse qui se nourrissent également de krill antarctique soit à l'origine de cet amaigrissement des rorquals de Minke qui se verraient forcés à chercher leurs proies plus près du continent antarctique, dans la banquise (pack ice).
Malgré l'intérêt scientifique de cette étude, les détracteurs des programmes de recherche japonais semblent se lamenter sur le fait qu'une revue scientifique à comité de lecture l'ait publiée. Un certain John Hocevar de Greenpeace déclare même que "il n'est pas nécessaire de tuer des baleines pour les étudier", des méthodes plus modernes pouvant permettre de comptabiliser les baleines et mesurer leur épaisseur de graisse sans les tuer. Et bien, il ne reste plus à Greenpeace qu'à nous démontrer ça...

Outre ces deux informations, on peut noter que les autorités japonaises ont demander des mandats d'arrêt internationaux à l'encontre de trois activistes de Sea Shepherd qu'ells accusent d'avoir attaqué un navire de recherche nippon dans la mer de Ross en février 2007.
Concernant la viande exportée par l'Islande et la Norvège vers le Japon, Greenpeace semble se soucier de l'état de fraîcheur de celle-ci... mais les gens de cette ONG ne paraissent pas connaître l'existence de congélateurs.
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mardi, juillet 29, 2008

L'histoire de la chasse à la baleine au Japon - 9

Je vous propose de poursuivre le récit de l'histoire de la chasse à la baleine au Japon en abordant cette fois-ci la chasse au petits cétacés. C'est en effet à partir de la période moderne que la chasse baleinière japonaise se divise en trois catégories : la chasse pélagique (bosen-shiki en.yô hogei 母船式遠洋捕鯨), la chasse côtière au grands cétacés (ôgata engan hogei 大型沿岸捕鯨) et la chasse côtière aux petits cétacés (kogata engan hogei 小型沿岸捕鯨).

Le début du XXe siècle va aussi voir la modernisation de la chasse côtière au petits cétacés (CCPC). Celle-ci tire ses origines de la tradition qu’avaient les membres des kujiragumi de capturer des espèces de petits cétacés en dehors des saisons de chasse. Ainsi, à Taiji, il était de coutume de chasser les globicéphales qui s’approchaient de la côte, à bord de petites embarcations appelées tento-sen 天渡舟. Cette pratique a joué un rôle particulièrement important pour cette communauté à la fin du XIXe siècle, alors que la chasse aux grandes baleines était dans l’impasse.

En 1904, Maeda Kenzô 前田兼蔵, qui est originaire de Taiji et revient des Etats-Unis, modernise cette chasse aux globicéphales en mettant au point un canon qui permet de tirer trois (plus tard, cinq) harpons simultanément et qu’il fixe à la proue d’un tento-sen. Plus tard, en 1912, ces embarcations seront agrandies et motorisées, rendant la chasse plus efficace. Cependant, la véritable révolution vient de l’idée d’un chasseur de Taiji en 1933, d’équiper un bateau, le Yûkô-maru, avec un canon de type Maeda et un canon lance-harpons norvégien de 26 millimètres. Son objectif : chasser pour la première fois des rorquals de Minke au large d’Ayukawa. Pour ce faire, il utilise d’abord le canon Maeda pour assurer la capture du cétacé, puis l’achève à l’aide du canon norvégien.

Le dépeçage se faisant en empruntant une partie des stations baleinières d’Ayukawa, les succès du Yûkô-maru vont inspirer d’autres chasseurs et de petits navires de 15 à 20 tonnes équipés de canon lance-harpons de 40 millimètres vont faire leur apparition dans les années qui suivent. Ces derniers étant utilisés principalement pour la chasse aux rorquals de Minke, on leur donne le nom de minku-sen ミンク船.

Dans la péninsule de Bôsô, où les pêcheurs avaient coutume de se réunir pour chasser au harpon les baleines à bec de Baird depuis le XVIIe siècle, cette activité va être reprise et modernisée par les compagnies baleinières qui s’y installent au début du XXe siècle. Profitant de la tradition et des coutumes baleinières de cette région, ces compagnies n’auront aucun mal à engager une main d’œuvre qualifiée, notamment pour le dépeçage, et à tirer profit du marché local pour les produits de la chasse. Plus tard, les minku-sen seront aussi employés pour capturer les baleines à bec de Baird.

Contrairement aux deux autres types de chasse à la baleine, la chasse côtière aux petits cétacés ne subira que très peu l’influence des combats de la Guerre du Pacifique du fait que les petits navires utilisés n’ont quasiment aucun intérêt militaire. De ce fait, cette activité attirera beaucoup de convoitises et le nombre de petits baleiniers augmentera durant les années de guerre.

A suivre...
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mercredi, juillet 23, 2008

Reconstitution de chasse traditionnelle à la baleine à Kayoi

Le lundi 21 juillet dernier s'est tenu dans le port de Kayoi (ville de Nagato, département de Yamaguchi) la fête de la baleine, Kayoi kujira-matsuri 通くじら祭り. Cette fête se compose de courses de barques japonaises, d'une reconstitution de chasse traditionnelle à la baleine et d'autres divertissements comme un spectacle représentant le combat entre Miyamoto Musashi et Sasaki Kojirô. Des étudiants de l'Université de Yamaguchi et de Corée du Sud était également présents, apportant l'énergie de leur jeunesse aux habitants du petit port de pêche.

La fête de la baleine de Kayoi a commencé en 1992, année marquant le 300e anniversaire de l'érection de la tombe des baleines (voir ici). Depuis 2006, la participation au clou du spectacle que constitue la reconstitution de chasse traditionnelle à la baleine est ouverte au public. Cette reconstitution se base sur la façon dont la chasse était pratiquée à Kayoi durant la période d'Edo. Quatre embarcations à bord de chacune desquelles se trouvent douze hommes vêtus uniquement d'un pagne dit fundoshi 褌 pourchassent une maquette de baleine de 13 mètres à travers le port. Après avoir "mis à mort" l'animal et l'avoir remorqué vers le port, les chasseurs découvrent un fœtus dans le ventre de la baleine.



Une cérémonie est alors organisée devant une maquette de la tombe des baleines placée devant le musée de la baleine de Kayoi. Des élèves de l'école primaire locale entonnent des chants baleiniers devant la tombe et le baleineau. Derrière eux, les hommes ayant participé à la chasse se tiennent assis en silence. Bien que cette fête ne soient organisée que depuis 16 ans, elle témoigne du fort désir des gens de Kayoi de garder leur patrimoine spirituel vivant et de le partager avec les autres. La distribution de soupe de baleine (kujira-jiru くじら汁) après la cérémonie montre également l'attachement local à la consommation de viande de baleine.

Lors de mon second séjour à Kayoi, j'ai fait un tour au musée de la baleine où sont exposés depuis le 7 juin dernier des peintures représentant la chasse à la baleine dans le port de Kawajiri, à quelques kilomètres à l'ouest de Kayoi. Ces peintures avaient apparemment été récupérées par un Anglais après la défaite du Japon en 1945, avant de se retrouver en Afrique du Sud. Ces dessins ressemblent beaucoup à ceux de l'Isanatori ekotoba 勇魚取絵詞 (1829) du clan Masutomi d'Ikitsuki, et je ne serais pas surpris d'apprendre que l'auteur des dessins de Kawajiri se soit inspirés de cette dernière œuvre. Le directeur du musée, M. Fujii a eu la gentillesse de me guider jusqu'au port de Kawajiri et de me présenter le lieu où le kujiragumi local dépeçait les baleines jusqu'en 1909 ainsi qu'une stèle funéraire dédiée aux baleine.
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vendredi, juillet 18, 2008

Petits pois et bacon de baleine - suite de l'épilogue

Comme je l'expliquais précédemment, Greenpeace avait accusé douze membres d'équipage du Nisshin-maru de détourner illégalement de la viande de baleine pour alimenter un marché parallèle. Pour prouver leurs dires, deux activistes de Greenpeace Japan avaient subtilisé un colis envoyé par l'un de ces marins à destination de son domicile lors de son transfert dans un centre de tri de la compagnie de transport Seinô. Malheureusement pour Greenpeace, le parquet de Tokyo a abandonné l'enquête le 20 juin dernier, ne disposant d'aucun soupçon à l'encontre des douze marins incriminés.

Dans le même temps, la compagnie Seino portait plainte auprès de la police d'Aomori pour le vol du colis. Les deux activistes de Greenpeace, Satô Jun.chi et Suzuki Tohru ont par conséquent été arrêtés le 20 juin, en même temps que la police saisissait leurs domiciles et les locaux de Greenpeace Japan à Tokyo. Après leur transfert vers Aomori, les deux suspects ont été placés en garde à vue sans chef d'accusation pendant 21 jours. Ils ont ensuite été accusés de vol et de violation de propriété privée le 11 juillet. Le tribunal d'Aomori a accepté leur demande de mise en liberté sous caution le 15 juillet. Le montant de la caution est de 8.000.000 Yen (environ 48.000 Euros), payés le jour-même par Greenpeace.

Malgré le fait que le parquet de Tokyo ait abandonné son enquête, faute de soupçons à l'encontre des 12 marins de la compagnie Kyôdô Senpaku, Greenpeace continue de prétendre qu'il y a un trafic de viande de baleine. Ils ont également fait appel à leurs supporters de par le monde pour signer une pétition demandant la libération de leurs deux activistes "injustement" arrêtés. Autrement dit, l'ONG essaye coûte que coûte de sauver la face. Cela se fait au détriment de leurs supporters qui sont désinformés. C'est dans ce contexte que la société maritime Kyôdô Senpaku a aujourd'hui rendues publiques les conclusions de l'enquête qu'elle a menée en interne sur les accusations de détournement et présentées au Ministère japonais de l'Agriculture, de la pêche et des forêts. Il y a un communiqué de presse en anglais et en japonais. Voici une traduction du communiqué japonais :

Rapport concernant les questions autour de la viande de baleine

Nous présentons ci-dessous les résultats de l’enquête concernant l’accusation faite par Greenpeace Japan auprès du parquet de Tokyo selon laquelle 12 membres de l’équipage du Nisshin-maru qui a participé au programme de recherche sur les cétacés en Antarctique conduit par l’ICR auraient détourné en grande quantité du bacon de baleine résultant de la recherche.
Nous présentons également les mesures que nous avons décidé de prendre pour assurer la transparence quant à la distribution de viande de baleine à nos marins.

I. Résultat de l’enquête
1. Le bacon de baleine salé que Greenpeace Japan a emporté en tant que "preuve" du centre de tri de la compagnie de transport Seinô à Aomori a été envoyé à destination de son domicile par un employé de l’usine du Nisshin-maru (52 ans, domicilié à Hakodate). Du bacon de baleine est offert à tous les membres d’équipage’ du Nisshin-maru en tant que cadeau lors de leur débarquement, mais cet envoi comprenait également les parts que des collègues ont cédée à cet employé. (Tous les ans, Kyôdô Senpaku achète de la viande de baleine à l’Institut japonais de recherche sur les cétacés et distribue en tant que cadeau 8 kilos de bacon de baleine salé et 1,6 kilos de viande (rouge) de baleine en morceaux à chacun de ses marins lors du débarquement)

2. Les prix de la viande de baleine étant déterminé par l’ICR après la fin de la recherche (généralement en juin), ils ne sont pas encore fixés lorsque la viande de baleine est distribuée en tant que cadeau aux membres d’équipage et la transaction avec l’ICR se fait sur la base des prix de l’année précédente.

3. Kyôdô Senpaku a conduit une enquête quant aux contenus des colis envoyés par chacun des membres d’équipage ayant pris part à la dernière opération de recherche sur les cétacés en Antarctique. Voici les points que cette enquête a révélés :
(a) La quantité de bacon salé réservé aux cadeaux qui a été débarquée est la même que celle produite à bord du navire et aucun produit n’a été emporté sans autorisation.
(b) Après avoir reçu de la viande de baleine en tant que cadeau, certains membres d’équipage l’ont cédée à des collègues car n’en ayant pas besoin.
(c) Aucun membre d’équipage n’a vendu les cadeaux ayant été distribués à des magasins de viande de baleine ou à des établissements de restauration.

II. Mesures à venir
1. La distribution de viande de baleine aux marins et la détermination des prix de ces cadeaux est effectuée en toute équité et de façon adéquate comme expliqué ci-dessus (I.), mais pour assurer la transparence la façon dont la distribution est réalisée sera désormais rendue publique.

2. Concernant la viande distribuée aux membres d’équipage, Kyôdô Senpaku va tout gérer à bord du navire et se charger de faire directement les envois aux adresses de chacun des marins après le débarquement.

3. Concernant l’achat de la viande de baleine destinée à être distribuée comme cadeaux aux membres d’équipage, on employait jusqu’à présent les prix de l’année précédente, mais désormais, le paiement sera fait une fois les prix pour l’année en cours déterminés.

4. En plus des lettres remises actuellement aux employés, l’interdiction de revendre la viande de baleine distribuée va être introduite dans le réglement interne.


Tout ceci devrait conclure l'affaire...sauf probablement pour Greenpeace...lire la suite>>

jeudi, juillet 10, 2008

Conférence de presse de Morishita Jôji (Agence japonaise pour la pêche) - 2 juillet 2008

Le 2 juillet dernier, Morishita Jôji, négociateur de l'Agence japonaise pour la pêche et commissaire délégué du Japon à la CBI, a donné une conférence de presse au Club des correspondants étrangers du Japon. Il y a notamment évoqué les discussions de la dernières réunion plénière de la Commission baleinière internationale à Santiago du Chili. En voici la vidéo (durée env. 56 minutes) :



(Source vidéo : JAN-JAN)

Il répond également à des questions de journalistes étrangers quant à divers sujets relatifs à la chasse à la baleine : l'importation de viande de baleine d'Islande et de Norvège, l'arrestation de deux activistes de Greenpeace, les programmes japonais de recherche sur les cétacés, etc.
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lundi, juillet 07, 2008

Remplacer le programme de recherche sur les cétacés par un programme de recherche globale sur l’environnement de l’océan Austral

J'ai précédemment présenté les opinions de deux personnes impliquées dans le débat sur la chasse à la baleine au Japon, Morishita Jôji de l'Agence japonaise pour la pêche et Ohsumi Seiji de l'Institut japonais de recherche sur les cétacés. Le quotidien Suisan Keizai Shinbun, spécialisé dans les informations relatives aux affaires maritimes, a publié le mois dernier (5 juin) l'opinion de Komatsu Masayuki, ancien commissaire délégué du Japon à la CBI et actuellement professeur au National Graduate Institute for Foreign Policies. Comme il connaît lui aussi bien le sujet de la chasse à la baleine - il a d'ailleurs écrit plusieurs livres dessus -, son point de vue m'a semblé intéressant. Aussi ai-je décidé de présenter une traduction de son article.

Opinion des lecteurs – Komatsu Masayuki (professeur au National Graduate Institute for Policy Studies)
Remplacer le programme de recherche sur les cétacés par un programme de recherche globale sur l’environnement de l’océan Austral
Suisan Keizai, le 5 juin 2008

Le Japon a la responsabilité de présenter les informations de la recherche sur les cétacés en Antarctique

Ces dernières années, d’ importants phénomènes anormaux interviennent dans l’écosystème de l’océan Austral dont les cétacés font partie. C’est on pense, parce que l’environnement de l’océan Austral et des abords de l’Antarctique ont grandement changé. Il nous est possible de saisir les effets du réchauffement climatique dans l’atmosphère et à la surface de la Terre tels que l’élargissement du trou de la couche d’ozone, l’effondrement de la plate-forme glaciaire Larsen B, la diminution de la baie des Baleines formées par les glaces de la mer de Ross ou les importants changements chez les manchots Adélie et les manchots empereurs, mais il est difficile de comprendre ce qui se passe sous la surface de la mer. La découverte des modifications qui ont lieu dans l’eau est rendue possible par des activités de recherche de grande envergure et à long terme. La recherche sur les cétacés en Antarctique commencée en 1987 se base sur l’article 8 de la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine, est mise en oeuvre légalement par le Japon qui est un pays signataire de ce texte, et a apporté des informations très utiles quant à l’écosystème marin de l’océan Austral à la société internationale par le biais du comité scientifique de la Commission baleinière internationale.
Les résultats de vingt ans de recherche tirent la sonnette d’alarme pour l’humanité. Cependant, sans explication précise de ce qui se passe exactement dans l’océan Austral ces dernières années, on peut difficilement dire que le Japon remplit son rôle d’information. Cette recherche est conduite dans l’océan Austral qui est un patrimoine commun de l’humanité et le devoir d’explication du Japon est donc important.

La ruée des baleines vers le Sud

Les baleines à bosse qui vivent en grands nombres dans les eaux au nord du 60e parallèle de latitude Sud se déplacent massivement vers l’océan Austral, en dessous du 60e parallèle Sud où les eaux sont plus froides, du fait de l’augmentation de la température de la mer. Les populations de cette espèce augmentent annuellement de plus de 14%. La biomasse des baleines à bosse représente près du double (dans la zone IV de l’océan Austral) de celle des 760.000 rorquals de Minke. Il s’agit de l’espèce la plus importante dans l’écosystème de l’océan Austral et les informations que procureraient leur capture sont scientifiquement indispensables.
Les populations de rorquals communs aussi augmentent à un rythme de plus de 10% par an dans les eaux au sud du 60e parallèle de latitude Sud. Cependant, les populations de baleines bleues qui comptaient autrefois quelques 330.000 animaux et ne sont plus qu’environ mille aujourd’hui, ainsi que celles des rorquals de Minke que l’on estime à 760.000 bêtes, non seulement n’augmentent pas, mais on observe des anormalités chez certains individus. Ils maigrissent et leur couche de graisse devient plus mince. On constate aussi une diminution des naissances. L’âge des femelles gravides est aussi de plus en plus élevé. En outre, ces animaux vont jusqu’à l’intérieur de la banquise (pack ice). Ces phénomènes sont, on pense, dûs au réchauffement climatique.

Le réchauffement de l’océan Austral

La température atmosphérique de l’Antarctique est montée de trois degrés Celsius lors des cinquante dernières années (côte ouest de la péninsule antarctique). Par ailleurs, les glaces de mer et celles du continent antarctique fondent, faisant progresser la désalinisation de l’eau de mer. Si l’eau dont la densité est moindre du fait d’une faible concentration en sel et d’une température plus élevée stagne, le mélange vertical ne s’opère pas et les courants ascendants s’affaiblissent. Les sels nutritifs tels que les silicates parviennent ainsi difficilement jusqu’à la surface de la mer où a lieu la photosynthèse, et avec la réduction de la couche d’ozone, la production de phytoplancton comme les diatomées diminue. On suppose que le krill antarctique qui s’en nourrit a diminué. Il a été rapporté que le krill antarctique aurait diminué de 75 à 82% autour de la péninsule antarctique depuis 1970 (British Antarctic Survey). Les chalutiers japonais ne rencontrent plus de grandes densité de krill antarctique.

L’utilisation des ressources vivantes marines et le contrôle du réchauffement

La production d’aliments par l’industrie agricole entraîne la déforestation pour créer des champs et l’émission de dioxyde de carbone (CO2) par le bétail. Si on prend la totalité du CO2 sur Terre, 2% se trouve dans l’atmosphère et 98% dans les océans. Par conséquent, stimuler le cycle du CO2 des océans devrait être extrêmement efficace lorsqu’on envisage de rétablir l’équilibre de CO2 sur Terre et réduire celui dû aux échappements.
Dans les océans, le CO2 est assimilé par le phytoplancton puis à travers le le zooplancton, absorbé par les poissons et les cétacés. L’utilisation adéquate par les hommes de ces dernières ressources revient à stimuler l’absorption / dissolution et le cycle du CO2 des océans. Ainsi, les hommes controleraient les émissions de CO2 terrestre (dans l’atmosphère) et contribueraient au contrôle du réchauffement planétaire et donc de celui des océans. Par ailleurs, l’utilisation alimentaire du krill qui représente une ressource de plusieurs dizaines de millions de tonnes est également très importante si l’on considère qu’elle est respectueuse de l’environnement en général.

Vers la mise en oeuvre d’un programme de recherche global sur l’environnement de l’océan Austral

Un programme de recherche accompagné du besoin de vérifier des hypothèses et un raisonnement de grande envergure et ayant pour objectif de contribuer à l’élucidation et la résolution de l’influence du réchauffement climatique à l’échelle planétaire, nécessite l’élaboration d’un projet à long terme et la capacité de l’exécuter. En Antarctique aussi, il est nécessaire de mettre en oeuvre de manière globale l’observation océanographique (sels, température de l’eau, mélange vertical, convection), la recherche sur le phytoplancton et le zooplancton comme le krill antarctique, ainsi que celle sur les manchots et les cétacés qui s’en nourrissent. En ce qui concerne les cétacés, il est indispensable de surveiller la concurrence entre les espèces d’eaux tempérées comme la baleine à bosse et celles d’eaux froides telles que les baleines bleues et les rorquals de Minke antarctiques, ainsi que les changements de caractéristiques physiologiques. Ces activités de recherche devraient contribuer aux mesures pour faire face aux changements environnementaux et au réchauffement planétaire demandées par le monde contemporrain ainsi qu’ à l’élucidation des changements des écosystèmes marins, et aussi remédier à une future pénurie alimentaire.

Création d’un institut de recherche globale sur l’environnement des océans

Avec l’adoption de la Loi fondamentale sur la politique océanique, l’Etat japonais se doit, je pense, de jeter toutes ses forces dans la mise en oeuvre de ces programmes de recherche et de coordonner globalement la recherche et les études conduites jusqu’à présent séparément par l’Université de Tokyo, l’Institut national de recherche sur la pêche pélagique (NRIFSF), l’Institut national de recherche polaire (NIPR), l’Agence japonaise pour la science et la technologie marine-Terre (JAMSTEC) et l’Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR). En particulier, ces instituts et agences devraient créer des liens de coopération et être réorganisés. Le Japon devrait former sur la base de l’ICR, un "institut de recherche globale sur l’environnement des océans" en tant qu’organisme central pour ces recherches et études, et chercher à atteindre une recherche qui répond aux besoins du 21e siècle en invitant des chercheurs de pays étrangers.
Le programme de recherche sur les cétacés en Antarctique actuel devrait être grandement modifié et conduit en tant que "projet de recherche global sur l’environnement de l’océan Austral" dont le but serait de contribuer à l’élucidation des problèmes de réchauffement climatique et de pénurie alimentaire. Il devrait viser une coopération avec les pays qui conduisent actuellement des recherches scientifiques en Antarctique comme la Norvège, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l’Australie.
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mardi, juillet 01, 2008

60e réunion plénière de la Commission baleinière internationale - rapport

La 60e réunion plénière de la Commission baleinière internationale (CBI) s'est achevée vendredi 27 juin dernier, après 5 jours de débats à Santiago du Chili. Cette réunion a été très différente de celles des années précédentes du fait que le président de la Commission, l'Américain William Hogarth avait demandé aux pays membres d'éviter l'appel au vote et d'adopter les décisions par consensus lorsque cela était possible. Ayant suivi les débats en direct sur internet, je vous propose ci-dessous un compte-rendu des discussions de cette réunion.

Outre les allocutions des ministres chiliens des Affaires étrangères, Alejandro Foxley et de l'Environnement, Ana Lya Uriarte, la première journée a commencé par la traditionnelle adoption de l'ordre du jour. Contrairement aux années précédentes, la délégation japonaise n'a pas demandé le retrait de certains points de l'ordre du jour qu'elle ne considèrent pas du ressort de la CBI tels que les questions relatives aux petits cétacés, démontrant son intention de favoriser le dialogue.

Le comité scientifique a ensuite fait un rapport de ses travaux sur l'évaluation des populations de baleines, notamment les rorquals de Minke antarctiques (balaenoptera bonaerensis). Le comité cherche en effet à expliquer la différence entre les estimations faites sur la base des résultats des croisières circumpolaires du programme IDCR/SOWER. Malheureusement, seuls les résultats d'une des trois méthodes devant permettre d'éclaircir ce problème n'ayant été présentés, il faudra attendre l'année prochaine pour probablement obtenir une nouvelle estimation du nombre de rorquals de Minke dans l'océan Austral. Le comité scientifique a toutefois expliqué qu'il y avait des preuves positives d'augmentation de plusieurs populations de baleines bleues, de baleines à bosse et de baleines franches dans l'hémisphère sud. Le rapport (en anglais) du comité scientifique peut être consulté sur le site de la CBI.

Il a également été question des problèmes rencontrés pour déterminer précisément l'âge des rorquals de Minke. L'âge des baleines à fanons (mysticètes) est généralement déterminé en comptant les couches de plaque auriculaire cornée de la structure interne de l'oreille des animaux, mais cette méthode semble plus difficile pour les rorquals de Minke. Ces discussions ont été l'occasion pour les pays comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande de réitérer leur opposition aux programmes de recherche scientifique conduits par le Japon, notamment en Antarctique. La Commission a ensuite fait le point sur les rapports émis par plusieurs pays sur les méthodes de mise à mort et autres questions liées au bien-être des cétacés, ainsi que sur la coopération avec d'autres organismes internationaux comme l'OMI (Organisation maritime internationale) où elle a obtenu le statut d'observateur.

La seconde journée a débuté par une réunion à huis clos à laquelle seules les délégations pouvaient assister. Les discussions qui se sont tenues lors de cette réunion sont résumées dans ce document et portes sur la façon de travailler et les sujets (dont la chasse côtière à la baleine au Japon) qu'abordera un "petit groupe de travail" auquel participeront 24 pays membres d'ici la prochaine réunion plénière. Suite à cette réunion à huit clos, les discussions ont repris avec une présentation du gouverneur de la province de Chubut sur le tourisme baleinier (whale-watching) en Argentine. Le comité scientifique a ensuite présenté l'avancement de ses travaux sur la procédure de gestion révisée (Revised Management Procedure, RMP), notamment pour les stocks de rorquals communs dans l'Atlantique nord.

Le troisième jour a vu la présentation par le Japon des conséquences socio-économiques du moratoire sur ses communautés baleinières. Ce pays sachant qu'il n'y aurait aucun consensus sur ce sujet, il n'y a pas eu de demande de quota et donc pas de vote. A suivi un rapport du président du comité scientifique sur les permis spéciaux pour la recherche scientifique. A cette occasion, la plupart des délégations ont pris la parole sur ce sujet qui est source de division au sein de la CBI. Le Japon a annoncé qu'il ferait une présentation des résultats de son programme de recherche en Antarctique (JARPA) durant la pause déjeuner de cette troisième journée. Le reste de la journée a été consacré à des discussions sur les effets sur les cétacés de facteurs environnementaux et à l'état de conservation de diverses espèces de petits cétacés, avant que six ONG se voient donner l'occasion de faire une intervention de cinq minutes chacune.

Le jour 4 de la réunion plénière est probablement celui qui a apporté la preuve que la tentative menée par William Hogarth pour remettre la CBI dans le droit chemin n'est pas gagnée d'avance. Le principal sujet de discussion était la demande du Danemark d'un quota de dix baleines à bosse pour les Inuits du Groenland occidental. Cette demande avait déjà était faite à Anchorage, l'année précédente, mais le comité scientifique ne pouvant alors émettre d'avis, elle avait été repoussée à cette année. Le comité scientifique ayant émis l'avis que la capture de dix baleines à bosse ne présentait pas de risque pour ces populations, le Danemark a donc réitéré sa demande. Malheureusement, les pays de l'UE (sauf le Danemark) ont annoncé leur opposition à ce quota, expliquant qu'il ne voyait pas de besoins de subsistence. Ceci fait suite à un rapport d'une coalition d'ONG critiquant le fait qu'une partie de la viande des baleines capturées dans le cadre de la chasse aborigène de subsistence finissait dans des supermarchés du Groenland. Le Danemark a fait appel au vote, mais avec 36 votes contre et 29 pour, sa demande a été refusée. Les commentaires des différents pays membres ont ensuite montré que l'opposition est encore très forte au sein de la CBI.

Plusieurs pays dont le Brésil et l'Argentine ont ensuite fait une brève présentation d'une proposition de sanctuaire baleinier dans l'Atlantique sud, mais sachant qu'aucun ne pourrait être atteint sur ce sujet, ils n'ont pas fait de demande. La commission a ensuite traité de divers sujets techniques jusqu'à la cinquième journée. Notons que la première réunion du "petit groupe de travail" a eu lieu vendredi, à l'issue de la plénière.

Bien qu'ils coopèrent aux efforts entrepris par l'actuel président de la CBI, les pays favorables à l'utilisation durable des baleines se sont réunis après les débats de la troisième journée pour discuter des options externes à la Commission, ce qui inclut entre autre l'éventuelle création d'un nouvel organisme de gestion des la chasse à la baleine. Personnellement, je pense que ce qui s'est passé lors de la demande du Danemark montre que les pays anti-baleiniers ne sont pas prêts à faire des concessions. En 2007, à Anchorage, la Belgique avait indiqué qu'elle soutenait pas la demande du Groenland, préférant attendre l'avis du comité scientifique l'année suivante. Apparemment, l'avis du comité scientifique n'a pas suffi et on peut se demander quels sont les critères de ces pays.

La gestion de la chasse à la baleine devrait se faire sur des données scientifiques démontrant que les populations de cétacés ne sont pas mises en danger, et non pour des raisons politiques comme c'est le cas actuellement. Si les pays qui s'opposent à la chasse à la baleine ne sont pas capables d'accepter ceci, il est certain que l'avenir de la CBI est sérieusement compromis. La 61e réunion plénière qui se tiendra à Madeira, au Portugal, nous montrera si c'est le cas.

PS : Si vous voulez en savoir plus sur la façon dont la CBI fait des estimations des populations de baleine, je vous conseille cet article de Richard Black de la BBC. Il est à mon avis le journaliste occidental le plus sérieux dans son traitement de ce sujet épineux.
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lundi, juin 23, 2008

60e réunion plénière de la Commission baleinière internationale - introduction

La 60e réunion plénière de la Commission baleinière internationale (CBI) organisée à Santiago du Chili doit débuter aujourd'hui à 10 heures, heure locale (16h en France, 23h au Japon). Les débats seront intégralement diffusé (en anglais, français, espagnol ou japonais en fonction de la langue de l'intervenant) sur internet grâce au site Kujira Portal (cliquer ici pour accéder directement à la vidéo). Si la question de la chasse à la baleine vous intéresse, je vous invite à suivre les discussions de la CBI.

Cette 60e réunion est placée sous le signe de la réconciliation entre les deux blocs qui s'opposent au sein de la CBI. L'actuel président de la commission, l'Américain William Hogarth s'est donné pour mission durant son mandat qui prendra fin à l'issue de la 61e réunion, de remettre la CBI dans le droit chemin, la division actuelle l'empêchant d'adopter la moindre mesure de gestion du fait qu'aucun des deux camps en présence n'est capable d'obtenir la majorité des trois quarts nécessaire à cela.

Pour ce faire, une réunion intermédiaire avait été organisée au mois de mars dernier pour trouver des moyens de rétablir le dialogue. A cet effet, des spécialistes en négociations internationales tels que le Professeur Calestous Juma de la Harvard Kennedy School avaient été invités en tant que conseillers. A l'issue de cette réunion intermédiaire, une série de suggestions avaient été faites pour permettre de rétablir le dialogue telles que faire des efforts pour prendre des décisions par consensus, réduire l'usage du vote, créer de petits groupes de négociations, etc.

La situation actuelle de la CBI qui dure depuis l'adoption du moratoire sur la chasse commerciale à la baleine en 1982, n'est en aucun cas favorable aux deux camps. La chasse à la baleine continue d'être pratiquée en dehors du contrôle de la CBI. En outre, le Japon menace de quitter la commission si cette dernière ne peut pas remplir son mandat qu'est la conservation des espèces de baleines et la gestion de la chasse. Selon Kyodo News (et Bloomberg), a la différence des années précédentes, il a désormais fixé un ultimatum, n'écartant pas la possibilité de quitter la CBI ou de reprendre unilatéralement la chasse commerciale si aucun progrès ne devait être fait d'ici la fin de la 61 réunion qui doit se tenir à Madeira au Portugal. Cela dépendrait de la création d'un groupe de travail sur la chasse côtière au Japon.

Toutefois, les récentes déclarations de pays opposés à la chasse à la baleine tels que l'Australie, la Nouvelle Zélande ou l'EU laissent plutôt penser qu'aucune avancée ne sera faite lors des discussions de la CBI cette année. En fait, le Brésil, l'Argentine et d'autres pays sud-américains semblent préparer une proposition de sanctuaire baleinier dans l'Atlantique sud. Cette proposition inutile (aucune chasse à la baleine n'est pratiquée dans cette partie du monde) devrait à coup sûr démontrer la volonté des pays anti-baleiniers de continuer de détourner la CBI de son mandat et donc nuire aux efforts du président Hogarth.

A ce sujet, je vous invite à lire la tribune d'Eugène Lapointe, ancien secrétaire général de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction) et actuel président de l'IWMC World Conservation Trust. Son analyse me semble pertinente. Ce documentaire donne aussi un bon aperçu de la situation de la Commission baleinière internationale. Vous pouvez également consulter les documents de la CBI, dont l'agenda de la réunion, ici.
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samedi, juin 21, 2008

グリーンシーフ逮捕祝い!

Pour célébrer l'arrestation de deux membres d'ONG pseudo-écologique pour vol, je me suis préparé un plat de bacon de baleine et de petits pois. Voilà ce que ça donnait en japonais :



Et dans la langue de Shakespeare :



Je tiens à préciser que tous les aliments ont été consommés et qu'il n'y a pas eu de gâchis. De même, le bacon de baleine a été acheté et pas volé. :)
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vendredi, juin 20, 2008

Petits pois et bacon de baleine - épilogue

Le scoop de la journée, c'est l'arrestation ce matin de deux membres de Greenpeace Japan par la police japonaise pour suspicion de vol. Cette information est reprise en boucle à la télévision depuis ce matin. Les deux activistes de Greenpeace arrêté sont Jun.ichi Satô et Tohru Suzuki. La police conduit des perquisitions aux domiciles des deux suspects et dans les bureaux de Greenpeace Japan depuis la matinée.

Ces arrestations ont été effectuées dans le cadre de l'enquête menée par la police du département d'Aomori sur le vol d'un colis dans un dépôt de la compagnie de transport Seinô le 16 avril 2008. Ce colis a été subtilisé par des membres de Greenpeace Japan pour obtenir une preuvre à conviction quant à un soi-disant détournement et traffic de viande de baleine organisés par des membres d'équipage du Nisshin-maru, le navire-usine appartenant à la flotte ayant pris part au programme japonais de recherche sur les cétacés en Antarctique.

Greenpeace Japan a porté plainte contre 12 membres d'équipage du Nisshin-maru pour ce qu'il considère être un détournement et traffic de viande de baleine auprès du parquet de Tokyo, après avoir tenu une conférence de presse le 15 mai dernier lors de laquelle ils ont présenté le colis subtilisé et contenant 23,5 kilos de bacon de baleine (unesu). Le parquet de Tokyo a reçu la plainte de Greenpeace et commencé l'enquête le 20 mai. Dans le même temps, les médias japonais ont vivement critiqué la manière de laquelle des membres de Greenpeace Japan ont obtenu leur preuve, cela s'apparentant à du vol. L'ONG a rétorqué qu'il s'agissait là du seul moyen d'obtenir une preuve et qu'il ne s'agit donc pas de vol. Le même jour, la compagnie de transport Seinô a porté plainte auprès de la police d'Aomori pour le vol du colis.

A l'occasion de sa conférence de presse du 15 mai, Greenpeace a émis un rapport (en japonais et anglais) dénonçant le soi-disant détournement-traffic de viande de baleine. Selon ce rapport, un informateur, anciennement employé de la compagnie Kyôdô Sempaku à laquelle le Nisshin-maru appartient, donne le détail de ce traffic. Il me semble intéressant de se pencher un peu sur ce rapport.

Tout d'abord, il y a une différence entre les versions japonaise et anglaise, cette dernière étant plus courte de deux pages. Il pourraît s'agir d'un problème de langue (l'anglais prenant moins de place que le japonais), mais après examen détaillé du rapport, j'ai constaté que l'interview de l'ancien employé de Kyôdô Senpaku avait été abbrégée en anglais. On compte en effet 79 séries de questions-réponses en japonais, contre seulement 29 en anglais. J'ai demandé à un membre de Greenpeace s'il y avait une raison à cette omission. Il m'a répondu que non, qu'il s'agissait d'un choix des personnes ayant préparé le rapport.

L'information manquante en anglais est pourtant intéressante. En effet, face aux accusations de Greenpeace, la compagnie maritime Kyôdô Senpaku a déclaré qu'il était de coutume d'offrir de la viande de baleine à l'ensemble des membres d'équipage qui passent cinq mois en mer, dans un environnement hostile et loin de leurs familles. Ce fait est confirmé par l'informateur de Greenpeace. Voici le passage correspondant, suivi d'une traduction personnelle français :

調:先ほどその、個人で持ち帰られるっていう肉があるっておっしゃいましたけど、その中に「お土産」もあるということを聞いたことがあるんですけども。
Q: Vous avez dit tout à l'heure qu'il y avait de la chair [de baleine] que chacun ramène chez soi, mais j'ai également entendu dire qu'il y avait également des "cadeaux".
情:はい。あの、船側である程度お土産はくれますね。それは、赤肉1キロブロックが6個くらい、あと畝須の塩漬けが5キロくらいですね。それはお土産でくれますね。あと、個人で買うものもあります。だいたい1人最低4キロ、1キロブロック4個くらいは買いますね。
R: Oui. La compagnie maritime (NDT: Kyôdô Senpaku) nous offre des cadeaux dans une certaine mesure. C'est environ 6 blocs d'un kilo de viande rouge et aussi environ 5 kilos de bacon de baleine. Ensuite, on peut aussi en acheter personnellement. On achète environ 4 kilos par personnes au moins, soit 4 blocs d'un kilo.

調:それは、具体的に買うというのはどういう風に?現金で払って買う?
Q: Vous achetez ça comment exactement ? En payant en liquide ?
情:いえ。給料引きですね。
R: Non. C'est déduit du salaire.

調:後々、給料から…ですか?
Q: Déduit ensuite du salaire ?
情:そうですね。給料から引かれます。
R: Oui. C'est déduit du salaire.

調:それらはどのようにして個人宅に配達されるんでしょうか?
Comment tout ceci est-il envoyé au domicile de chacun ?
情:そのお土産品ですか?
R: Les cadeaux?

調:はい。
Q: Oui.
情:冷凍品はみんな宅急便ですね。
R: Les produits congelés sont tous envoyés par colis express.

調:クール宅急便?
Q: Par colis express réfrigérés ?
情:クール宅急便ですね。冷凍品は。
R: Oui, par colis express réfrigéré, pour les produits congelés.


Ce que je déduis de ce passage, c'est que la compagnie Kyôdô Senpaku offre effectivement de la viande de baleine congelée et du bacon de baleine (conservé dans le sel) à ses employés en remerciement de leurs efforts comme elle l'a annoncé dans un de ses communiqués de presse. Il se trouve que Greenpeace a découvert 23,5 kilos de bacon de baleine conservé dans le sel dans le colis qu'il a dérobé dans le dépôt d'Aomori. Les aliments conservé dans le sel ne nécessitant pas forcément d'être congelé. En outre, l'employé qui a envoyé ce colis à destination de son domicile à Hokkaidô a expliqué avoir reçu les parts de trois de ses collègues. J'ai demandé aujourd'hui, lors d'une conférence de presse, au secrétaire général de Greenpeace Japan, Jun Hoshikawa si le colis qui a été subtilisé par les deux activistes arrêtés ne pouvait pas correspondre aux "cadeaux" dont il est fait mention dans le rapport de Greenpeace. Il m'a répondu que non.

Une autre chose qui m'interpelle dans le rapport de Greenpeace, c'est la quantité de viande de baleine qui serait détournée. D'après leur informateur, entre 120 à 130 membres d'équipage du Nisshin-maru emporteraient chacun de 200 à 300 kilos de viande de baleine. Ca fait entre 24 et 39 tonnes en tout! Je ne sais pas où ils mettent tout ça, mais les chambres du Nisshin-maru ne permettent certainement pas de cacher 200 kilos de chair de baleine. En outre, si on considère qu'un colis contient en moyenne 25 kilos, Greenpeace aurait dû observer entre 960 et 1.560 colis. Seuls 47 colis ont été constatés lors du retour du Nisshin-maru au port de Tokyo, le 15 avril 2008.

J'ai fait remarquer cette différence à M. Hoshikawa, mais sa seule explication a été que cette année, la flotte n'ayant pu prélever que 551 rorquals de Minke, il devait y avoir moins de viande de baleine détournée. Certes, mais 551 rorquals de Minke représentant environ la moitié de ce qui était prévu, il y aurait dû y avoir entre 480 et 780 colis contenant la soi-disante viande détournée. On est encore loin du compte.

Selon le quotidien Nikkei Shinbun, le parquet de Tokyo a annoncé aujourd'hui avoir annulé les plaintes contre les 12 membres d'équipage du Nisshin-maru en l'absence d'éléments à charge. Cette annonce vient clore cette affaire en ce qui concerne les baleiniers japonais, mais ce n'est que le début pour Greenpeace. La police japonaise enquête actuellement sur l'organisation du vol commis à l'encontre du dépôt de la compagnie Seinô à Aomori. Greenpeace pourrait aussi se voir accuser de diffamation. Autrement dit, les "petits pois" sont cuits. Il est sans doute temps que cette ONG se détache de la question de la chasse à la baleine et se préoccupe de sujets plus importants sur le plan écologique. En tout cas, ils ont perdu le peu de crédibilité qu'ils avaient au Japon...lire la suite>>

jeudi, juin 19, 2008

La tradition religieuse des « chrétiens cachés » préservée sur l’île d’Ikitsuki

J'avais déjà évoqué les chrétiens cachés (kakure kirishitan 隠れ切支丹) d'Ikitsuki lorsque j'avais présenté la traduction d'un article sur l'œuvre "Kujiragami". Le site FujiSankei a récemment publié un article sur un office religieux tenu par des descendants des chrétiens cachés et lors duquel il était de coutume d'offrir de la viande de baleine bouillie. Cela permet d'envisager un peu mieux la relation entre les chrétiens cachés et le kujiragumi du clan Masutomi. Voici une traduction de cet article.

La tradition religieuse des « chrétiens cachés » préservée sur l’île d’Ikitsuki
FujiSankei, le 18 juin 2008

Dans une petite et sombre pièce à plancher de bois, cinq hommes vêtus de kimonos entonnent une sorte d’incantation en joignant les mains. "Gururiyôza dômino." Les voix graves résonnent avec la mélodie du chant grégorien hérité des liturgies de l’Eglise catholique romaine. Il s’agit de l’ "oratio", des prières où se mèlent le latin et le portuguais au japonais.

Sur le mur de la pièce voisine est accroché une peinture représentant une femme pure vêtue d’un kimono. Bien qu’elle ressemble avant tout à une Japonaise, il s’agit d’une image de la Vierge que ces hommes appellent une "relique sacrée". Devant sont posés du saké dans une petite coupe et de la viande de baleine bouillie dans une assiette. Ces offrandes flottent dans la lumières des bougies.

Malgré l’interdiction durant la période d’Edo, les "chrétiens cachés" n’ont pas renoncé à leur foi. Sur l’île d’Ikitsuki (commune de Hirado, département de Nagasaki), quelques 500 croyants ayant hérité de ces traditions continuent ces offices environ dix fois par an, plus de 130 ans après la levée de l’interdiction au début de l’ère Meiji.

De la sériole et de la seiche

"Autrefois, il était coutumier de consommer les offrandes après avoir executé l’oratio, mais cette pratique a quasiment disparu," explique avec tristesse Kawasaki Masaichi dont la famille se transmet le rôle d’ "oyaji" chargé de préserver la relique sacrée de génération en génération.

Avec la succession de jours fériés du mois de mai, des touristes sont également venu assister à l’office ce jour-là et l’offrande traditionnelle de viande de baleine bouillie a été faite pour ainsi dire de manière exceptionnelle. "Ces dernières années, il est difficile et coûteux de se procurer de la viande de baleine. Nous utilisons donc souvent du sashimi de poisson comme la sériole ou encore de la seiche pour les offrandes," précise M. Kawasaki.

Le saké et la nourriture des offrandes sont des substituts au vin et au pain qui sont utilisés lors des offices chrétiens comme symboles du sang et du corps de Jésus. Autrefois, on utilisait principalement de la viande de baleine en lieu du pain parce qu’on en trouvait facilement.

La technique de chasse consistant à capturer des baleines à l’aide de filets et de harpons s’est établie sur l’île d’Ikitsuki à partir du deuxième tiers de la période d’Edo. Le clan Masutomi qui y dirigeait un "kujiragumi", une organisation de chasse à la baleine, a prospéré durant 140 ans et bâti son immense fortune en extrayant l’huile de baleine selon une méthode qu’il lui aurait été transmise par les Hollandais.

Les baleines étaient également utilisées efficacement pour la nourriture. La viande était salée et envoyée à Fukuoka, le blanc à Saga, le couteux lard des sillons à Nagasaki où le commerce avec l’étranger était florissant, ... De récentes données indiquent que Nagasaki est encore de nos jours la région où la consommation annuelle de viande de baleine est la plus élevée, mais elle ne dépasse pas 170 grammes par habitant. La quantité de viande de baleine en distribution est a ce point rare.

Accrochages

Le navire de protestation de l’organisation écologiste américaine Sea Shepherd se déplace parallèlement, tout près du Nisshin-maru, le navire usine de la flotte de recherche japonaise. Il se rapproche, ignorant les avertissements répétés en anglais par l’équipage japonais lui ordonnant de garder ses distances.

"Distance cinq mètres. Des bouteilles contenant ce qui semble être de l’acide butyrique viennent d’être lancées. Il y a des blessés." Un garde-côte japonais hausse la voix sur le pont du navire pour faire un rapport de la situation. Il s’agit des accrochages qui se sont produits en Antarctique autour de la chasse à la baleine et dont les images ont été diffusées plusieurs fois lors des journaux télévisés au début de cette année.

La Commission baleinière internationale (CBI) a adopté une interdiction de la chasse commerciale à la baleine en 1982. Bien que la chasse scientifique dont le but est d’éclaircir les paramètres biologiques des baleines ait été approuvée à partir de 1987, l’opposition entre les pays baleiniers comme le Japon et la Norvège et les ONG et nations opposées à la chasse à la baleine tels que les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne disparaît pas.

"Ce qui pose problème, c’est que les baleiniers capturent des baleines d’espèces menacées d’extinction sans en connaître le nombre exact. Cette pratique n’a de scientifique que le nom et est en réalité commerciale," commente un responsable des relations publiques de Greenpeace Japan.

De son côté, Okada Hideaki de l’Agence pour la pêche rétorque que, de même que pour les poissons, il est nécessaire de prélever des baleines des espèces dont les populations augmentent. "Il existe au Japon une tradition de manger de la baleine depuis les temps anciens et contrairement aux pays occidentaux, on utilise tout dans la baleine," souligne-t’il.

Produit de la recherche

Les pays qui s’opposent actuellement à la chasse à la baleine la pratiquaient autrefois, rejetant la carcasse après en avoir extrait l’huile. Au Japon, l’utilisation alimentaire était centrale et on pense que les habitants de l’archipel consommaient déjà de la viande de baleine à la période Jômon. A l’époque où la chasse commerciale était la plus active après la Seconde Guerre Mondiale, plus ou moins 200.000 tonnes de viande de baleine circulaient annuellement et on en servait même lors des repas scolaires.

La quantité actuelle de viande de baleine est actuellement d’environ 4000 tonnes (données 2007). La viande de baleine est vendue en tant que "produit" de la chasse scientifique que l’Institut japonais de recherche sur les cétacés (Tokyo) conduit sous mandat de l’Agence japonaise pour la pêche et le volume total distribué ne représente qu’un pourcent de celui du thon. Les recettes servant à couvrir les frais de recherche de l’année suivante, un kilogramme de viande de baleine coûte près de 2000 Yen, soit plus du double du prix du thon obèse (Thunnus obesus).

Le nombre de baleines diffère en fonction des espèces. Bien qu’il y ait des craintes que les baleines bleues disparaissent, la CBI a certifié qu’il y avait près d’un million de rorquals de Minke. Malgré cela, les pays baleiniers et ceux opposés à la chasse à la baleine n’arrivent pas à trouver un terrain d’entente.

Tenace est l’opinion observant la valeur de la baleine comme source de nourriture qui pourrait remplacer les poissons tels que le thon dont les ressources ne suffisent pas du fait de la forte demande internationale due au succès des sushi et sashimi. "Je souhaite que les frictions émotionelles et les actions contre la chasse scientifique cessent et qu’un débat puisse avoir lieu dans le calme." Telle est la prière de M. Kawasaki, héritier des croyances de chrétiens cachés à Ikitsuki.
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samedi, juin 14, 2008

Des baleines, des hommes et la mer - 1

Le moratoire sur la chasse commerciale à la baleine adopté en 1982 par la CBI est entré en vigueur au Japon en 1987/88. Récemment, un utilisateur a posté sur Youtube un reportage réalisé par la télévision japonaise sur la dernière croisière commerciale de chasse à la baleine conduite par le Japon en Antarctique en 1986/87. Ce reportage est très intéressant mais uniquement en Japonais. J'ai donc décidé de le sous-titrer en anglais pour permettre à plus de gens de pouvoir appréhender les conditions de travail des baleiniers et l'attachement des Japonais à cette activité.

Le reportage étant assez long, il a été découpé en sept parties. En voici les deux premières. Elles montrent l'organisation du travail dans la flotte baleinière. Soulignons qu'il s'agit de chasse commerciale. L'organisation des opérations diffèrent de celles de la chasse scientifique que le Japon conduit actuellement en Antarctique. Je posterai les autres vidéos lorsque j'en aurai terminé le sous-titrage.

Des baleines, des hommes et la mer (1/7)


Des baleines, des hommes et la mer (2/7)


A suivre...
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lundi, juin 09, 2008

L'histoire de la chasse à la baleine au Japon - 8

Aujourd'hui, poursuivons notre récit de l'histoire de la chasse à la baleine au Japon. Nous avons précédemment vu le développement de la chasse industrielle côtière, penchons-nous cette fois sur le début de la chasse pélagique.

En 1904, alors que les Japonais réussissent enfin à mettre la main sur les nouvelles techniques de chasse à la baleine, les Norvégiens portent leur regard vers le dernier océan que les baleiniers n’ont pas encore ouvert : l’Océan Antarctique. Cette année-là, le Norvégien Carl Anton Larsen (photo 1) ouvre une station baleinière sur l’île de Géorgie du Sud à l’aide de capitaux d’une société de pêche argentine. Les opérations de chasse à la baleine à partir de cette île vont se développer rapidement, mais des limitations imposées par le Royaume-Uni à qui appartient ce territoire, vont conduire les Norvégiens à mettre au point un plan incliné appelé slipway à l’arrière d’un navire-usine en 1924. Cette invention révolutionne la chasse puisqu’elle donne aux opérations baleinières une totale liberté de mouvement.

Dès lors la chasse à la baleine en Antarctique va connaître un véritable boom avec quelques 30.000 cétacés capturés en 1930-31. Néanmoins, cette forte activité, associée à la crise économique de 1930, va provoquer une chute des prix de l’huile de baleine et conduire les baleiniers à réduire leurs flottes. A cette occasion, en 1934, Nihon Hogei rachète un navire-usine, l’Antarctic, et cinq baleiniers aux Norvégiens. Malgré quelques difficultés - de nombreux baleiniers avaient peur de ne pas être capables de rentrer au Japon, et ceux désireux de s’engager dans la chasse en Antarctique devaient préalablement obtenir l’autorisation de leurs pères -, Nihon Hogei engage quelques techniciens scandinaves et envoie la flotte de ce navire-usine renommé Tonan-maru en Antarctique où elle capturera 213 cétacés en deux mois. Il s’agit là de la première expédition de chasse pélagique japonaise et quelques marins mourront du beri-beri durant celle-ci.

La voie ouverte par Nihon Hogei va permettre le développement de la chasse en Antarctique pour les baleiniers japonais, et ainsi en 1938-39, les trois grandes compagnies armeront six flottes composées de six navires-usines, 49 baleiniers et huit bateaux de transport. L’année suivante, Nissui envoie pour la première fois le Tonan-maru dans le Pacifique nord. Entre 1934 et 1941, les baleiniers japonais captureront un peu plus de 30.000 cétacés en Antarctique, ce qui ne représente qu’environ 12% des prises dans cette zone à la même époque. Il est néanmoins intéressant de se pencher sur les raisons qui ont permis ce développement très rapide de la chasse pélagique.

En effet, les campagnes de chasse à la baleine en Antarctique ont été dès le début appuyées par l’Etat et surtout par l’armée japonaise. Ainsi, considérant l’intérêt stratégique et militaire que peuvent constituer ces bateaux, la marine impériale a soutenu la fabrication des navires-usines japonais. Par ailleurs, lors des expéditions de chasse en Antarctique entre 1934 et 1941, les baleiniers japonais ont rejeté en grande partie la viande des cétacés, et ont concentré leurs efforts sur la production d’huile de baleine destinée à être vendue sur le marché européen et ainsi à apporter des devises qui serviront à l’expansion militaire nipponne. Durant la Seconde Guerre Mondiale, la totalité des navires-usines et des baleiniers japonais seront réquisitionnés par l’armée, et finalement détruits par les Alliés lors des combats.
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mercredi, juin 04, 2008

Petit point sur l'actualité baleinière avant la 60e réunion de la CBI

La 60e réunion plénière de la Commission baleinière internationale (CBI) aura lieu du 23 au 27 juin prochains à Santiago du Chili. En fait le comité scientifique de la CBI est déjà réuni depuis le 1er juin, et ce jusqu'au 13. C'est généralement durant les semaines qui précèdent la plénière que les pro- et anti-chasse baleinière se lancent dans une confrontation médiatique. Outre les accusations de Greenpeace selon lesquelles des marins du Nisshin-maru détourneraient de la viande de baleine (l'enquête est en cours), voyons quelles ont été les récentes informations relatives à la chasse à la baleine.

Selon le Mainichi shinbun, la composante côtière du programme de recherche japonais sur les cétacés dans le Pacifique nord-ouest (JARPN2) au large du port d'Ishinomaki (département de Miyagi) s'est conclue le 18 mai dernier avec la capture de 60 rorquals de Minke communs (balaenoptera acutorostrata). L'Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR) a rendu public (en japonais) un rapport sur les premiers résultats de ces recherches. Selon le professeur Katô Hidehiro, responsable du programme, la découverte de lançons du Pacifique (Ammodytes personatus) immatures dans les estomacs des rorquals de Minke juvéniles serait une première, ces animaux se nourrissant généralement de lançons adultes.

Le quotidien local Chûgoku shinbun rapporte que le départ de la flotte de recherche du Nisshin-maru pour le Pacifique nord-ouest initialement prévu au 30 mai a été retardé par le suicide d'un membre d'équipage à bord du navire-usine ce jour-là. L'homme aurait à plusieurs reprise fait part à ces collègues d'une maladie chronique qui le faisait souffrir. Les gardes-côtes suivent cette piste.

Le ministère de la pêche islandais a annoncé le 19 mai dernier avoir fixé un quota commercial de 40 rorquals de Minke communs pour ses baleiniers. Ces derniers espéraient un quota de 100 rorquals de Minke ainsi que de quelques rorquals communs, mais le ministère a préféré établir un quota viable économiquement. L'année dernière, l'Islande avait mis un terme à la saison de chasse baleinière de crainte que la viande de baleine ne se vende pas. Cette décision a été critiquée à la fois en Islande, notamment par le ministère de l'Environnement, et à l'étranger par divers pays comme les Etats-Unis qui ont accusé l'Islande de miner les efforts de réconciliation qui sont actuellement faits au sein de la CBI. Etrangement, ces pays n'ont pas critiqué la Norvège lorsqu'elle a établi un quota de plus de 1000 rorquals de Minke plus tôt cette année.

Les deux pays scandinaves mentionnés ci-dessus ont récemment annoncé qu'ils avaient exporté de la viande de baleine à destination du Japon pour la première fois depuis près de 18 ans. Le ministère japonais de l'Agriculture, des pêches et des forêts a déclaré qu'il n'avait pas connaissance de demande d'autorisation d'importation, procédure nécessaire pour importer de la viande de baleine. La cargaison comporterait 60 tonnes de viande de rorquals communs capturés en Islande en 2006. Une fois encore les Etats-Unis ont critiqué la décision des pays baleiniers. Notons également que les journalistes de Reuters ne semblent pas savoir de quoi ils parlent puisqu'ils annoncent que la réunion plénière de la CBI aura lieu en Chine !

Pour finir, la société Kyôdô Senpaku qui affrete les navires baleiniers utilisés lors des programmes de recherche sur les cétacés a rendu public un rapport concernant la consommation annuelle de viande de baleine au Japon. Selon ce rapport, le département de Nagasaki arriverait en tête avec 177,4 grammes par personne, suivi des départements de Miyagi, Saga, Yamaguchi et Fukuoka. La moyenne nationale serait de 50,2 grammes par personne. L'Agence japonaise pour les pêches aurait commenté que ces chiffres démontraient qu'"il existait des régions où la consommation de viande de baleine restait fortement ancrée dans les coutumes." L'ONG Greenpeace déclare de son côté que la consommation est très faible et qu'il n'y a quasiment aucune demande dans l'ensemble du pays.
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vendredi, mai 30, 2008

Le plus grand squelette complet de baleine franche

Aujourd'hui, je me suis rendu sur le campus de Shinagawa de l'Université de sciences et technologies marines de Tôkyô (Tôkyô kaiyô daigaku 東京海洋大学). Là se trouve une galerie consacrée au squelette d'une baleine franche du Pacifique nord (Eubalaena japonica). Il s'agit d'un mâle de 17,1 mètres de long pour un poids de 67,2 tonnes (sans les fluides corporels), en faisant le plus grand squelette complet de baleine franche au monde. Il a été capturé le 22 août 1961 au large de l'île Kodiak (Alaska) dans le cadre d'un programme de recherche sur les baleines franches du Pacifique nord conduit par l'Institut japonais de recherche sur les baleines en accord avec l'article 8 de la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine.

Le programme a été conduit entre 1956 et 1968, et vu la capture de 13 spécimens. En 1961, trois baleines ont été prélevées avec la coopération de la flotte du Kyokuyô-maru appartenant à la compagnie baleinière Kyokuyô Hogei. Les squelettes de deux des trois baleines ont été offert par l'Institut japonais de recherches sur les baleines à l'Université des pêches de Tôkyô (actuelle Université de sciences et technologies marines de Tôkyô) et au Smithsonian National Museum of Natural History en 1965. L'actuelle galerie où est esposé le squelette a été ouverte en avril 2006 lorsque l'Université de sciences et technologies marines de Tôkyô a changé de statut. Il s'agit d'une annexe du Musée des sciences de la pêche de l'université qui en libre accès au publique.

Pour l'anecdote, dans son livre Kujira wo otte hanseiki 「クジラを追って半世紀」 (Un demi-siècle à la poursuite des baleines), Ohsumi Seiji qui a participé au programme de recherche en 1961, explique que les testicules du mâle exposé sur le campus de Shinagawa pesaient respectivement 520 kg (gauche) et 452 kg (droite). Il précise également que du sperme gouttait du pénis de l'animal, laissant penser que les baleines franches du Pacifique nord se reproduisent aussi en été. Il existe trois espèces de baleines franches : la baleine franche de l’Atlantique Nord (Eubalaena glacialis), la baleine franche australe (Eubalaena australis) et la baleine franche du Pacifique nord. Elles sont protégées depuis 1936, mais seules celles de l'hémisphère sud montrent des signes de recouvrement. Les résultats des recherches conduites par l'Institut japonais de recherche sur les baleines ont été présentés dans un rapport publié en 1969.

Cette galerie est la même que celle visitée par les deux membres du "Whale-love Wagon".
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dimanche, mai 18, 2008

La Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine - 3

Je vous propose de continuer notre examen de la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine (CIRCB), texte fondateur de la Commission baleinière internationale (CBI). Nous avons vu précédemment l'introduction et les deux premiers articles ainsi que les articles 4 et 3. Cette fois, je vous propose une traduction des articles 5, 6 et 7.

Les articles 6 et 7 sont d'importance mineure, mais l'article 5 est probablement le plus important de la Convention puisqu'il régit les règles concernant la chasse telles que les moratoires, sanctuaires, etc. Ces règles sont inscrites dans l'annexe de la Convention appelée ici Réglement ("Schedule" en anglais). Il important de noter les conditions entourant la mise en place de ces règles.

Article 5
1. La Commission pourra, de temps à autres, amender les dispositions du Règlement en adoptant des règles relatives à la conservation et à l’utilisation des ressources baleinières, désignant (a) des espèces protégées et des espèces non protégées ; (b) des saisons durant lesquelles la chasse est ouverte ou fermée ; (c) des eaux où la chasse est permise ou interdite, y compris des zones de sanctuaire ; (d) des limites de tailles pour chaque espèce ; (e) des périodes, des méthodes et l’ampleur de la chasse (y compris le nombre maximal de baleines qui pourra être pris au cours d’une saison) ; (f) des types et spécifications des équipements, appareillages et dispositifs qui pourront être utilisés ; (g) des méthodes de mesure ; et (h) des informations sur les captures et autres rapports statistiques et biologiques.

2. Ces amendements du Réglement (a) seront ceux nécessaires à la mise en œuvre des objectifs et buts de cette Convention et pour permettre la conservation, le développement et l’utilisation optimale des ressources baleinières ; (b) seront basés sur des conclusions scientifiques ; (c) n’induiront pas de restrictions sur le nombre ou la nationalité des navires-usines ou stations terrestres, ni n’alloueront de quotas spécifiques à aucun navire-usine ni aucune station terrestre ni groupe de navires-usines ou de stations terrestres ; et (d) prendront en considération les intérêts des consommateurs de produits baleiniers ainsi que ceux de l’industrie baleinière.

3. Chacun de ses amendements devra prendre effet à l’égard des Gouvernements contractants quatre-vingt-dix jours après sa notification par la Commission à chacun des Gouvernements contractants, excepté que (a) si un Gouvernement présente à la Commission une objection à un amendement avant l’expiration de cette période de quatre-vingt-dix jours, l’amendement ne prendra pas effet à l’égard des Gouvernements contractants pour quatre-vingt-dix jours supplémentaires ; (b) un autre Gouvernement contractant pourra alors présenter une objection à l’amendement avant l’expiration de la période supplémentaire de quatre-vingt-dix jours, ou bien avant trente jours suivant la date de réception de la dernière objection reçue durant cette période supplémentaire de quatre-vingt-dix jours, laquelle des deux dates sera la date à échoir ; et (c) par la suite, l’amendement prendra effet à l’égard de tous les Gouvernements contractants qui n’ont pas présenté d’objection, mais ne prendra pas effet à l’égard de tous Gouvernement qui a ainsi objecté avant la date à échoir et ce tant que l’objection n’aura pas été retirée. La Commission notifiera à chaque Gouvernement contractant chaque objection et retrait immédiatement à sa réception et chaque Gouvernement accusera réception de chaque notification d’amendement, d’objection ou de retrait.

4. Aucun amendement ne prendra effet avant le 1er juillet 1949.

Article 6
La Commission pourra de temps à autres faire des recommandations à l’un, plusieurs ou l’ensemble des Gouvernements contractants sur toutes questions relatifs aux baleines ou à la chasse à la baleine et aux objectifs et buts de cette Convention.

Article 7
Les Gouvernements contractants assureront la prompte transmission au Bureau internationale de statistiques baleinières à Sandefjord en Norvège, ou à tout autre organisme que la Commission pourra désigner, des notifications et informations statistiques ou autres nécessaires à cette Convention selon les formes et la manière préscrites par la Commission.


Nous avions vu qu'une majorité des trois quarts était requise pour qu’une décision puisse être adoptée en vertu de l’article 5 (cf. article 3). L'article 5 précise qu'il faut également que les amendements soient "basés sur des conclusions scientifiques" (§ 2.b) et qu'ils prennent "en considération les intérêts des consommateurs de produits baleiniers ainsi que ceux de l’industrie baleinière" (§ 2.d). Il se trouve que le moratoire et le sanctuaire de l'océan du Sud actuellement en vigueur ne respectent pas ces deux conditions. Je reviendrai sur les circonstances dans lesquelles ces amendements ont été pris une autre fois.

A suivre.....lire la suite>>

vendredi, mai 16, 2008

Petits pois et bacon de baleine

Malgré le titre, il ne s'agit pas d'une recette de cuisine. Le scoop de la semaine c'est Greenpeace Japan portant plainte contre 12 membres d'équipage du Nisshin-maru, navire-usine de la flotte de recherche japonaise sur les cétacés qui est rentrée d'Antarctique le mois dernier, pour traffic de viande de baleine. Pour prouver cela, des membres de l'ONG ont subtilisé un colis dans un entrepôt d'une société de transport à Aomori, dans le nord de l'île principale de Honshû.

L'Agence des pêches japonaise a demandé à la société Kyôdô Senpaku à laquelle appartiennent les 12 membres d'équipage de mener une enquête sur cette affaire. Cette dernière aurait cependant declaré qu'il était de coutume d'offrir aux membres d'équipage de la viande de baleine gratuitement en remerciement de leurs efforts. En fait, cette pratique existe depuis longtemps puisque bien avant la mise en place du moratoire, les employés des sociétés baleinières recevaient de la viande de baleine qu'ils offraient ensuite à des proches ou amis en échange de dons sous forme d'alcool. Cette coutume permettait de lier les baleiniers à leurs communautés.

Toutefois, il est possible que des membres d'équipage aient profité de ce système pour vendre de la viande de baleine au marché noir. Dans ce cas là, les responsables devront être punis. Cela souligne aussi l'effet néfaste du moratoire qui crée une demande plus forte que l'offre. Si la chasse commerciale à la baleine était réautorisée, cela empêcherait les fraudes.

Greenpeace Japan risque d'avoir des ennuis du fait de la façon dont ils se sont emparés de leur "pièce à conviction". Ils sont en effet entrés par effraction dans l'entrepôt de la société de transport Seinô et ont subtilisé l'un des colis après l'avoir ouvert. L'un de leurs responsables aurait même reconnu avoir goûté de la viande de baleine pour vérifier. Ceci s'apparente à du vol et la société Seinô a porté plainte auprès de la police. Greenpeace Japan considère que ce n'est pas du vol car leur but était d'obtenir une preuve, mais plusieurs juristes japonais ont déclarés que cet acte n'était pas légal. Affaire à suivre.

("Greenpeace" et "petits pois" se disent de la même manière en japonais : guriinpiisu グリーンピース)
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mercredi, mai 14, 2008

La nécessité de conduire des recherches sur les cétacés en Antarctique et définition d’une nouvelle chasse à la baleine

Suite à l'opinion de Morishita Jôji, un nouvelle article a été publié dans la rubrique "geiron-tôron" du site Kujira portal. Il s'agit cette fois de l'opinion du Professeur Ohsumi Seiji, cétologue japonais et, jusqu'à l'année dernière, membre de la délégation scientifique japonaise à la Commission baleinière internationale.
Né en 1930, Ohsumi (Kitamura) Seiji a commencé à s'intéresser à la cétologie dans les années 1950 et est titulaire d'un doctorat en biologie obtenu à l'Université de Tokyo en 1958. Il a travaillé pour l'ancien institut de recherche sur les cétacés et d'autres organismes scientifiques, participant à de nombreux travaux et études sur les cétacés, notamment sur les méthodes de détermination de l'âge des cétacés.

La nécessité de conduire des recherches sur les cétacés en Antarctique et définition d’une nouvelle chasse à la baleine
Ohsumi Seiji (conseiller, Institut japonais de recherche sur les cétacés), 10 avril 2008

« Pourquoi le Japon a-t-il besoin de conduire des recherches sur les cétacés jusqu’en Antarctique ? » – C’est une question qui revient souvent, non seulement de la part des organisations opposées à la chasse à la baleine, mais aussi de gens qui s’intéressent sérieusement à ce problème. Pour y répondre, il est d’abord nécessaire de savoir que les mers autour de l’Antarctique sont la réserve mondiale en ressources baleinières.
Ce fait devient évident lorsqu’on additionne les chiffres des statistiques baleinières internationales quant aux nombres de cétacés capturés dans les océans du monde à l’aide de techniques modernes entre 1933 et 1978, époque d’or de la chasse à la baleine malgré la trêve qu’a offert la Seconde Guerre Mondiale.
En tout 1.909.000 baleines ont été capturées, parmi lesquelles 57% dans l’océan Austral, 19% depuis des stations installées sur les côtes de l’hémisphère sud, c’est-à-dire les mêmes ressources que dans l’océan Austral, 22% dans le Pacifique nord et 2% dans l’Atlantique nord. Il est alors clair que les captures effectuées dans l’hémisphère sud représentaient 76% des prises mondiales. Les cétacés de l’hémisphère sud étant plus grands que ceux de l’hémisphère nord, la proportion est d’autant plus importante si on considère la biomasse des baleines capturées.
(Note : biomasse = quantité indiquant en poids ou en énergie la quantité globale des matières organiques existant dans un espace arbitraire)

Au fur et à mesure que les épaisses glaces recouvrant le continent antarctique se déplacent vers la mer, une profusion de sels nutritifs transportés dans l’eau lorsque les glaciers effritent les rochers, et la vive lumière qu’émet le soleil lorsqu’il commence à apparaître au printemps, permettent au phytoplancton de se propager rapidement et au zooplancton tel que le krill qui s’en nourrit de proliférer, rougissant l’océan. A cette saison, les cétacés devenus maigres après avoir élevé leurs petits sans se nourrir dans les mers chaudes migrent en grand nombre vers l’océan Austral en quête d’importante quantité de nourriture. Ils grossissent alors en avalant de grands volumes de nourriture et se préparent à la période de reproduction hivernale.
Ainsi, les mers entourant l’Antarctique qui sont les plus productives en vie marine parmi les océans du monde, étaient autrefois et sont encore de nos jours où les principales ressources baleinières ont recouvré leurs niveaux, la réserve mondiale en cétacés.

On craint de nos jours que les ressources pétrolières ne s’épuisent au cours de ce siècle. Contrairement aux ressources minérales qui, comme le pétrole, diminuent au fur et à mesure qu’on les utilise, les ressources vivantes comme les cétacés sont renouvelables, et si exploitées dans la limite de leur reproductivité, peuvent être utilisées à long terme sans les épuiser. En outre, les ressources minérales peuvent être préservées si on ne les utilisent pas, mais négliger les ressources vivantes en ne les utilisant pas revient à ne pas exploiter le potentiel de renouvellement de la nature et donc à du gâchis.
Les baleines qui sont gigantesques et fournissent de la viande et de la graisse de bonne qualité font partie des ressources vivantes marines. Le moratoire sur la chasse à la baleine que la CBI maintient depuis une vingtaine d’année est une mesure extrêmement illogique et inacceptable d’un point de vue de l’utilisation du potentiel de la nature.

En 1948, la Commission baleinière internationale (CBI) a été établie en tant qu’organe exécutif de la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine (CIRCB). A ses débuts, le comité scientifique (CS) dont les travaux de recherche sur les ressources baleinières étaient encore à un stade préliminaire, était dans l’incapacité de fournir des recommandations claires quant aux mesures de gestion des populations de baleines. Pour cette raison, il est certain que la CBI a longtemps maintenu des mesures à courtes vues et que les principales ressources baleinières ont remarquablement diminué.
Cependant, avec le développement des recherches sur les populations de cétacés, le CS a été en mesure de faire des recommandations avec assurance à partir des années 1960. Malgré cela, la CBI a ignoré l’avis du CS et adopté un moratoire sur la chasse à la baleine commerciale en 1982 pour des raisons politiques. La CBI a alors invoqué « le manque de connaissances sur les populations de baleines » comme raison.

Le gouvernement japonais a lancé en 1987 un programme de recherche sur les cétacés dans l’océan Austral pour approfondir les connaissances sur les ressources baleinières et ainsi faire lever le moratoire. Si le Japon cherchait à faire lever le moratoire en limitant ses recherches à ses propres eaux, il ne fait aucun doute que le camp anti-baleinier rétorquerait que le moratoire étant global, il ne peut être levé tant que la situation des cétacés des mers autour de l’Antarctique, réserve mondiale des ressources baleinières, n’a pas été mise au clair.

De nos jours où l’explosion démographique mondiale continue et où le réchauffement planétaire reste une source d’inquiétudes, laissant prévoir une prochaine crise alimentaire mondiale, grandes sont les attentes quant au potentiel de renouvellement des organismes vivant dans les océans qui couvrent trois quarts de la surface terrestre. La nécessité d’utiliser globalement et de façon durable les différents constituants d’un écosystème est désormais signalée.
Dans ce contexte, on ne peut accepter de ne pas utiliser et de négliger les cétacés qui se trouvent au sommet des écosystèmes marins, et la situation internationale rend inévitable de reprendre la chasse à la baleine en Antarctique, réserve en ressources baleinières, en préparation d’une crise alimentaire mondiale.
Par conséquent, le camp anti-baleinier qui essaie de prévenir ceci devrait être dénoncé au nom des peuples qui souffrent de la famine.

Les hommes ont la responsabilité de restaurer l’écosystème de l’océan Austral qu’ils ont eux-mêmes modifié.
Seuls le Japon et l’Union soviétique ont pratiqué la chasse à la baleine en Antarctique jusqu’au bout, mais l’ancien régime soviétique s’étant effondré, le Japon qui conserve les équipements de chasse et de dépeçage ainsi que les des techniciens expérimentés nécessaires à la mise en œuvre de programmes de recherche efficace incluant la capture d’animaux, est l’unique pays capable de conduire des recherches et études pour contrôler les populations de baleines.

Heureusement, le Japon qui désire reprendre la chasse à la baleine joue un rôle important dans l’intérêt international en conduisant actuellement des recherches létales sur les cétacés. Le fait que la CBI soit en mesure de poursuivre son programme international d’observation des cétacés depuis 1978 et de donner des résultats scientifiques est aussi dû à la mise en place par le Japon d’un programme scientifique comportant la capture de spécimens. Sans cela, le Japon serait incapable de fournir d’excellents navires et équipages, et un programme de l’envergure de celui de la CBI n’aurait pas vu le jour.

Nous avons jusqu’à maintenant mûrement réfléchi aux erreurs de la chasse commerciale du passé et pris les mesures nécessaires. La chasse à la baleine qui devrait être autorisée ne sera en aucun cas un retour à la chasse commerciale d’autrefois. Cette nouvelle chasse baleinière sera conduite selon une procédure gérant de manière sûre l’ensemble de l’écosystème marin et utilisera pleinement les baleines pour l’alimentation. Elle devra être une chasse de gestion des ressources conduite en même temps que des programmes de recherche semblables à ceux décrits par l’article VIII de la CIRCB. Si cette nouvelle chasse à la baleine devait commencer, les ressources baleinières de l’océan Austral, réserve mondiale, serait utilisées comme patrimoine commun de l’humanité, et les produits et profits de cette chasse contribueraient grandement à l’amélioration du bien-être des humains.

Voici ce que je propose concrètement concernant la manière dont devrait être conduite cette nouvelle chasse baleinière en Antarctique.
Tout d’abord, l’actuelle CIRCB serait abrogée et une organisation internationale de gestion des ressources baleinières en Antarctique (IAEMO) serait créée. L’organisme scientifique (SSO) qui en dépend calculerait les quotas de chasse pouvant être supportés par les cétacés sur la base de la théorie des écosystèmes et présenterait ses recommandations à l’IAEMO. L’IAEMO déterminerait alors les quotas de chasse par espèces et par stocks sur la base des recommandations du SSO et les mettrait aux enchères entre les pays membres. Les pays ayant obtenus les quotas auraient pour devoir de conduire la chasse à la baleine en Antarctique, et en respect des réglementations établies par l’IAEMO, auraient également pour devoir de conduire les recherches définies par le SSO tout en opérant de façon à exploiter entièrement les carcasses des baleines capturées, et ce principalement pour l’alimentation. L’IAEMO mandaterait et enverrait des inspecteurs internationaux auprès de chaque opérateur baleinier. L’IAEMO utiliserait les fonds recueillis grâce à la mise aux enchères des quotas à la fois pour l’envoi des inspecteurs internationaux et aussi pour le bien-être des hommes comme en soutenant des programmes alimentaires.(...)
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mercredi, mai 07, 2008

Programme de recherche international IDCR/SOWER

J’ai précédemment évoqué le départ d’un bateau japonais, le Shônan-maru No.2 du port de Fremantle (Australie) en décembre dernier pour conduire un programme de recherche sur les cétacés de la CBI. Il me semble nécessaire de préciser un peu en quoi ce programme consiste et quelle est son importance dans les travaux de la Commission baleinière internationale.

En 1972, les Etats-Unis ayant réussi à faire passer une résolution de moratoire de 10 ans sur la chasse à la baleine lors de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement à Stockholm, ils ont fait pour la première fois la même proposition lors de la réunion plénière de la CBI. Toutefois, le comité scientifique de la Commission baleinière internationale a alors jugé que cette proposition de moratoire n’était pas justifié scientifiquement et a donc plutôt recommandé que les pays membres coopèrent à un programme de recherche intensive sur les cétacés de dix ans. La proposition américaine de moratoire fut par conséquent rejetée par la CBI et des discussions quant à un plan de recherche commencèrent.

Cette période correspond également avec le début de la chasse des rorquals de Minke dans l’océan Austral par le Japon (1971/1972) et l’URSS (1972/1973). Il est donc normal que cette espèce, dont les populations n’étaient pas bien connues, se soit retrouvée au centre des discussions. Prenant ces problématiques en considération, le scientifique américain P. B. Best a mis au point un programme de recherche international lors de la réunion de la CBI en 1978. Ce programme fut nommé IDCR (International Decade for Cetacean Research) et soutenu par le gouvernement du Japon.

Le programme IDCR consiste principalement à observer les baleines rencontrées par des navires baleiniers (sans canon lance-harpon) mis à la disposition de la CBI par le Japon (et l’URSS entre 1980/81 et 1986/87) afin d’en évaluer le nombre. Les croisières ont lieu durant l’été austral et successivement dans l’une des six zones définies par la CBI autour du continent antarctique (voir image), en dessous du 60e parallèle Sud. Il faut donc six ans pour en faire le tour, c’est-à-dire pour compléter une croisière circumpolaire (CP). A bord de chaque navire se trouvent l’équipage du pays d’origine et une équipe internationale de chercheurs.

Le programme IDCR a débuté en 1978/1979 et a été renommé programme SOWER (Southern Ocean Whale and Ecosystem Research) en 1996, incluant de nouveaux éléments dont notamment l’observation des baleines bleues. Trois croisières circumpolaires ont déjà été effectuées : CPI (1978/1979 – 1983/1984), CPII (1985/1986 – 1990/1991) et CPIII (1991/1992 – 2004/2005). En 1990, le comité scientifique de la CBI a calculé une estimation des populations de rorquals de Minke dans l’hémisphère sud sur la base des résultats des observations faites lors de l’IDCR/SOWER. L’estimation approximative était d’environ 761.000 animaux (entre 510.000 et 1.140.000 avec un taux de confiance de 95%).

Cependant, comme je l’ai évoqué lors de mon compte-rendu des débats de la 58e réunion plénière de la CBI, le comité scientifique a trouvé une grande différence entre les estimations basées sur la première et la seconde croisières circumpolaires d’une part, et la troisième croisière d’autre part. Les estimations obtenues en combinant deux méthodes de calcul sont respectivement 594.000 (CPI), 769.000 (CPII) et 362.000 (CPIII). Il faut également prendre en compte le fait que les navires du programme IDCR/SOWER ne vont pas au nord du 60e parallèle Sud et ne peuvent pas accéder aux zones au-delà de la banquise autour du continent antarctique. Les observations sont donc négativement biaisée.

Après avoir beaucoup travaillé sur les raisons de cette différence, le comité scientifique de la CBI devrait donner de nouvelles estimations pour les populations de rorquals de Minke antarctiques dans l’hémisphère sud lors de la prochaine réunion si l’on en croit les récentes déclarations d’un quotidien australien. Les opposants déclareront sans doute que le rorqual de Minke antarctique est menacé, mais il ne s’agit aucunement d’une diminution brutale du nombre d’animaux.

En fait, ces écarts montrent une chose. Le programme IDCR/SOWER basé principalement sur l’observation des cétacés ne suffit pas à donner une vision précise de l’état des stocks de baleines. Les programmes japonais JARPA2 (Antarctique) et JARPN2 (Pacifique nord-ouest) permettent d’obtenir bien plus de paramètres biologiques sur les cétacés. A noter que le Japon contribue grandement à la recherche sur les cétacés par le biais des programmes IDCR/SOWER, JARPA2 et JARPN2.
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lundi, mai 05, 2008

L'histoire de la chasse à la baleine au Japon - 7

Les succès de Tôyô Gyogyô vont amener d’autres entrepreneurs à se lancer dans l’industrie baleinière. Ces nouvelles sociétés vont d’abord se tourner vers les anciennes communautés baleinières, profitant de l’existence de savoir-faire et d’une tradition entourant la consommation de produits issus des cétacés. Ainsi, la ville de Taiji qui a essayé à plusieurs reprise de redonner vie à sa tradition de chasse à la baleine après la tragédie de 1878, va accueillir avec ferveur l’installation de bureaux par Tôyô Gyogyô en 1905, bientôt suivie par d’autres sociétés telles que Teikoku Suisan 帝国水産 ou Daitô Gyogyô 大東漁業. En mars 1906, s’intéressant au potentiel qu’offre le littoral faisant face à l’Océan Pacifique, Tôyô Gyogyô ouvre des bases à Chôshi et Tateyama (préfecture de Chiba), ainsi qu’à Ayukawa (Miyagi) qui deviendra plus tard le port de chasse côtière le plus important du Japon.

Cependant, cette fièvre de la chasse à la baleine va avoir des inconvénients. En effet, on compte 12 sociétés et 28 bateaux opérant au Japon en 1908, et cette situation menace directement le prix des produits baleiniers. Pour remédier à ceci, un syndicat de l’industrie baleinière, le Nihon Hogeigyô Suisan Kumiai 日本捕鯨業水産組合, va être fondé en 1908 à l’initiative de Tôyô Gyogyô. L’année suivante, par un ordre du ministère de l’Agriculture et du Commerce est établie la Loi de réglementation de la chasse à la baleine (geigyo torishimari kisoku 鯨漁取締規則) qui rend nécessaire l’obtention de permis de chasse et limite le nombre total de navires à trente. La loi déterminant également les secteurs et les saisons de chasse, ainsi que la taille des cétacés pouvant être capturés, on peut dire qu’il s’agit là des premières mesures visant à réglementer l’industrie baleinière et à protéger les populations de baleines au Japon.

L’effet de cette loi ne se fait pas attendre, et dès 1909, les quatre plus grandes sociétés que sont Tôyô Gyogyô, Nagasaki Hogei 長崎捕鯨, Dainihon Hogei 大日本捕鯨 et Teikoku Suisan fusionnent et absorbent deux autres compagnies (Tôkai Gyogyô 東海漁業 et Taiheiyô Gyogyô 太平洋漁業) pour former Tôyô Hogei 東洋捕鯨. Celle-ci monopolise deux tiers des baleiniers et opère depuis une vingtaine de stations baleinières, ce qui lui permet d’obtenir de très bons résultats dès la première année avec 897 cétacés tués. Bien que la majorité des postes de canonniers sera occupée par des Norvégiens jusqu’au début des années 1920, les méthodes de chasse moderne sont désormais bien assimilées par les compagnies baleinières japonaises et le rayon d’action de ces dernières va considérablement s’étendre.

Ainsi, les secteurs de chasse situés au large du Hokuriku, de Hokkaidô et de Sakhaline sont ouverts entre 1911 et 1915. Cependant, les activités des baleiniers ne seront pas sans créer quelques frictions avec les pêcheurs de ces régions du fait de croyances populaires assimilant les baleines tel qu'en 1911 dans le port de Same (aujourd'hui ville de Hachinohe). Les sociétés baleinières réussiront néanmoins à s’intégrer et à exploiter le très fort potentiel qu’offre le nord de l’archipel nippon. En effet, dès les années 1930, le Hokuriku et Hokkaidô représenteront les trois quarts des prises de cétacés.

Outre le nord, les baleiniers japonais vont également ouvrir les zones de chasse en Mer Jaune (mer située entre la Chine et la péninsule coréenne), au large de la côte ouest de la péninsule coréenne, autour de Taiwan ainsi que dans les îles Ogasawara entre 1915 et 1920. Cette avancée des baleiniers nippons n’est d’ailleurs pas sans relation avec la volonté stratégique du gouvernement japonais d’étendre son influence sur les pays voisins. Il s’agit sans aucun doute de la même politique que celle qui avait permis à Oka Jûrô de créer sa compagnie de chasse à la baleine en 1899.

Avec le début des opérations de chasse dans l’archipel des Kouriles à la fin des années 1920, les baleiniers japonais bénéficient d’un terrain de chasse immense qui s’étend sur plus de 4000 kilomètres du nord au sud. Celui-ci permet de changer de secteur tout au long de l’année, faisant de la chasse à la baleine une activité ne connaissant pas de trêve annuelle. L’été, les compagnies chassent dans le nord, alors que l’hiver, les activités se concentrent dans le sud.

Les baleines ne connaissant pas de répit, il n’est pas étonnant que certaines populations, notamment les rorquals bleus et les rorquals communs, aient commencé à décliner, bien que le nombre moyen de cétacés capturés tous les ans soit resté stable. Le nombre total de navires pouvant opérer sera d’ailleurs réduit en 1934, passant de 30 à 25, mais cette limitation finira par être levée en 1937. Les années 1930 voient l’émergence de trois grandes compagnies baleinières qui détiennent le monopole de la chasse côtière aux grands cétacés (CCGC) : Nihon Suisan 日本水産 (Nissui 日水) qui est issue de la fusion de Nihon Hogei 日本捕鯨 (elle-même issue d’une fusion entre Tôyô Hogei et Nihon Sangyô 日本産業 en 1934) avec une grande compagnie de pêche, Kyôdô Gyogyô 共同漁業 ; Taiyô Hogei 大洋捕鯨 ; et Kyokuyô Hogei 極洋捕鯨.

Cependant, moins de quarante ans après l’introduction des méthodes de chasse norvégienne, le terrain de chasse autour du Japon est devenu trop petit pour l’appétit des baleiniers nippons, et c’est une nouvelle révolution technique qui va donner l’occasion à l’industrie baleinière japonaise de continuer son expansion.

A suivre...
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vendredi, mai 02, 2008

Patrimoine spirituel baleinier de Kayoi

Je me suis récemment rendu dans le port de Kayoi situé sur l'île d'Omijima, dans la ville de Nagato (département de Yamaguchi). Là se trouvent divers vestiges, à la fois tangibles et intangibles, de la chasse à la baleine qui était pratiquée à Kayoi jusqu'à la fin du 19e siècle. J'ai d'ailleurs évoqué les chants baleiniers transmis aux élèves de l'école primaire locale dans un précédent article. Intéressons-nous d'abord à l'histoire de la chasse à la baleine à Kayoi.

Bien avant que la chasse à la baleine ne s'organise, les villages de la région de Kitaura, au nord de la province de Nagato, se disputaient déjà les bénéfices des baleines échouées sur la côte. C'est en 1616 que la chasse à la baleine pratiquée à l'aide de harpons aurait commencé dans la baie de Setozaki (aujourd'hui Senzaki, ville de Nagato). Les bénéfices de cette chasse aurait été taxés par les autorités du fief de Nagato à hauteur de 10% selon un document de 1657. Ce type de chasse a duré jusqu'en 1671, soit 55 ans, avant d'évoluer vers une forme de chasse baleinière utilisant à la fois harpons et filets.

Cette nouvelle technique sera d'abord pratiquée à Setozaki et Kayoi, profitant des particularités géographiques de l'île d'Omijima, à l'aide de filets en cordes de paille. Cependant, ces derniers étant souvent déchirés par les baleines, ils seront remplacés en 1677 par des filets en cordes de chanvre avec le soutien du fief de Nagato. Notons que cette innovation technologique semble s'être faite indépendamment de l'introduction de filets dans la chasse à la baleine à Taiji à la même période.

Cette forme de chasse à la baleine va petit à petit s'étendre à d'autres villages de la région de Kitaura tels que Kawajiri à l'Ouest d'Omijima. Cependant, les kujiragumi vont connaître de plus en plus de difficultés à partir du milieu du 19e siècle, probablement du fait des opérations de nombreux baleiniers occidentaux au large des côtes du Japon à cette époque. Le kujiragumi de Kayoi se voit ainsi forcé d'emprunter de l'argent au fief de Nagato dans les années 1860 pour maintenir ses activités. Bien que ce dernier ait souvent apporté son soutien au kujiragumi de Kayoi, il ne pourra fournir qu'un tiers de l'argent demandé en 1867 du fait de son engagement contre le shogounat pour restituer le pouvoir de l'empereur. Les kujiragumi de la région mettront progressivement un terme à leurs activités dans les années 1890.

L'un des aspects les plus intéressants de la chasse à la baleine au Japon est sa dimension spirituelle, et ceci est particulièrement flagrant à Kayoi. L'influence du bouddhisme, notamment celui de la secte Jôdô-shû y est importante. Le bouddhisme interdit de tuer des animaux, mais reconnaît toutefois la nécessité de se nourrir de la chair de poissons (et de baleines) pour survivre. Pour absoudre ce péché, les gens de Kayoi ont donc commencé à organiser des rituels et à ériger des monuments pour le repos des âmes des baleines et des poissons. C'est ainsi qu'en 1679, le prêtre du temple Kôganji, San.yo Shônin V décide de se retirer de ses fonctions et de s'isoler dans un ermitage appelé Seigetsu-an où il s'adonne à des prières pour le repos des âmes des baleines capturées.

Plus tard, en 1692, il demandera aux dirigeants du kujiragumi d'ériger une tombe en granite, kujira-baka, où seront enterrés les foetus retrouvés dans le ventre de baleines capturées par les gens de Kayoi. Sur la tombe, on peut lire les inscriptions "南無阿弥陀仏 (Namu Amida-butsu)" en prière au Bouddha, et "業尽有情 雖放不生 故宿人天 同証仏果 (Gô-tsukishi ujô hanatsu to iedomo shôsezu, yueni ninten ni yadoshite onajiku butsuka wo shôseshimen)". Cette dernière exprime le regrets des pêcheurs : "Vos vies de baleines se sont terminées en même temps que celles de vos mères par notre faute, mais il n'était pas dans notre but de capturer des foetus. Nous aimerions vous laisser retourner à la mer, mais il vous y serait impossible de survivre seuls. Nous prions pour que vous puissiez, pauvres enfants, obtenir la charité de Bouddha en compagnie des hommes selon nos coutumes, renoncer à la vanité de toutes choses et atteindre l'éveil." La tombe est orientée vers la mer, en direction de l'Ouest, pour permettre aux baleines qui y sont enterrées de contempler l'endroit où elles auraient dû naître et grandir.

Il existe également une tablette funéraire, kujira-ihai 鯨位牌 où figurent les mêmes inscriptions que sur la tombe, et un registre funéraire en quatre volumes dit keigei-kakochô 鯨鯢過去帖 dédié aux baleines où sont inscrits leurs noms posthumes (kaimyô 戒名), la date de leur capture, l'espèce, le nom des pêcheurs. La pratique consistant à donner des noms posthumes était généralement réservée aux hommes. Il s'agit donc là d'un cas rare, si ce n'est unique pour la période d'Edo. Parmi les noms donnés aux baleines, on trouve entre autres "鯨誉大音" ou "正誉鯨覚", le caractère "鯨" signifiant "baleine". Le caractère "誉" est considéré comme le plus digne dans les pratiques de la secte Jôdô-shû. Ceci témoigne du fort sentiment, à la fois de péché et de respect, que les gens de Kayoi ont pour les baleines.

Ces reliques sont conservées au temple Kôganji, situé non loin de la tombe des baleines. Là, un office funéraire dit kujira-ekô 鯨回向 est donné tous les ans pour le repos des âmes des baleines. J'ai pu y assister cette année. La cérémonie a été précédée par des allocutions du prêtre du temple et du maire de la ville de Nagato qui a notamment évoqué les récents incidents en Antarctique et rappelé la nécessité de défendre la culture baleinière du Japon. Les membres de l'Association de préservation des chants baleiniers de Kayoi ont ensuite entonné deux de ces chants, avant que les prières ne commencent. Dans l'enceinte du temple se trouve une statuette de Bodhisattva dite Geigei-gyorin gunrei-jizô 鯨鯢魚鱗群霊地蔵. Elle a été érigée en 1863 par le 13e chef du clan Hayakawa parce que les gens de Kayoi pensaient que la diminution du nombre de baleines s'approchant des côtes était de leur faute.

Plus tard, j'ai eu la chance d'assister à une représentation donnée par l'Association de préservation des chants baleiniers de Kayoi dans la demeure Hayakawa. Cette maison est celle où vivaient les dirigeants (amigashira 網頭) du kujiragumi et enregistrée au patrimoine culturel national japonais en 1974 Les chants eux-mêmes (voir vidéo ci-dessous) sont désignés patrimoine culturel de la ville de Nagato. Notez que ces chants ne sont pas entonnés en tapant des mains, comme il est généralement de coutume pour les chants de célébrations, mais en les frottant, par respect pour les baleines.



On trouve également à Kayoi un petit musée de la chasse à la baleine où sont exposés entre autres 140 harpons et autres outils de chasse utilisés autrefois par les gens du kujiragumi local et désignés comme patrimoine culturel national. Bien qu'il ne parle que japonais, le directeur du musée, M. Fujii fait preuve de beaucoup de passion dans ses explications de la culture baleinière de Kayoi. Je tiens d'ailleurs à le remercier pour sa gentillesse puisqu'il m'a montré tous les lieux relatifs à la baleine dans ce petit port. Bien que la chasse à la baleine ne soit plus pratiquée à Kayoi, tous ces vestiges de cette pratique ancienne me semble former un patrimoine culturel et spirituel important. Tout comme l'indique Kumi Katô dans un article publié dans le International Journal of Cultural Property, l'éthique et la spiritualité en tant que patrimoine culturel intangible peuvent jouer un rôle important dans le débat sur l'utilisation durable des ressources naturelles.
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mardi, avril 22, 2008

La Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine - 2

Je vous propose de poursuivre notre examen de la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine, texte fondateur de la Commission baleinière internationale (CBI). Je vous propose cette fois une traduction des articles 3 et 4 qui définissent la CBI et ses fonctions.

Article 3
1. Les Gouvernements contractants s’engagent à établir une Commission baleinière internationale, ci-après désignée sous le nom de Commission, qui sera composée d’un membre représentant chaque Gouvernement contractant. Chaque membre disposera d’une voix et pourra être accompagné d’un ou de plusieurs experts et conseillers.

2. La Commission élira parmi ses membres un Président et un Vice-président, et fixera son propre réglement intérieur. Les décisions de la Commission seront prises à la majorité simple des membres votants ; toutefois, une majorité des trois quarts sera requise avant qu’une décision puisse être adoptée en vertu de l’article 5. Le règlement intérieur pourra prévoir que des décisions soient prises autrement qu’à des réunions de la Commission.

3. La Commission pourra nommer son propre Secrétaire et son personnel.

4. La Commission pourra constituer parmi ses propres membres, experts et conseillers, tous comités qu’elle jugera utile de créer pour remplir telles fonctions qu’elle pourra autoriser.

5. Les frais de chaque membre de la Commission et des experts et conseillers qui lui sont adjoints seront fixés et payés par son propre Gouvernement.

6. Reconnaissant que des institutions spécialisées reliées aux Nations Unies seront concernées par la conservation et le développement de la chasse à la baleine et des sous-produits qui en résultent, et désirant éviter des duplications de fonctions, les Gouvernements contractants conviennent de procéder à un échange de vues, dans les deux ans qui suivront l’entrée en vigueur de la présente Convention, afin de décider si la Commission doit rentrer dans le cadre d’une institution reliées aux Nations Unies.

7. Dans l’intervalle, le Gouvernement du Royaume-Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord prendra des dispositions, après avoir consulté les autres Gouvernements contractants, pour convoquer la première session de la Convention, et provoquera l’échange de vues visé au paragraphe 6 ci-dessus.

8. Les sessions subséquentes de la Commission seront convoquées au gré de cette dernière.

Article 4
1. La Commission pourra, soit en collaboration avec des organismes indépendants des Gouvernements contractants ou avec d’autres organismes, établissements ou organisations publics ou privés, ou par leur intermédiaire, soit indépendamment ; (a) Encourager, recommander ou, s’il y a lieu, organiser des études et des enquêtes relatives aux baleines et à la chasse à la baleine ; (b) Recueillir et analyser les renseignements statistiques concernant la situation et la tendance courantes des populations de baleines, ainsi que les effets produits sur celles-ci par les activités relatives à sa chasse ; (c) Etudier, évaluer et disséminer des informations concernant les méthodes propres à maintenir et à accroître les populations de baleines.

2. La Commission prendra les dispositions nécessaires pour la publication de rapports sur ses travaux, et pourra publier, indépendamment ou en collaboration avec le Bureau international des statistiques baleinières à Sandefjord, en Norvège, et avec d’autres organisations ou agences, tous rapports qu’elle jugera appropriés, ainsi que tous renseignements statistiques et scientifiques, et toutes autres informations pertinentes relatifs aux baleines et à la chasse baleinière.


Notons tout d'abord que l'article 3 ne précise aucunement la nécessité pour les pays membres de pratiquer la chasse à la baleine pour participer aux travaux de la Commission baleinière internationale. La majorité des membres de la CBI étaient des pays baleiniers dans les premières années, mais petit à petit des nations ne pratiquant pas la chasse à la baleine rejoindront cette organisation, avec un pic notable en 1978 et 1982, juste avant l'adoption du moratoire sur la chasse dite commerciale.

Comme expliqué au paragraphe 4 de l'article 3, la CBI peut créer des comités. On en compte trois, le Comité scientifique, le Comité technique et le Comité administratif et financier. Il y a également plusieurs sous-comités placés sous la tutelle de l'un des trois comités. Le Comité scientifique est probablement le plus important, comptant près de 200 membres qui sont soit nommés par les pays membres ou invités. Le Comité scientifique est notamment chargé d'analyser les données et l'état des populations de baleines, et de conseiller la CBI quant aux décisions relatives à la réglementation de la chasse à la baleine.

La CBI publie régulièrement deux rapports : le Rapport annuel de la CBI (The Annual Reports of the IWC) et le Journal de la recherche et la gestion des cétacés (The Journal of Cetacean Research and Management), tous deux en anglais, langue officielle de la Commission. Le second regroupe des articles prtésentés au Comité scientifique.

La prochaine fois, je présenterai l'article 5 qui définit les règles concernant les décisions sur la gestion de la chasse.

A suivre.....lire la suite>>

jeudi, avril 17, 2008

Retour du Nisshin-maru au Japon - premiers résultats

Le Nisshin-maru, navire-usine de la flotte japonaise ayant participé à un programme de recherche sur les cétacés en Antarctique est rentré au port de Tokyo mardi 15 avril dernier, après cinq mois passé en mer. Le navire devait originalement se rendre au port de Kagoshima, mais des attaques subies par le Nisshin-maru et deux autres bateaux japonais qui ont causé les blessures de 4 membres d'équipage ont modifié les plans pour permettre aux gardes-côtes et à la police de mener une enquête sur ces événements.

L'Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR) qui est chargé par le gouvernement japonais de conduire ces programmes scientifiques, a présenté un premier bilan de l'expédition dans lequel il annonce que seuls 551 rorquals de Minke antarctiques (balaenoptera bonaerensis) ont pu être prélevés sur le quota prévu de 850 rorquals de Minke (+/-10%) et 50 rorquals communs, notamment du fait de l'obstruction de deux ONG anti-baleinières en haute mer. Ce rapport présente également les premiers résultats de ce programmes de recherche. En voici quelques uns.

Fig.1 Zone de recherche JARPA2 2007/2008
(rouge)limite nord-sud, (bleu)banquise



- Le nombre de rorquals de Minke antarctiques observés cette année (926 groupes, soient 1.961 individus) est environ inférieur de moitié à celui du nombre d'observations faites il y a deux ans dans la même zone (1.848 groupes, soient 4.917 individus). Cette différence ne seraient pas due à une diminution du nombre de rorquals de Minke, mais au fait que les baleines à bosse auraient été plus nombreuses (1.433 groupes, soient 2.753 animaux) dans la zone de recherche et à la constitution de la banquise (pack ice) au sud de cette même zone. Cette année, les polynies (zones ouvertes au milieu de la banquise), inaccessibles aux navires, auraient en effet été nombreuses dans la baie Prydz où les rorquals de Minke se regroupent généralement.

- Le programme de recherche japonais a également permis de mettre en avant la relation entre la banquise et la répartition des rorquals de Minke antarctiques, les femelles matures se trouvant plutôt à l'intérieur des polynies alors que les immatures et les mâles se concentrent en bordure de banquise.

Fig.2 Répartition des observations de rorquals de Minke antarctiques


- Les baleines à bosse (megaptera novaeangliae) ont été les baleines les plus observées (1.433 groupes, soient 2.753 animaux), et ce dans l'ensemble de la zone de recherche, continuant d'appuyer l'hypothèse selon laquelle les populations de cette espèce sont en augmentation. Le programme de recherche JARPA2 a pour objectif de mettre au jour les facteurs concernant les changements de répartition et d'interactions entre espèces pour l'alimentation (krill) des rorquals de Minke antarctiques et des baleines à bosse.

Fig.3 Répartition des observations de baleines à bosse


- Le nombre de rorquals communs (60 groupes, soient 172 individus) observés cette année a été très inférieur au nombre d'observations d'il y a deux ans dans la même zone (224 groupes, 936 animaux). Le fait que les navires d'observation (Kyôshin-maru No.2 et Kaikô-maru) aient observé un grand nombre de rorquals communs au nord de 60° Sud laisse penser que cette espèce s'est concentré plus au nord cette année. Le peu d'animaux croisés dans la zone de recherche et les obstructions de deux ONG anti-baleinières ont empêché la capture de 5O individus.

- Le programme JARPA2 comprend également des moyens de recherche dits non létaux (observation, photographie et prélèvement par biopsie), notamment pour les espèces rares comme la baleine bleue ou la baleine franche australe. Le nombre d'individus de ces deux espèces observés dans la zone de recherche est plus important que les années précedentes. (Baleine bleue : 49 groupes, 92 animaux. Baleine franche australe : 75 groupes, 101 animaux)

Fig.4 Répartition des observations de baleines bleues (), rorquals communs (), baleines franches australes () et des cachalots ()


L'ICR a également fait un rapport concernant les attaques et obstructions dont les navires de la flotte de recherche ont fait l'objet. Il précise entre autres que les deux ONG anti-baleinières ont eu connaissance de la position du Nisshin-maru car ce dernier navire s'est vu demander par le Centre australien de coordination (RCC Australia) des secours de participer à la recherche d'un navire de pêche naufragé le 7 janvier 2008, et donc de communiquer ses coordonnées.

(Source figures : ICR)
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dimanche, avril 13, 2008

Pourquoi le Japon tient-il tant à la chasse à la baleine ?

Le site Kujira portal site a ouvert en décembre une tribune intitulée "geiron-tôron" où divers personnes engagées dans le débat baleinier peuvent apporter leur point de vue sur ce sujet. Les interventions n'étant qu'en japonais, j'ai pensé que proposer une traduction en français de ces points de vue sur ce blog pourrait permettre à mes lecteurs de mieux comprendre la position du Japon. Voici donc la première intervention. Il s'agit de celle de Morishita Jôji, négociateur à l'Agence japonaise pour les pêches et commissaire délégué du Japon à la Commission baleinière internationale (CBI).↓↓

Pourquoi le Japon tient-il tant à la chasse à la baleine ?
Morishita Jôji (négociateur, Agence pour les pêches), 20 décembre 2007

Je voudrais profiter de ma première intervention dans cette colonne pour résumer à ma manière, les différents points de vue quant à la raison pour laquelle le Japon s’obstine à chercher à obtenir la reprise de la chasse à la baleine, et ce malgré les critiques à travers le monde. Il s’agit d’une question qui a été posée à diverses occasions et dont la reponse a été variée. Ceux qui sont favorable à la chasse à la baleine soutiennent la gestion des ressources sur la base de données scientifiques, et disent également qu’il s’agit de la culture du Japon. Ceux qui s’y opposent considèrent que l’influence politique de l’industrie baleinière est forte, qu’il s’agit de la chasse gardée d’une partie des bureaucrates de l’Etat japonais, ou bien encore que la chasse à la baleine est devenue un symbole du nationalisme nippon. Des articles de journaux australiens ont même appelé à mieux convaincre la population japonaise car cette dernière ne comprendrait pas bien l’anglais et ne saisirait pas l’opinion du reste du monde.
La réponse à la question de savoir pourquoi le Japon cherche à tout prix à obtenir la reprise de la chasse à la baleine, varie probablement beaucoup en fonction que l’on considère qu’il s’agit-là des Japonais en général, d’une partie de la population, des médias japonais ou bien encore de l’Etat japonais, mais ici, je tiens avant tout à exprimer mon opinion personnelle.

Avant toute chose, il me semble nécessaire de préciser que nous ne cherchons en aucun cas à obtenir la reprise d’une chasse incontrôlée et amenant à la surexploitation, ni même à la capture d’espèces de cétacés qui sont menacées de disparition. Nous désirons exploiter les espèces dont les populations sont abondantes, ce de façon durable (c’est-à-dire de la même manière que l’on utilise les intérêts d’un compte d’épargne sans réduire le capital d’origine) et en respectant les régulations internationales. A l’opposé, certains présentent la chasse à la baleine comme forcément mauvaise, destructrice et impossible à réguler. Je discuterai en détail de ce point de vue lors d’une prochaine intervention.

Pour résumer, voici les raisons pour lesquelles nous tenons à la question de la chasse à la baleine.

(1) La chasse à la baleine, symbole du principe d’utilisation durable

L’utilisation durable, qui a pour objectif de base de permettre à la fois l’exploitation continue et la conservation des ressources naturelles vivantes, est un principe universellement accepté. Il a été établi lors de la Conférence de Rio (Sommet sur l’environnement) en 1992 et défini dans la « Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement » et « l’Agenda 21 ». Autrement dit, il est désormais globalement reconnu qu’en ce qui concerne toutes les ressources vivantes, y compris les ressources pélagiques, des mesures de protection sont prises pour celles qui sont en mauvaise état, et qu’il est permis d’exploiter de manière durable celles qui sont abondantes.
Toutefois, certains pensent que les animaux charismatiques (ceux qui jouissent d’une forte popularité tels que les baleines et les éléphants) doivent être protégés et donc ne pas être touchés à la manière d’icônes, et ce même si leurs populations sont abondantes. Parmi les gens qui s’opposent à la chasse à la baleine, nombreux sont ceux qui simplement, pensent à tord que toutes les espèces de cétacés sont menacées d’extinction et que les pays baleiniers cherchent à les chasser jusqu’au dernier (et si cela devait être le cas, la chasse à la baleine devrait être justement critiquée). D’autres en revanche, pensent que les baleines sont des créatures particulières et qu’elles doivent en tous cas être protégées. En réalité, certains pays farouchement opposés à la chasse à la baleine comme l’Australie déclarent publiquement au sein de la CBI leur opposition à la chasse à la baleine en toutes circonstances (c’est-à-dire même si les populations de cétacés sont abondantes, même si une gestion durable est possible, et même si des mesures de contrôle et d’inspection sont adoptées).
Cette manière de penser pose les problèmes de savoir sur la base de quels critères sont définis ces « animaux spéciaux » ; de savoir si des « nations majeures » peuvent imposer leurs animaux spéciaux aux autres Etats ; et de savoir s’il y a un moyen de freiner l’augmentation progressive de ces « animaux spéciaux ». Si l’Inde devait déclarer aux Nations-Unies que la vache est un animal sacré ne devant pas être mangé, et devait imposer cette perception aux autres pays par le biais de sanctions économiques, le problème serait flagrant à tout un chacun. C’est pourtant exactement ce qui se passe avec les baleines et cela est présenté comme étant l’« opinion internationale ».
Certains considèrent également que les baleines devraient être protégées parce qu’il s’agit d’animaux sauvages, mais c’est également le cas de nombreuses espèces de poissons faisant l’objet de la pêche, et en outre, une part importante de la population mondiale chasse et utilise des espèces animales sauvages terrestres. A ce propos, l’Australie tue annuellement plusieurs millions (et non pas quelques centaines) de kangourous qui sont ensuite vendus pour l’alimentation humaine ou animale (aliments pour chiens).
Soutenir une chasse à la baleine durable revient à soutenir le principe d’utilisation durable, à ne pas créer d’exception arbitraire à ce dernier, à ne pas accepter les caprices d’une partie des « pays majeurs » (ce que l’on appelle l’éco-impérialisme), et à respecter la science et le droit international, et non les discours émotionels sur le charisme de certains animaux lors de discussions internationales. Vu ainsi, n’est-il pas normal de soutenir la chasse à la baleine ?

(2) Les déclarations déraisonnées des opposants à la chasse baleinière

Nombreux sont les gens qui considèrent comme déraisonnées les déclarations des opposants à la chasse à la baleine. Les partisans de l’utilisation durable dont fait partie le Japon ne s’opposent pas à ce que les pays anti-chasse protègent complètement les baleines dans leurs eaux territoriales ou interdisent la chasse à leurs ressortissants, et reconnaissent même les vertus du tourisme baleinier.
Ils demandent seulement que l’on reconnaisse aux pays baleiniers d’exploiter de manière durable les espèces baleinières dont les populations sont abondantes. Le camp anti-chasse, de son côté, n’accepte pas les demandes des pays baleiniers et cherche à faire reconnaître unilatéralement les siennes à toutes les autres nations. La probabilité qu’ils respectent l’opinion des autres et fassent des efforts pour trouver un compromis est extrêmement faible.
Lors de la 59e réunion plénière de la CBI qui s’est tenue cette année (2007), le Japon a fait une proposition de demande d’un quota de chasse pour ses communautés baleinières en laissant vierge l’espace pour le nombre de baleines allouées. Cette démarche avait pour but de montrer que nous étions prêts à négocier quant au nombre de baleines, et avions pour intention de proposer un quota qui logiquement ne devrait pas avoir de effet négatif sur les populations pour qui que ce soit (pour donner un exemple extrême, un quota symbolique d’une baleine était tout à fait envisageable dans les discussions) et ainsi mettre en relief la nature du problème de la chasse à la baleine. Les pays opposés à la chasse ont refusé clairement cette proposition. La principale raison était que la chasse aux petits cétacés des communautés baleinières japonaises comporte des éléments commerciaux et qu’elle se différencie ainsi de la chasse aborigène de subsistance pratiquée aux Etats-Unis et en Russie qui avait été acceptée lors de la même réunion à Anchorage. Dans l’hôtel même où la réunion de la CBI avait lieu, étaient vendus des objets d’artisanat faits de fanons et d’os de baleines du Groenland capturées par les indigènes d’Alaska à plusieurs centaines de milliers de Yen l’unité. Les pays anti-chasse considèrent toutefois que la vente de ce genre d’objets ne présente pas d’aspect commercial, alors que si la viande de baleine était vendue aux habitants ou sur les marchés des communautés baleinières nipponnes, il considérerait ceci comme une activité commerciale ne pouvant être autorisée. Le fait que la commercialité soit à ce point culpabilisée est en soit un problème, mais la définition de « l’aspect commercial » (les objets artisanaux sont acceptables, mais pas la viande) telle que décrite par les pays anti-baleiniers ne peut être justifiée d’aucun point de vue. Est-ce alors réagir de façon éxagérée que de suspecter qu’il y a un principe de base selon lequel aucune chasse à la baleine ne sera permise au Japon quoiqu’il arrive? Tout en ayant le sentiment que les demandes des pays anti-chasse sont déraisonnées, je me demande s’il est bien normal de les considérer comme étant « l’opinion internationale ». Est-il préférable d’abandonner la chasse à la baleine dans l’intérêt national que représente l’image du Japon à l’étranger ?
Lors de sondages sur la question de la chasse à la baleine réalisé dans la rue, on entend fréquemment l’opinion selon laquelle il paraît scandaleux que les pays anti-chasse disent de ne pas manger de baleine alors qu’ils se nourrissent de viande de boeuf. A cela, il est généralement opposé le fait qu’il n’y a pas de comparaison possible parce que les boeufs sont des animaux d’ élevage alors que les baleines sont des animaux sauvages, mais ne s’agit-il pas là d’une opinion qui exprime typiquement l’absurdité que les gens ressentent ou décèlent dans les débats sur la chasse à la baleine ?

(3) Le soutien des pays et des ONG qui approuvent l’utilisation durable

On entend souvent dire que le Japon est isolé au plan international sur la question de la chasse à la baleine et que seuls des pays en voie de développement qu’il a acheté grâce à ses aides, le soutiennent à la CBI (je tiens à traiter de ceci en détail lors d’une autre occasion). La chasse à la baleine durable est toutefois largement soutenue.
Tout d’abord, en plus des trente pays en voie de développement d’Afrique de l’Ouest, de l’Asie Pacifique et des Caraïbes, la Russie, la Chine, la Corée du Sud, la Norvège et l’Islande sont en faveur d’une chasse à la baleine gérée par la CBI. En particulier, les pays en voie de développement défendent ardement et fermement le principe d’utilisation, gardant à l’esprit leur dépendance aux ressources naturelles telles que celles pélagiques de leurs territoires. La Chine et la Corée du Sud ne pratiquent pas la chasse à la baleine, mais soutiennent basiquement la chasse à la baleine en accord avec le principe d’utilisation durable.
Par ailleurs, bien qu’il ait suspendu ses activités temporairement, il existe un Conseil mondial des baleiniers (WCW) qui rassemble les peuples indigènes du monde ayant une tradition baleinière. Les Peuples premiers du Canada et les Maoris de Nouvelle-Zélande y participent également en tant que membres. De même, l’IWMC (Union internationale de gestion des ressources naturelles) qui est une ONG internationale soutenant l’utilisation durable des ressources naturelles et oeuvrant sur divers sujets tels que celui des éléphants est un groupe de spécialistes de la CITES dirigée par Eugène Lapointe, ancien secrétaire général de cette convention de 1982 à 1990. Basé en Australie, le SMS (Species Management Specialists) est un groupe de spécialistes de la gestion des crocodiles et autres reptiles à la CITES dont le leader est l’ancien président du comité aux animaux de cette convention, Hank Jenkins. L’EBCD (European Bureau for Conservation and Development), une ONG qui soutient l’utilisation durable des ressources en Europe, entretient des liens étroits avec le Parlement européen et l’IUCN.
Ces groupes qui soutiennent l’utilisation durable des cétacés considèrent la chasse à la baleine comme faisant partie intégrante du vaste courant de l’utilisation durable des ressources naturelles vivantes et la soutiennent du point de vue de ce principe. Ils estiment que tout recul sur la chasse à la baleine serait un pas en arrière pour le principe d’utilisation durable lui-même. Le fait que leurs principaux sujets d’intérêt soient les éléphants, les crocodiles ou les tortues imbriquées démontrent clairement ceci. S’ils n’avaient pas conscience du fait que la chasse à la baleine a un lien étroit avec leurs sujets d’intérêt, ils n’auraient aucune raison de la soutenir. Ils considèrent que ces sujets se situent dans une opposition entre deux manières de penser que sont l’utilisation rationnelle (wise-use) et la non-utilisation (non-use). L’utilisation rationnelle est l’utilisation durable des ressources tout en assurant leur conservation, alors que la non-utilisation correspond à la pensée représentée par les groupes de protection des animaux selon laquelle il ne faut en aucun cas toucher à la nature.
Une autre particularité de ce sujet est le fait que les peuples indigènes dont le mode de vie dépend de l’utilisation des ressources naturelles et pays en voie de développement soutiennent l’exploitation des baleines. Ils sont fortement opposés à, et ont un sentiment de danger face à la limitation ou l’interdiction d’utiliser des ressources naturelles sans la moindre raison scientifique, et considèrent donc la chasse à la baleine comme symbolique. Pour illustrer ceci, on peut relever le fait que la sécurité alimentaire et le droit souverain d’utiliser leurs ressources reviennent souvent dans leurs déclarations à la CBI. Ils considèrent que le mouvement contre la chasse à la baleine est une attaque contre l’attitude / l’idée qu’un Etat indépendant mette en pratique l’utilisation durable de ses ressources et entreprenne son développement sur la base de sa souveraineté, et c’est par conséquent un important problème pour des pays en voie de développement.
La chasse à la baleine est décrite comme un problème de principe. C’est justement parce qu’il s’agit d’un problème ayant une portée importante dépassant les intérêts des parties concernées, que nous tenons à le traiter en suivant les principes de la gestion des ressources dans une perspective plus large et non pour des profits à court terme.
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lundi, avril 07, 2008

Chants baleiniers dans une école de Nagato

Le mois dernier s'est tenu dans une école de la ville de Nagato (département de Yamaguch) une cérémonie lors de laquelle des élèves ont entonné des chants hérités du kujiragumi qui opérait au large du petit port de Kayoi. Voici un article du Asahi Shinbun qui en traite.

Transmission des chants baleiniers à Nagato
Asahi, 14 mars 2008


Cérémonie de transfert des chants baleiniers à l'école primaire de Kayoi.

Des chants baleiniers dits “kujira-uta” entonnés pour célébrer une pêche fructueuse sont transmis dans le quartier de Kayoi (ville de Nagato) où la chasse traditionnelle à la baleine a prospéré de la période d’Edo jusqu’à l’ère Meiji. Depuis près de vingt ans, ces chants sont inclus dans les activités scolaires de l’école primaire de Kayoi de manière à permettre leur transmission. Cette année encore a eu lieu la cérémonie de transfert à l’approche de la période de la cérémonie de fin d’études, et des vestes happi et baguettes de tambour ont été remises par les élèves de 6ème année à ceux des classes inférieures.

Fort d’une histoire de 400 ans, les chants baleiniers de Kayoi ont pour particularité que l’on ne bat pas des mains, mais qu’on les frottent lorsqu’on les entonne. Ce serait pour exprimer le sentiment de reconnaissance et de deuil envers les baleines qui ont apporté de nombreuses ressources aux hommes. On trouve dans ce même quartier une tradition de respect de la vie représentée entre autres par une tombe où sont enterrés des baleineaux morts.

Les chants baleiniers de Kayoi continuent d’être transmis par une association de préservation du folklore local. A l’école primaire de Kayoi, les élèves reçoivent des instructions de membres de cette association lors des heures de cours généraux et apprennent la signification de ces chants.

Cette année, la ceremonie de transfert s’est tenue le 5 mars. Les élèves de la 3ème à la 6ème années ont chanté “asa no mezame (l’appel du matin)”, ceux de la 1ère à la 5ème années ont eux entonné le “iwae medeta (célébrations)”. “Même si nous allons désormais aller au collège, nous désirons transmettre fermement l’esprit de ces chants”, a déclaré Kazuya Ikenaga, représentant des sept élèves de 6ème année qui vont quitter l’école cette année.

*****************Fin de l'article*********************

Kayoi est l'une des régions de l'Ouest du Japon où la chasse traditionnelle a prospéré à la période d'Edo. Elle se dénote toutefois des autres par la présence d'une tombe où ont été enterrés les foetus découverts dans le ventre des baleines capturées par le kujiragumi local. En outre, un office religieux continue d'être organisé tous les ans au temple Kôganji 向岸寺 pour les baleines. Je vais prochainement avoir l'occasion de visiter ce lieu et j'en ferai donc une présentation plus exhaustive à ce moment. En attendant, je vous propose cette vidéo qui présente certains aspects culturels de Kayoi.



A noter que Senzaki, le lieu où Oka Jûrô a établi sa société baleinière Nihon En.yô Gyogyô 日本遠洋漁業, se trouve non loin de là. Il s'agit donc d'un lieu d'une importance particulière dans l'histoire de la chasse à la baleine au Japon.
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mercredi, avril 02, 2008

L'Australie pour la chasse au dugong, mais contre celle à la baleine

L'Australie est sans aucun doute l'un des principaux opposants à la chasse à la baleine. Ceci a notamment été démontré par le gouvernement travailliste de Kevin Rudd lorsque des photos des activités de la flotte de recherche japonaise prises par les douanes australiennes en Antarctique ont été rendues publiques sensationnellement par le ministre de l'Environnement, Peter Garrett au mois de février. On est cependant en droit de se demander quels sont les critères australiens pour s'opposer à la chasse à la baleine.

Le mois dernier, le même gouvernement a annoncé un plan prévoyant l'abattage de 400 kangourous d'une ancienne base militaire près de Canberra, la raison étant que les kangourous sont trop nombreux dans cette zone et y menacent la flore et la faune. Cette fois-ci, Peter Garrett s'est retrouvé dans le siège des accusés du fait de la pression d'organisations de défense des animaux demandant que les kangourous ne soient pas tués mais déplacés vers une autre zone. Résultat, le plan a été suspendu. Jack Waterford, journaliste au Canberra Times, parle de fiasco tant au niveau administratif qu'écologique.

Le sujet a également intéressé les médias japonais, en particulier du fait des récentes déclarations du gouvernement australien quant à la chasse à la baleine. Le Yomiuri souligne ainsi que les opposants au plan d'abattage des kangourous, parmi lesquels figurent entre autres l'ex-Beattles Paul McCartney, ont critiqué l'Australie pour ses critères doubles, déclarant que ce pays "n'avait aucun droit de critiquer le Japon pour sa chasse à la baleine tout en abattant des kangourous".

Désormais c'est au tour de l'Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR) de critiquer l'Australie, cette fois pour sa gestion de la chasse au dugong dans le nord-ouest de ce pays. Le dugong (Dugong dugon) est un mammifère marin de l'ordre des siréniens (Sirenia) auquel appartiennent aussi les lamentins. Cet animal est classé "vulnérable" sur la Liste Rouge de l'IUCN, notamment du fait de la dégradation de son habitat et de collisions avec des bateaux.

Un porte-parole de l'ICR, Glenn Inwood a dénoncé "l'hypocrisie de l'Australie en autorisant la capture de dugongs par des chasseurs aborigènes, tout en rejetant l'utilisation durable des baleines". Il a également rappelé que "le Japon soutenait le principe international d'utilisation durable" des ressources. Peter Garrett a répondu qu'il n'y avait aucune analogie entre la chasse à la baleine japonaise et la chasse au dugong, précisant que "le gouvernement australien était activement engagé dans des programmes de protection des dugongs".

On peut déduire de la déclaration de Peter Garrett que l'Australie reconnaît que l'on peut protéger une espèce animale tout en autorisant sa capture. Il est toutefois difficile de comprendre pourquoi les baleines sont mises à l'écart de ce principe.

Mise à jour (3 avril 2008) :
Le quotidien The Australian fait part de nouvelles estimations du nombre de rorquals de Minke (Balaenoptera bonaerensis) vivant dans l'hémisphère sud. Les chiffres qui devraient être discutés par le comité scientifique de la CBI seraient de 200.000 à 680.000 rorquals de Minke. Cela constitue une revue à la baisse des estimations adoptés par la CBI en 1990 qui étaient de 510.000 à 1.140.000 individus de cette espèce. Ces chiffres ne représentent pas forcément un déclin des populations de rorquals de Minke, les missions d'observation précédentes ayant probablement surévalué le nombre d'animaux se trouvant dans les zones de banquise (pack ice) inaccessibles aux navires. Tout ceci sera probablement confirmé durant la prochaine réunion de la Commission baleinière internationale qui doit se tenir à Santiago du Chili du 23 au 27 juin de cette année.
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mercredi, mars 26, 2008

L'histoire de la chasse à la baleine au Japon - 6

Comme je l'ai évoqué précédemment, la seconde moitié du 19e siècle va marquer le déclin des kujiragumi malgré les tentatives d'ouverture de nouvelles zones de chasse, notamment au nord de l'archipel, et les essais d'introduction de techniques de chasse occidentales. C'est à cette même période que la chasse à la baleine va être révolutionnée par l'utilisation combinée de bateaux à vapeur et de canons lance-harpons. Cette révolution est le fait d'un chasseur de phoques norvégien, Svend Foyn (1809–1894) qui entre 1968 et 1973 va mettre au point cette nouvelle technique de chasse baleinière qui permet désormais de capturer les rorquals. Ces animaux étaient alors inaccesibles aux baleiniers occidentaux du fait de leur vitesse et du fait que leur cadavre coule après leur mort.

Svend Foyn va mettre en pratique sa nouvelle technique de chasse au large de la région septentrionale du Finnmark, réussissant à capturer une trentaine de rorquals dès 1968 avec son navire; le Spes et Fides. Le Finnmark étant proche de la frontière russe, il ne faudra que peu de temps avant que les succès de Foyn n'attirent l'attention des Russes. C'est ainsi qu'un baleinier russe du nom d’Akim G. Dydymov (?-1891) embauche des canonniers scandinaves et achète en Norvège un bateau équipé d’un canon lance-harpons. Dès 1889, il s’installe à Vladivostok et opère en Mer d’Okhotsk l’été, et en Mer du Japon et le long des côtes coréennes l’hiver.

Dans les années qui suivent, d’autres baleiniers russes vont suivre l’exemple de Dydymov et les rorquals capturés en Mer du Japon seront directement transportés et vendus à Nagasaki. Les Japonais découvre à cette occasion les nouvelles méthodes de chasse qui ne sont pas sans susciter un grand intérêt, d’autant plus que les échanges commerciaux avec les Russes font baisser le cours des prix de la viande de baleine.

En 1897, des entrepreneurs japonais fondent la compagnie Nagasaki Hogei-gumi 長崎捕鯨組 et tentent pour la première fois d’introduire les méthodes de chasse norvégiennes, mais l’équipage japonais ne maîtrisant pas bien ces techniques, cette tentative échoue sans que la moindre baleine ne soit capturée. Prenant le nom de Nagasaki En.yô Hogei 長崎遠洋捕鯨, cette compagnie va être réorganisée et réessayer d’utiliser ces nouvelles techniques avec un plus grand bateau, le Saikai-maru, en faisant appel à un canonnier norvégien. Cependant, le Saikai-maru ne réussissant qu’à tuer trois rorquals, Nagasaki En.yô Hogei sera dissoute en 1898.

Il y aura d’autres tentatives, dont celle d’une Compagnie anglo-russe créée à Nagasaki sous l’impulsion des britanniques Holme-Ringer Co., mais il faut attendre la création de la Nihon En.yô Gyogyô 日本遠洋漁業 en 1899 pour voir l’introduction réussie des techniques de chasse norvégiennes au Japon. Suivant les conseils de Fukuzawa Yukichi 福澤諭吉, un élu du département de Yamaguchi, Oka Jûrô 岡十郎 (1870-1922), va présenter ses projets de création d’une compagnie de chasse à la baleine au gouvernement japonais et ainsi obtenir le soutien qui lui permettra de fonder Nihon En.yô Gyogyô. Le Japon recherche en effet à développer stratégiquement certaines industries afin de contrecarrer l’influence de la Russie en Corée et dans les eaux qui entourent le Japon.

Peu après la création de sa compagnie, Oka part en Norvège pour observer la fabrication des bateaux et des canons lance-harpons, et les méthodes de chasse modernes. De retour au Japon, il commande à un constructeur naval nippon la fabrication d’un petit bateau à vapeur, le Chôshû-maru No.1, et engage un canonnier norvégien. Il établit les bureaux et les installations de dépeçage de Nihon En.yô Gyogyô à Senzaki (Nagato) et choisit d’opérer au large de la Corée. Pour ce faire, il doit cependant obtenir l’autorisation de la Corée et les négociations s’annonceront âpres en raison du quasi-monopole de la chasse à la baleine qu’ont les Russes dans ces eaux, mais une fois de plus, Oka pourra compter sur le soutien du gouvernement japonais.

Le premier rorqual est capturé en février 1900, et la saison 1900-1901 permet à Nihon En.yô Gyogyô de partir sur de bonnes bases grâce à la prise de 52 cétacés. Lors de la saison suivante, Oka loue un bateau, l’Olga, qui appartenait à la société anglo-russe afin d’accroître ses activités, mais malheureusement le Chôshû-maru No.1 est perdu suite à une tempête de neige en décembre 1901. Nihon En.yô Gyogyô ne survit à cette mésaventure que grâce à la volonté d’Oka qui loue deux nouveaux bateaux fabriqués en Norvège en 1903. Dès lors, cette compagnie va connaître de très bons résultats, notamment grâce à l’impact de la guerre russo-japonaise en 1904-1905. En effet, les baleiniers russes se voient chasser des eaux entourant la péninsule coréenne et une partie des bateaux confisqués sera vendue à Nihon En.yô Gyogyô qui se restructure et devient Tôyô Gyogyô 東洋漁業 en 1904.

Outre l’appui qu’a obtenu Oka Jûrô de la part du gouvernement japonais et d’entrepreneurs du département de Yamaguchi, et les coups de pouce apportés par certains évènements tels que la guerre russo-japonaise, l’introduction réussie des méthodes de chasse modernes norvégiennes a une autre raison tout aussi importante. Ainsi, contrairement aux hommes qui, tel Nakahama Manjirô, ont précédemment tenté d’introduire des techniques de chasse occidentales modernes, Oka n’a jamais perdu de vue la nature de la chasse à la baleine au Japon. En effet, bien qu’il ait utilisé les nouvelles méthodes venues de Norvège pour la capture, il a conservé tous les aspects culturels relatifs à la transformation et à la consommation des produits issus de la chasse, qui soutenait les activités des kujiragumi auparavant. D'ailleurs, il existe encore des kujiragumi à cette époque tel qu'à Yobuko (départment de Saga).

Nous aborderons comment la chasse moderne s'est par la suite développée dans l'archipel par la suite.

A suivre...
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jeudi, mars 20, 2008

La Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine - 1

Pour mieux comprendre la mission et les débats de la Commission baleinière internationale (CBI), il me paraît essentiel de bien comprendre son texte fondateur, la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine (CIRCB). Ce dernier a été établi et signé le 2 décembre 1946 par 15 Etats : l'Afrique du Sud, l'Argentine, l'Australie, le Brésil, le Canada, le Chili, le Danemark, les Etats-Unis d'Amérique, la France, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, les Pays-Bas, le Pérou, le Royaume-Uni et l'URSS. Le Japon ne signe la Convention et ne rejoint la CBI qu'en 1951 ; la gestion de la chasse baleinière japonaise se faisant par l'intermédiaire des Etats-Unis jusqu'à cette date.

La CIRCB n'est cependant pas le premier accord international ayant été conclu pour permettre la gestion de la chasse baleinière. Le 24 décembre 1931, une Convention pour la réglementation de la chasse à la baleine, dite Convention de Genève, sera conclue à la demande de la Société des Nations et ratifiée par les deux plus grandes nations baleinières d'alors, la Norvège en 1932 et la Grande-Bretagne en 1934. Plus tard, le 8 juin 1937, l’Accord internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine (AIRCB) sera conclu à Londres et ammendé de deux protocoles en 1938 et 1939. Le Japon ne ratifia aucun de ces deux textes. La CIRCB reprend plusieurs dispositions de l'AIRCB telles que la protection des baleines franches et des baleines grises. Voici une traduction libre de l'introduction et des deux premiers articles de la Convention.

Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine
Washington, le 2 décembre 1946

Les Gouvernements dont les représentants, dûment autorisés, ont souscrit la présente Convention,

Reconnaissant que les nations du monde ont intérêt à sauvegarder au profit des générations futures, les grandes ressources naturelles représentées par les populations de baleines ;

Considérant que, depuis ses débuts, la chasse à la baleine a donné lieu à l’exploitation excessive d’une zone après l’autre et d’une espèce après l’autre, au point où il est essentiel de protéger toutes les espèces de baleines contre davantage d’exploitation excessive ;

Reconnaissant que les populations de baleines sont susceptibles d’accroissement naturel si la chasse baleinière fait l’objet d’une réglementation judicieuse, et que l’accroissement des populations de baleines permettra d’augmenter le nombre de baleines pouvant être capturées sans compromettre ces ressources naturelles ;

Reconnaissant qu’il est dans l’intérêt commun d’atteindre aussi rapidement que possible le niveau optimum en ce qui concerne les populations de baleines, sans causer cependant une détresse générale d’ordre économique et alimentaire ;

Reconnaissant qu’en attendant la réalisation de ces objectifs, les opérations baleinières devraient être limitées aux espèces les mieux à même de supporter l’exploitration, afin d’accorder un intervalle permettant le repeuplement de certaines espèces dont le nombre est aujourd’hui réduit ;

Désirant établir un système de réglementation internationale applicable à la chasse à la baleine, afin d’assurer, de manière rationnelle et efficace, la conservation et l’accroissement des populations de baleines, sur la base des principes incorporés dans les dispositions de l’Accord internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine, signé à Londres le 8 juin 1937, et dans les protocoles audit Accord, signés à Londres le 24 juin 1938 et le 26 novembre 1945 ; et

Ayant résolu de conclure une convention prévoyant la conservation judicieuse des populations de baleines et, partant, de rendre possible le développement ordonné de l’industrie baleinière ;

Sont convenus de ce qui suit :

Article 1er
1. La présente Convention comprend le Réglement qui y est annexé et en fait partie intégrante. Toute référence à la « Convention » sera entendue comme comprenant ledit Réglement, soit dans les termes actuels, soit avec les modifications qui pourront y être apportées conformément aux disposition de l’article 5.

2. La présente Convention s’applique aux navires-usines, stations terrestres et navires baleiniers soumis à la juridiction des Gouvernements contractants, et à toutes les eaux dans lesquelles ces navires-usines, stations terrestres et navires baleiniers se livrent à la chasse à la baleine.

Article 2
Au sens de la présente Convention :
1. « Navire-usine » signifie un navire à bord duquel des baleines sont traitées en tout ou en partie ;

2. « Station terrestre » signifie une usine sur la terre ferme par laquelle des baleines sont traitées en tout ou en partie ;

3. « Navire baleinier » signifie un navire utilisé pour chasser, capturer, remorquer, tenir ferme ou repérer des baleines ;

4. « Gouvernement contractant » signifie tout gouvernement qui a déposé un instrument de ratification ou notifié son adhésion à la présente Convention.


Les deux premiers articles sont avant tout des définitions. Comme décrit à l'article 1er, la Convention se compose de la convention proprement dite et d'une annexe opérationnelle dite Schedule (traduite ci-dessus par "réglement") où sont ammendés les mesures relatives à la chasse telles que le moratoire ou les sanctuaires.
J'attire particulièrement l'attention des lecteurs sur l'introduction où sont défini les missions de la CBI : la conservation judicieuse des populations de baleines ET le développement ordonné de l’industrie baleinière. Malheureusement, ces missions ne seront pas réellement respectées du fait des intérêts des pays baleiniers, notamment d'une forte demande en l'huile de baleine durant l'après-guerre. Les intentions du texte sont cependant en accord avec le principe d'utilisation durable des ressources, même s'il ne le mentionne pas.

A suivre.....lire la suite>>

mercredi, mars 12, 2008

Gastronomie baleinière

Ayant évoqué la consommation de viande de baleine obtenue lors des programmes de recherche japonais sur les cétacés, je voudrais cette fois présenter de façon simple et non exhaustive la cuisine baleinière japonaise. Cette cuisine est très diversifiée, non seulement du fait des diffèrentes espèces de cétacés capturés (pour la recherche ou commercialement), mais aussi du fait des différentes parties de leur anatomie qui sont quasiment toutes consommées. Sauf précision, les descriptions concernent les baleinoptères, en particulier le rorqual de Minke (balaenoptera acutorostrata/bonaerensis), l’espèce la plus chassée.

La cuisine baleinière japonaise utilise quasiment la plupart des parties du corps des baleines, lesquelles portent souvent des noms particuliers hérités de la période d’Edo. En voici quelques-uns (voir également image).

akaniku 赤肉 - chair présente dans la plupart du corps
honkawa 本皮 - lard sous-cutané
koro コロ - lard de l’aileron dorsal
kanoko 鹿の子 - chair marbré de gras située à la base de la mâchoire
abura-sunoko 脂須の子 - chair située à la base des nageoires pectorales
onomi 尾の身 - chair de la queue
unesu 畝須 - lard et chair des sillons longitudinaux
saezuri さえずり - langue
oba 尾羽 - lard de la nageoire caudale
hyakuhiro 百尋 - petit intestin
hyakujô 百畳 - panse
mamewata 豆腸 - reins
takeri たけり - pénis
suji - tendons
kabura-bone かぶら骨 - cartilage du crâne

Toutes ces parties du corps des baleines peuvent être préparées de diverses façons, avec souvent des spécialités locales telles que le tare タレ, spécialité du sud de la péninsule de Bôsô (département de Chiba) préparée en faisant sécher au soleil de la viande de baleine à bec de baird. Voici quelques exemples de plats (voir également vidéo).

sashimi 刺身 - viande ou lard servis crus ; le onomi est la partie la plus appréciée en sashimi.
bacon ベーコン - unesu transformé et coupé en tranches fines, facilement reconnaissable à ses couleurs blanc et rouge.
obake 尾羽毛 / sarashi kujira さらし鯨 - gras de la nageoire caudale tranché finement et bouilli.
hyakuhiro no nanbanzuke 百尋の南蛮漬け - intestin de baleine frit avec légumes marinés.
saezuri no fukume-ni さえずりの含め煮 - langue de baleine bouillie avec des légumes.
kujira-jiru くじら汁 - consommé de légumes avec lard de baleine finement tranché.
harihari nabe ハリハリ鍋 - plat de viande de baleine frite et de légumes mijotés ; spécialité d'Ôsaka
kujira motsu nabe 鯨もつ鍋 - plat de trippes (intestin, panse, langue, tendons, lard) de baleines et de légumes mijotés.
kujira tatsuta-age 鯨竜田揚げ - viande de baleine marinée et panée à la fécule puis frite.
kujira kushi-katsu 鯨串カツ - brochettes de viande de baleine panée.
kujira katsu-karê 鯨カツカレー - curry de baleine avec viande baleine et riz blanc.
matsuura-zuke 松浦漬け - cartilage du crâne (katsura-bone) conservé dans la lie de saké (sake-kasu 酒粕) ; spécialité de Yobuko (département de Saga).



Il existe bien sûr de nombreuses autres recettes telles que les sushi ou les hamburgers de baleine, mais les recenser et les énumérer toutes est une tâche assez hardue. Les photos de la vidéo ont été généreusement mises à disposition par le patron du restaurant Yûshin où a été initiée la recette du motsu nabe. Une autre vidéo est également disponible sur Youtube :



Pour ceux d'entre vous que ça intéresse, le site kujira portal site a une liste de restaurants servant de la baleine classés par régions.

Pour conclure, je voudrais revenir sur les déclarations faites par les opposants à la chasse baleinière quant aux risques de santé que constituent la consommation de viande de baleine. Une enquête menée en 2003 par le ministère japonais du Travail et de la Santé démontre que certains produits issus des cétacés contenaient des proportions de métaux lourds (mercure) et de produits chimiques (PCB, etc.) supérieurs aux seuils de sécurité. C’est particulièrement le cas pour le gras et les organes (particulièrement le foie) des odontocètes (cétacés à dents : dauphins, globicéphales, etc.). Toutefois, aucun problème n’est à relever pour les rorquals de Minke, notamment ceux chassés dans l’Antarctique qui constituent la majorité de la viande disponible sur le marché.
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dimanche, mars 09, 2008

Vers une CBI fonctionnelle ?

La réunion intersessionnelle sur l'avenir de la CBI s'est terminée hier, samedi 8 mars 2008. Les discussions s'étant tenues à huis-clos, il n'est pas possible d'en connaître le détail, mais le président de la Commission baleinière internationale, le Dr. William Hogarth a fait un communiqué de presse à ce sujet. Richard Black de la BBC explique que les pays membres de la CBI sont tombé d'accord pour améliorer le dialogue et chercher le consensus, notamment sous la forme d'un plan d'action en 9 points.

Le quotidien britannique The Independent parle d'un accord secret qui autoriserait au Japon de reprendre la chasse à la baleine commerciale au large de ses côtes en échange d'un arrêt de ses programmes de recherches dans les eaux internationales. Il faudra toutefois attendre le mois de juin et la tenue de la 60e réunion plénière de la CBI pour savoir si les pays favorables à l'utilisation durable des cétacés et les opposants à la chasse à la baleine peuvent trouver un terrain d'entente et sortir la Commission de l'impasse dans laquelle elle se trouve.

Les récentes actions violentes de l'ONG Sea Shepherd à l'encontre des navires japonais ont également été évoquées et une déclaration les condamnant a été adoptée par les pays membres participant aux discussions. En voici une traduction libre.

Déclaration sur la sécurité en mer

La réunion a rappelé la résolutions 2007-2 intitulée "Résolution sur la sécurité en mer et la protection de l’environnement" ainsi que la résolution 2006-2 intitulée "Résolution sur la sécurité des navires engagé dans des activités de chasse à la baleine et de recherche sur les cétacés", chacune ayant été adoptée par la Commission par consensus. Elle a pris note de comptes-rendus d’actions dangereuses menées par la Sea Shepherd Conservation Society dans l’océan Austral à l’encontre de navires japonais ces derniers mois.

Elle a appelé la Sea Shepherd Conservation Society de s’abstenir de toutes actions dangereuses qui pourrait mettre en péril la sécurité en mer, et aux navires et aux équipages concernés de pratiquer la modération. La réunion a réitéré que la Commission et ses gouvernements contractants n’approuvaient pas et en fait condamnaient toutes actions qui sont un risque pour la vie humaine et la propriété lors d'activités en mer. Elle a recommandé avec insistance aux gouvernements contractants d’agir, en accord avec les règles de loi internationale pertinentes et leurs lois et réglementations nationales respectives, pour coopérer à la prévention et la suppression des actions mettant en péril la vie humaine et la propriété en mer et vis-à-vis des contrevenants présumés. La réunion a rappelé que l’accréditation de la Sea Shepherd Conservation Society en tant qu’observateur à la Commission avait été refusée depuis 1987 du fait d’un comportement et de tactiques inacceptables.


Il paraît cependant peu probable que Paul Watson écoute cet appel de la CBI. Il a d'ailleurs récemment déclaré sur le site de l'ONG que le Steve Irwin se distançait du navire-usine Nisshin-maru et se dirigeait désormais vers les baleiniers (catcher boats). Il reste à espérer que les gouvernements des Pays-Bas et d'Australie prennent leurs responsabilités et agissent avant qu'un accident grave n'ait lieu au large de l'Antarctique...lire la suite>>

jeudi, mars 06, 2008

L'avenir de la CBI - réunion intermédiaire

Aujourd'hui s'ouvre pour trois jours à Heathrow, dans la banlieue de Londres, une réunion intermédiaire de la Commission baleinière internationale (CBI). Cette réunion a pour principal objectif de permettre aux pays membres de la CBI de trouver une solution pour sortir l'organisation de l'impasse dans laquelle elle se trouve depuis près de 20 ans. Il est fort probable que les discussions seront également marquées par les récentes actions dangereuses et illégales de l'ONG Sea Shepherd contre les navires japonais en Antarctique. Rappelons que la CBI a adopté à l'unanimité des textes appelant ses membres à assurer la sécurité en mer lors des deux dernières réunions plénières.

Bien que la CBI se soit doté en 1993 d'une méthode (RMP) permettant de calculer des quotas de chasse sans mettre en risque les populations de cétacés les plus abondantes, les discussions restent bloquées sur les mesures (RMS) entourant l'application de cette méthode. A celà s'ajoute la position de certains pays comme l'Australie qui déclarent ouvertement être contre toute chasse à la baleine. A ce propos, ce dernier pays a préparé un document présentant sa position sur la chasse à la baleine. Il y est notamment précisé que "nonobstant l'opposition résolue de l'Australie à la chasse commerciale à la baleine, nous reconnaissons qu'il est possible qu'une majorité des trois-quarts des membres de la CBI puissent désirer permettre la reprise d'une forme de chasse commerciale dans le futur. Bien que l'Australie ne soutiendra jamais la chasse commerciale à la baleine, nous ne tiendrons pas à l'écart de futurs débats relatifs à la gestion des baleines au sein de la Commission."

Il est sans doute bon de rappeler que le mandat de la CBI, tel qu'il est définit dans la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine, est "la conservation judicieuse des populations de baleines et de rendre possible le développement ordonné de l'industrie baleinière." De toute évidence, l'Australie semble ne pas accepter la seconde moitié de ce mandat. De même, certaines ONG anti-baleinière sont farouchement opposée à la reprise de la chasse commerciale à la baleine, malgré les progrès du Comité scientifique de la CBI dans le développement de méthodes de gestion de la chasse. Ainsi, Patrick Ramage de l'IFAW (Fonds international pour le bien-être des animaux) a déclaré que "le gouvernement du Japon continuait de détourner un forum international dans un but pro-baleinier". Pourtant, il s'agit bien du mandat de la CBI que de gérer la chasse à la baleine.

Il paraît donc clair que l'actuel blocage de la CBI provient du refus des opposants à la chasse à la baleine à reconnaître le mandat original de cette organisation. Le comportement du gouvernement australien, en particulier de son ministre de l'Environnement, Peter Garrett, ne laisse pas présager que les choses évoluent beaucoup lors de cette réunion. Le président de la Commission, William Hogarth qui est à l'origine de cet effort en vue d'un déblocage de la CBI, a d'ailleurs montré son pessimisme en déclarant qu'il "ne voyait pas d'avenir pour la gestion et la conservation des baleines si les gens ne cherchent pas une voie vers l'avant".

Il n'est pas improbable que le Japon finisse par quitter la CBI et crée sa propre organisation de gestion de la chasse à la baleine si ses efforts de compromis continuent d'être frustrés par le camp anti-baleinier. Cette décision sonnerait le glas pour la CBI et serait un mauvaise exemple pour la gestion internationale des ressources vivantes marines. La chasse à la baleine peut être gérée et conduite de manière durable, et marquer un précédent décisif pour les autres industries de la pêche. La question est de savoir si la protection d'un symbole est plus importante que la gestion durable et contrôlée d'une ressource marine.
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mercredi, mars 05, 2008

La viande de baleine, un aliment écologique

L'association pro-baleinière norvégienne High North Alliance (HNA) a démontré dans une étude sur les émission de gaz à effet de serre générés par la production de différents types de viande que la consommation de viande de baleine était plus écologique que celle d'autres viandes.

L'étude de HNA se base sur l'utilisation de carburant par les navires baleiniers norvégiens, concluant qu'un kilo de viande de baleine ne produit que 1,9 kg de gaz à effet de serre contre 15,8 kg pour le bœuf, 6,4 kg pour le porc et 4,6 kg pour le poulet. "Les émissions de gaz à effet de serre causées par un plat de viande de bœuf sont équivalentes aux émissions causées par huit plats de viande de baleine", explique Rune Frovik, le secrétaire de l'association.

Les poissons et les fruits de mer auraient une "empreinte carbone" comparable à la viande de baleine avec des émissions relativement faibles. L'ONG Greenpeace a répondu à cette étude en affirmant que "la menace d’extinction de ces espèces de baleines était encore trop importante pour qu’on puisse se permettre de les chasser". Il faut cependant souligner que le rorqual de Minke (balaenoptera acutorostrata) que les pêcheurs chassent au large des côtes norvégiennes ne sont pas du tout menacés d'extinction.

Les nations baleinières que sont la Norvège, l'Islande et le Japon ne désirent aucunement exterminer les différentes espèces de baleine, mais pouvoir conduire la chasse baleinière de manière durable et contrôlée dans le cadre de la CBI.
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lundi, mars 03, 2008

[MàJ-14 mars 08] Sea Shepherd attaque le Nisshin-maru, trois blessés

Le matin du 3 mars, le navire de l'ONG anti-baleinière Sea Shepherd a découvert le navire-usine de la flotte de recherche sur les cétacés japonaise, le Nishin-maru. L'équipage du Steve Irwin a sans tarder lancé une attaque contre le navire japonais, jetant plus de 100 bouteilles d'acide butyrique sur le pont de ce dernier (voir vidéos). Selon l'Agence japonaise pour les pêches, trois membres d'équipage japonais auraient été blessés légèrement à cette occasion.





Mise à jour (3 mars 2008) :
Le gouvernement japonais a condamné les attaques de l'ONG Sea Shepherd contre le Nisshin-maru ayant blessé quatre membres d'équipage. "Infliger des dommages injustifiables à un navire japonais et s'en prendre à la sécurité de l'équipage qui opère légalement dans les eaux internationales sont des actes inexcusables", a déclaré Machimura Nobutaka, le porte-parole du gouvernement japonais.
Le ministère des Affaires étrangères nippons a également convoqué les ambassadeurs d'Australie et des Pays-Bas où est enregistré le Steve Irwin pour demander à ces deux pays de prendre des mesures pour empêcher que ces actes violents se reproduisent.

Mise à jour (5 mars 2008) :
Le gouvernement japonais semble prendre les choses très au sérieux et a fait appel aux autorités australiennes et néerlandaises pour faire une enquête sur les actions de Sea Shepherd à l'encontre du Nisshin-maru et de son équipage. Paul Watson, le président de l'ONG a déclaré qu'il s'agissait "d'une guerre chimique non violente" (sic!). Outre les risques de blessure que peuvent causer les bouteilles en verre, l'acide butyrique peut être dangereux pour la santé s'il entre en contact avec la peau ou les yeux, ou s'il est inhalé. Ce document de sécurité chimique précise également : "NE PAS laisser ce produit contaminer l'environnement".

Mise à jour (7 mars 2008) :
L'ONG Sea Shepherd a de nouveau agressé le navire japonais Nisshin-maru aujourd'hui, vendredi 7 mars. Les membres d'équipage du Steve Irwin ont une fois encore lancé des bouteilles d'acide butyrique et d'autres projectiles contre le bateau-usine japonais.

Les gardes-côtes japonais présents à bord du Nisshin-maru ont essayé de repousser le navire de Sea Shepherd à l'aide de "thunderflash" (voir vidéos). Ils n'auraient toutefois pas effectué de tirs de semonce. Paul Watson (photo), le président de Sea Shepherd prétend qu'on lui a tiré dessus, ce que l'ICR dément. Aucun blessé n'est à déploré de part et d'autre pour le moment, malgré les manœuvres extrèmement dangereuses de l'ONG pseudo-écologiste.





Mise à jour (14 mars 2008) :
Cette mise à jour pour ceux qui croient vraiment que les gardes-côte japonais ont tiré sur Paul Watson. Je vais completer les informations du lien donné par Lamentoc en commentaire ci-dessous.

Sea Shepherd a des photos du coup de feu qui a failli tuer Paul Watson. Les voici :



Si on zoome, on s'aperçoit qu'il y a bien quelque chose de suspect sur le côté du Nisshin-maru.



Heureusement, l'Insitut japonais de recherche sur les cétacés (ICR) a fourni les photos suivantes sur son site.



Et on constate que les baleiniers japonais ont tiré sur Paul Watson avec une...horloge ?!?!



Ils sont vraiment trop fort a l'ICR! Jamais Sea Shepherd n'aurait pu prevoir que les horloges du Nisshin-maru étaient des snipers hyper entraînés! :)

On peut également prendre en considération l'hypothèse de ce youtuber texan qui nous explique que l'un des gardes-côte aurait lancé la balle. Trop fort!! :)

Plus sérieusement, j'ai du mal à imaginer un tireur capable de viser précisément le cœur de Paul Watson sachant que les deux navires se déplacent assez vite (environ 15 nœuds) et en prenant en compte les remous. Et dans l'hypothèse où il y aurait eu un tel tireur d'élite (dont aucune photo n'a été prise), on est en droit de se demander pourquoi il n'aurait pas tiré une seconde fois sur Paul Watson dans une partie non protégée de l'anatomie de ce dernier. La seule explication possible est que Sea Shepherd a fabriqué cette histoire depuis le début, ce qui expliquerait aussi l'attitude provocative de son leader (voir troisième vidéo) sur le pont du Steve Irwin.
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samedi, février 23, 2008

Sea Shepherd recommence à harceler le Yûshin-maru No.2

L'ONG anti-baleinière Sea Shepherd déclare avoir repéré le baleinier japonais Yûshin-maru No.2 aujourd'hui, 23 février 2008. Selon le président de l'association et capitaine du Steve Irwin, deux activistes de Sea Shepherd qui été montés illégalement à bord du navire japonais le mois dernier, y auraient caché un émetteur leur permettant de suivre les déplacements du baleinier et de le retrouver facilement après avoir ravitaillé en Australie la semaine dernière.

Watson aurait annoncé que ses hommes étaient prêts à aborder de nouveau le Yûshin-maru No.2 pour soi-disant remettre un mandat de la Cour fédéral australienne interdisant aux Japonais de capturer des baleines au large du territoire que l'Australie revendique en Antarctique. Toutefois, le Traité pour l'Antarctique (1961), signé par l'Australie et le Japon entre autres, gêle les revendications territoriales sur cette partie de la planète. Le Japon ne reconnaissant pas les revendications australiennes, ils n'est pas touché par ce sanctuaire. Par conséquent, cette injonction n'a aucune validité hors du territoire australien et n'est donc que symbolique.

Les actions extrêment dangereuses de Sea Shepherd, une ONG qui s'est vu retirer son statut d'observateur à la Commission baleinière internationale (CBI) en 1986 après avoir coulé des baleiniers en Islande, viennent interrompre les activités de recherche tout à fait légale de l'Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR). Au moment où j'écrit ces lignes, les deux navires traversent une tempête de neige. Je mettrai ce message à jour en fonction de l'évolution des événements.

Mise à jour (29 février 2008) :
Cela fait maintenant 6 jours que le navire de Sea Shepherd déclare poursuivre le navire japonais Yûshin-maru No.2 au large de l'Antarctique, notamment grâce à un émetteur que deux activistes de cette ONG auraient caché à bord. Le président de Sea Shepherd, Paul Watson explique que le navire japonais tourne en rond. Le bateau de l'ONG, le Steve Irwin serait quant à lui traqué par un autre navire japonais, le Fukuyoshi-maru No.68.
Durant ces 6 jours, l'Agence japonaise pour la pêche et l'Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR) se sont abstenus de faire tout commentaire. Il y a probablement une raison.
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samedi, février 16, 2008

Nakahama Manjirô, destin d'un homme entre deux pays

Je voudrais revenir sur le personnage de Nakahama Manjirô 中濱万次郎, alias John Manjirô ジョン万次郎 que j'ai évoqué récemment. Outre sa tentative d'introduction des méthodes de chasse baleinière américaines, ce personnage a joué un rôle important dans l’ouverture du Japon dans la deuxième moitié du 19e siècle.

Manjirô est originaire de Nakanohama (actuellement Tosashimizu) dans la province de Tosa (sud de Shikoku). En janvier 1841, à l’âge de 14 ans, il part pêcher sur une petite embarcation avec quatre compagnons. Cependant pris dans une tempête en mer, les cinq hommes sont poussés loin des côtes japonaises et dérivent vers une île déserte de Torishima, dans le Pacifique. Les cinq hommes sont repoussés au large et finissent par s’échouer sur une île déserte située à plus de 400 kilomètres au Sud des côtes japonaises ; l’île de Torishima. Ce n’est qu’au bout de 143 jours, en juin 1841, qu’ils sont découverts et récupérés par un baleinier américain, le John Howland. Cette rencontre qui a lieu alors que le Japon est encore fermé à l’extérieur du fait de la politique du sakoku 鎖国.

Le John Howland va conduire ces hommes vers Hawaii, mais le capitaine du navire, William H. Whitfield décidera de garder le jeune Manjirô à bord et de le ramener en Amérique. Manjirô qui sert de vigie et guette la présence de baleines au large, se fait alors appeler "John Mung" par l’équipage du navire. En 1843, deux ans après avoir été sauvé, John Manjirô devient l’un des premiers Japonais à mettre les pieds en Amérique lorsque le John Howland rentre au port de New Bedford, premier port baleinier du monde à l‘époque.

Whitfield qui a été impressionné par l’ardeur au travail de Manjirô, l’adopte et le conduit chez lui à Fairhaven où le jeune Japonais va apprendre l’anglais, les mathématiques, la navigation, la construction navale, l’histoire et la géographie. Après avoir complété ses études, Manjirô servira lors de deux campagnes de chasse à la baleine avant de retourner à Fairhaven. Cependant, ne pouvant oublier son pays, il décide de partir vers l’Ouest pour participer à la "Ruée vers l’or" et ainsi rassembler l’argent qui lui permettrait de retourner au Japon.

Après avoir retrouvé deux de ses compagnons de naufrage à Hawaii, il arrive dans l’archipel des Ryûkyû en février 1851, soit exactement dix ans après avoir quitté sa terre natale. Bien que soumis à de nombreuses arrestations et interrogatoires de la part des autorités, il remonte lentement l’archipel des Ryûkyû, puis l’île de Kyûshû pour finalement atteindre son village natal de Nakanohama en 1852 et y retrouver sa famille.

En 1853, alors qu’une flotte de navires de guerre américains commandée par le commodore Matthew C. Perry a jeté l’ancre dans la baie d’Edo, le pouvoir shôgunal fait appel à Manjirô afin de s’informer des intentions des Américains. Cependant, soupçonné d’être un espion à la solde des Etats-Unis, il est rapidement mis à l’écart des négociations entre le bakufu et les Occidentaux. Il se concentre alors sur des activités de traduction et d’enseignement des techniques de navigation, de chasse à la baleine, etc.

Toutefois, en 1860, alors que le Japon est en train de conclure un Traité d’amitié nippo-américain, Manjirô est amené à se joindre à une mission diplomatique devant se rendre en Amérique en tant qu’interprète et navigateur. A bord du navire Kanrin-maru 咸臨丸, il est accompagné, entre autres, de Katsu Kaishû 勝海舟 et Fukuzawa Yukichi 福澤諭吉.

Après avoir rendu de nombreux services lors des négociations entre le pouvoir japonais et les Occidentaux, Manjirô présente en 1861 un rapport dans lequel il expose les avantages de la chasse à la baleine américaine, qui est mobile et active en comparaison des méthodes japonaises qui sont statiques, passives et peu productives.

Par la suite, il occupera diverses fonctions dont celle d’enseignant à l’école Kaisei 開成学校, précurseur de l’Université de Tôkyô, fondée à la période Meiji. Touché par la maladie à l’âge de 44 ans, il se retirera de la scène politique avant de s’éteindre en 1898, à 71 ans. Son rôle dans l'ouverture de relations entre le Japon et les Etats-Unis aura été important.

Le Musée de la chasse à la baleine de New Bedford avait organisé d'avril 2004 à avril 2005, une exposition sur Nakahama Manjirô et les relations entre le Japon et les Etats-Unis au milieu du 19e siècle. Il est possible de regarder cette exposition en ligne sur le site du musée.
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